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La Côte d’Ivoire nouvelle

dimanche, 29 novembre 2015 22:54
Plume Plume Crédits: Google

Lorsque vous sortez de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, vous empruntez une longue ligne droite, parfois semée de trous, et vous débouchez sur cette grande sculpture censée vous souhaiter l’ « Akwaba » ou la bienvenue dans ce pays de l’hospitalité.

La place est grande et entourée d’un muret sans esthétique, cassé de partout, surmonté de piquets en métal aux bouts en forme de pointe de flèche censés empêcher son escalade. Le muret est lui-même ceint, en partie, d’un caniveau empli d’une eau sale et nauséabonde. C’est vraiment ce que nous avons trouvé de mieux pour accueillir nos hôtes ? Sommes-nous vraiment fiers de cette réalisation et de son état actuel ? N’y a-t-il pas, dans ce pays, un architecte, un urbaniste capable de nous construire quelque chose de vraiment joli pour donner une bonne image de notre capitale économique à ceux qui la découvrent pour la première fois ou même qui la redécouvrent ? Ne voyons-nous pas ce que certains pays voisins, plus pauvres que nous, réalisent comme places publiques ? La statue elle-même n’est pas en cause. C’est une question de goût artistique. C’est ce qui habille cette statue qui est indigne d’une ville comme Abidjan. Nous fera-t-on croire que l’État de Côte d’Ivoire ou la ville d’Abidjan ou encore la commune de Port-Bouët n’a pas les moyens de nous offrir une plus belle place ? Respectons notre ville. Et partant, notre pays. Une fois cette place franchie, l’on se retrouve sur le boulevard Valéry Giscard d’Estaing, aussi appelé VGE, probablement le plus grand de la ville. Mais si jamais il a plu ou s’il y a une coupure d’électricité, ou encore si notre indiscipline se manifeste, comme c’est souvent le cas, l’on peut passer jusqu’à trois heures dans un embouteillage sur ce boulevard. On pourrait espérer mieux comme accueil dans une grande capitale économique telle qu’Abidjan. Mais l’on peut aisément imaginer ce que cela peut représenter comme désagrément pour une personne qui a un avion à prendre. Le boulevard de Marseille reste, à notre connaissance, la seule voie de repli lorsque le VGE est bouché. Il est, aujourd’hui, totalement impraticable, surtout le tronçon entre le VGE et bien après le collège Notre Dame d’Afrique. S’aventurer sur ce boulevard, surtout lorsqu’il pleut, c’est prendre le risque de casser sa voiture (voir notre reportage dans Fraternité Matin du vendredi 27 novembre 2015). De même, si vous venez du port et que vous voulez emprunter le pont Félix Houphouët-Boigny, cela vous est désormais impossible à cause d’un énorme trou devant lequel nous sommes, pour le moment, impuissants.

Les trous et les ordures. Les calamités de nos voies de circulation. À Marcory résidentiel, supposé être un quartier huppé, il est cependant impossible de circuler sur la voie principale de ce quartier. Ne parlons pas de ses voies secondaires. Danga, un quartier chic de Cocody, n’est pas mieux loti. La voie centrale de cette commune, le boulevard de France, qu’emprunte le Chef de l’État, est jonchée d’ordures, par endroits. J’aperçois souvent des tas d’ordures sur le VGE, et je sais que je ne suis pas le seul. Cela fait des années que nous ne savons plus comment nous débarrasser de nos ordures. Alors, nous vivons avec elles, au milieu d’elles. Les ordures font désormais partie de notre paysage, de nos vies. Que deviendrons-nous sans elles, sans nos caniveaux à ciel ouvert pleins de liquides putrides et malodorants, nids de moustiques et de toutes sortes d’insectes porteurs de maladies ? Combien serions-nous malheureux le jour où quelqu’un nous en débarrassera définitivement. Prenons Adjamé, quartier mitoyen de la cité des affaires du Plateau, à deux pas du siège de la Banque africaine de développement (Bad). Tout le quartier est un immense dépotoir puant aux rues impraticables, où l’on vend la nourriture dans la boue, au milieu des ordures qui traînent partout, à chaque coin de rue, dans l’indifférence totale des services d’hygiène. Y en a-t-il d’ailleurs dans cette ville, dans ce pays ? Adjamé est en plein cœur de la ville d’Abidjan. Essayez de vous rendre sur le boulevard Nangui Abrogoua en passant par le quartier Fraternité. Quel calvaire ! Que dire des écoles prises en otage par les marchés, les boutiques ? C’est le même spectacle dans des quartiers tels que Koumassi, Abobo, Treichville, dans toutes les villes de l’intérieur, dans les villages. Nulle part, dans ce pays, nous ne savons comment redresser nos rues, boucher les trous, ramasser les ordures, embellir nos cités, les fleurir tout simplement. Quel Ivoirien nouveau voulons-nous voir sortir d’un tel environnement ? Ne nous leurrons pas, un peuple qui ne sait pas comment se débarrasser de ses ordures, qui s’accommode de vivre au milieu d’elles, est un peuple malade. Et il ne faudrait pas s’étonner que sa jeunesse règle ses comptes à coups de machettes, qu’elle préfère prendre les raccourcis plutôt que de glorifier le travail. Partout c’est l’indiscipline de nos taxis, ‘’gbakas’’, ‘’wôrô-wôrô’’, au point que l’on se demande parfois s’il y a une autorité dans ce pays. Les permis de conduire sont vendus à des chauffards totalement inconscients. Devrions-nous continuer de nous étonner de voir tous ces morts sur nos routes ? Dans quelle Côte d’Ivoire espérons-nous vivre heureux demain si nous cultivons l’anarchie, la saleté, l’indiscipline, la laideur, l’inconscience ? Tant que nous n’agirons pas sur notre environnement, sur nos comportements, l’Ivoirien nouveau que nous appelons de nos vœux risque fort de ressembler à celui qui est là et dont nous sommes si peu fiers. Il n’y aura pas d’Ivoirien nouveau tant que nous n’aurons pas tué le vieil homme qui est toujours en nous.

Venance Konan

 

 

 

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