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La force du volontariat

lundi, 29 février 2016 23:03
Plume Plume Crédits: Fratmat

Un jour, un ami américain installé en Côte d’Ivoire avec qui je discutais me dit ceci : « Chez nous, presque tout a été construit et réalisé par les citoyens eux-mêmes. Soit individuellement, soit en se mettant ensemble.

Nous n’attendons pas que ce soit l’état qui vienne tout faire pour nous. L’esprit du volontariat est très développé chez nous. Chacun, dans sa vie, cherche, à un moment ou un autre, à donner un peu à sa communauté. Soit son temps, soit son talent, soit son argent. Ainsi, vous verrez souvent des élèves en train de réguler la circulation, nettoyer leur quartier ou des mères de famille contrôler le taux d’alcoolémie des automobilistes. Presque toutes les personnes riches chez nous créent des fondations pour partager une partie de leurs richesses et de nombreuses grandes choses chez nous sont réalisées par ces fondations. Des universités et des centres de recherche sont en partie financés par ces fondations et elles donnent des bourses aux étudiants. Chez vous, je ne vois rien de ce genre. Chacun attend que l’état fasse tout pour lui, même balayer devant sa porte. » Et mon ami de m’expliquer que dans son pays, chacun s’était réellement approprié la célèbre phrase du Président Kennedy: « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

Les Africains aiment se présenter comme le peuple qui pratique la vraie solidarité, tandis que les autres, notamment les Européens, seraient des peuples d’égoïstes. Pendant longtemps, les Européens nous ont été présentés comme des gens qui chassent leurs enfants de la maison dès qu’ils atteignent la majorité, qui ne lèveront pas le plus petit doigt pour aider leurs frères et sœurs en difficulté, encore moins leurs cousins et cousines, et qui préfèrent laisser leurs parents dans des maisons de retraite plutôt que de les avoir avec eux, etc. En Afrique, évidemment, on partage tout avec tout le monde, parents, enfants, frères, sœurs, cousins à tous les degrés, originaires du même village, de la même tribu, etc. Mais au-delà de cette forme de solidarité qui, bien souvent, consiste beaucoup plus à s’appauvrir pour entretenir des parasites, quels sont les actes que nous posons volontairement et gratuitement pour nos communautés ? Combien d’entre nous ont décidé, un samedi ou un dimanche matin, de faire, par exemple, de l’exercice physique en ramassant les ordures dans sa rue, en arrachant les mauvaises herbes dans les alentours de sa maison, en asséchant les flaques d’eau qui hébergent les moustiques ? Le volontariat, avouons-le, ne fait pas encore partie de notre culture ou plutôt de nos habitudes.

Soyons cependant justes. Il existe des fondations et des Ong dans ce pays qui viennent en aide à la communauté à travers de grands actes d’altruisme, en construisant ou réhabilitant des écoles, des centres de santé, en les équipant en matériels, en accordant des bourses à des étudiants… Oui, il existe des élans de solidarité dans ce pays, mais ils sont malheureusement rares. Dans les grands pays, tels que les états-Unis que nous avons cité plus haut, cet altruisme est encouragé par l’état qui sait qu’il ne peut pas tout faire et a donc besoin des initiatives privées. L’état encourage ces initiatives à travers des abattements fiscaux notamment. Notre législation prévoit de telles dispositions, mais elles semblent inconnues de la plupart de nos fonctionnaires. Il est important que cela soit largement su, afin de susciter des actions allant dans ce sens. Il est évident aujourd’hui que chaque citoyen de ce pays doit, d’une manière ou d’une autre, en fonction de ses moyens, s’engager au service de la communauté. Sinon, notre société est condamnée à la régression. L’exemple des ordures qui envahissent nos villes et villages en témoigne. Il est clair que nos administrations sont impuissantes ou démunies face à la problématique de la propreté de nos cités. Tant que les citoyens ne s’y impliqueront pas, ils se condamneront à vivre dans l’insalubrité. Ce week-end, j’ai visité à Bocanda, mon village natal, l’école primaire que fréquenta jadis le président Henri Konan Bédié. Il est dans un état de délabrement très avancé. Si les populations de cette ville veulent attendre l’état ou la mairie pour réhabiliter cette école, elles risquent d’attendre longtemps. Seule une initiative privée pourrait sauver cette école historique. Mais l’état pourrait encourager cette initiative privée en lui accordant des avantages fiscaux par exemple.  Alors, allons-y tous pour le volontariat, pour le salut de notre pays.

 

Venance Konan

Lu 2033 fois Dernière modification le lundi, 29 février 2016 23:09