La France et nous

vendredi, 20 juin 2014 00:41
Venance Konan Venance Konan Crédits: fratmat

Dans quelques semaines, nous recevrons la visite de François Hollande. Ce sera la deuxième visite d’un chef d’Etat français en Côte d’Ivoire depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara. La première fut celle de Nicolas Sarkozy, le jour de l’investiture du président Ouattara. Avant Sarkozy, ce fut Jacques Chirac, au temps du président Henri Konan Bédié. À cette époque, la France et la Côte d’Ivoire étaient les meilleures amies du monde.

Même si au moment du coup d’Etat de Noël 1999, la France ne leva pas le plus petit doigt en faveur de Konan Bédié. C’était le temps de la cohabitation, avec Jacques Chirac, président et Lionel Jospin, Premier ministre. Au temps du président Laurent Gbagbo, les relations entre les deux pays devinrent compliquées, puis exécrables. Il y eut même des affrontements avec bombardement, mort d’hommes, destruction de biens, évacuation des citoyens français, etc. Laurent Gbagbo se présentait alors comme le champion du front anti-français ; ce qui n’empêcha pas les entreprises françaises de faire de très bonnes affaires dans notre pays durant son règne.

Avec l’avènement du Président Ouattara, les relations entre la France et la Côte d’Ivoire sont redevenues ce qu’elles étaient du temps du Président Félix Houphouët-Boigny, c’est-à-dire excellentes. Non seulement le chef de l’état français a assisté à l’investiture du Chef de l’état ivoirien, mais aussi du 25 au 28 janvier 2012, le Président Alassane Ouattara effectua une visite d’état en France où il fut reçu avec tous les honneurs : transport de l’aéroport aux Invalides en hélicoptère, escorte avec cavalerie et dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe du soldat inconnu à l’Arc de triomphe. L’arrivée à l’élysée du socialiste François Hollande n’a rien changé à l’excellence des relations entre les deux pays. Et sa visite dans notre pays en témoigne éloquemment. Mais pourquoi cette visite est-elle si importante pour nous ? M. Hollande n’est pas le premier à nous rendre visite, loin s’en faut. Plusieurs chefs d’état tout aussi importants sont déjà venus chez nous. Toutefois, avec la France, nos relations sont spéciales. C’est l’ancienne puissance coloniale, et la colonisation a probablement laissé plus de mauvais souvenirs que de bons. C’est aussi le pays qui nous a légué sa langue et une bonne partie de sa culture, le pays où la grande majorité de nos élites ont fait leurs études, le pays que nous admirons, même lorsque nous affirmons le contraire. La France, c’est également la nation qui nous a évité une guerre sanglante, lorsque notre conflit post-électoral a éclaté, et qui a signé avec notre pays un contrat de désendettement et de développement (C2D) d’un montant de 413 milliards de francs Cfa. Le C2D est une initiative pour l’allègement de la dette contractée par la Côte d’Ivoire au titre de l’aide publique au développement. Concrètement, la Côte d’Ivoire continue d’honorer le service de sa dette envers la France, mais une fois le remboursement constaté, le créancier lui réserve une subvention d’un montant équivalent pour financer des programmes de lutte contre la pauvreté sélectionnés d’un commun accord entre les deux pays. Il a été retenu le principe d’une première tranche du C2D portant sur trois ans et demi, de juillet 2012 à décembre 2015 à hauteur de 413 milliards de francs Cfa, couvrant plusieurs secteurs dont l’éducation, la formation, l’emploi, la santé, l’agriculture, le développement rural et la biodiversité, le développement urbain, les infrastructures de transport, la justice et l’état de droit. Un bon nombre de grands travaux d’infrastructures entrepris dans le pays depuis 2012 le sont grâce à ce C2D.

Nul doute que l’arrivée du Président Hollande va donner un coup de fouet à la coopération entre les deux pays. Seulement, lorsqu’il s’agit de la France et d’un pays africain, d’aucuns ont tôt fait de voir poindre le vilain nez  de la « Françafrique ». Celle que l’on pourrait définir comme l’ensemble des relations troubles, faites d’affairisme et de corruption entre l’ancienne colonie et certains pays africains. Mais pour des spécialistes de cette « Françafrique » que sont, entre autres, Antoine Glaser et Francis Laloupo, les choses sont en train de changer radicalement. D’abord parce que la relation de François Hollande avec l’Afrique diffère de celle de  ses prédécesseurs, ensuite parce qu’une nouvelle génération de leaders est en train d’éclore sur notre continent, et qui a une autre vision de son rôle historique. Antoine Glaser va jusqu’à affirmer qu’aujourd’hui, c’est l’Afrique qui, dans une certaine mesure, dicte sa volonté à la France. Ce qui est certain, c’est qu’avec Alassane Ouattara et François Hollande, les rapports entre nos deux pays sont en train de se décomplexer et de se normaliser. François Hollande n’est-il pas le « président normal » ?

 

 

 

 

 

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