• Accueil
  • Editos
  • L’Éditorial de Venance Konan : Réflexions éparses

L’Éditorial de Venance Konan : Réflexions éparses

jeudi, 11 avril 2019 07:25

Pendant longtemps, l’on nous a rebattu les oreilles que sans Gbagbo, il ne saurait y avoir de réconciliation dans ce pays.

Ce qui signifiait qu’il suffisait de libérer l’ancien président pour que ce pays retrouve la concorde et l’entente entre ses enfants. Pendant ce temps, le parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), était divisé entre deux camps irréductibles. Gbagbo a été libéré. En principe, la première entité qu’il aurait dû réconcilier était son parti.

Qu’a-t-il fait ? Il a fait croire à Affi N’Guessan, le leader de l’une des factions du Fpi, qu’il allait le recevoir en Belgique, l’a laissé prendre l’avion jusqu’à Paris, puis l’a proprement humilié en lui demandant pratiquement de se déshabiller avant de venir le voir. Il aurait pourtant pu le recevoir et lui faire tous les reproches qu’il avait à lui faire. Voilà qui semble compromettre pour longtemps la réconciliation au sein du Fpi. Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, c’est ça Gbagbo ! Le PDCI-tendance Bédié qui compte sur lui pour l’aider à reprendre le pouvoir au détriment du Rhdp aura le temps de l’apprendre à ses dépens.

Celui qui rate cette partie du film, c’est-à-dire comment Gbagbo va rouler Bédié dans la farine, aura manqué la partie la plus intéressante de notre histoire. Passons. Depuis quelque temps, le pays Baoulé est secoué par une crise au niveau de sa royauté. Celle qui a été désignée reine se voit contester par son propre fils.

Tous les «sachants» ou prétendus «sachants» se sont prononcés sur la question. Il y a bien entendu, ceux qui soutiennent la reine et ceux qui soutiennent le fils. Parmi les arguments contre la reine, il y’ a le fait qu’elle est une femme et, l’on soutient qu’au royaume Baoulé, une femme ne saurait occuper le trône, que la transmission du pouvoir se fait d’oncle à neveu et non de frère à soeur, la reine actuelle étant la soeur du précédent roi, qu’elle serait chrétienne et refuserait d’accomplir certains rites qui heurteraient ses convictions religieuses, que le royaume Ashanti au Ghana aurait fait injonction au royaume Baoulé de mettre de l’ordre dans ses affaires en installant un homme sur le trône à la place de la femme… Faisons un peu d’histoire. Il y a quatre siècles, il y eut une querelle de succession au trône au sein du royaume Ashanti qui se trouve au Ghana actuel. Le clan qui perdit prit la fuite sous la conduite d’une femme dénommée Abla Pokou.

Lorsqu’ils arrivèrent au bord du fleuve Comoé, cette femme dut sacrifier son unique fils aux esprits des eaux pour que tout le groupe puisse passer. Parvenu sur l’autre rive, ce groupe se donna le nom Baoulé en souvenir de ce sacrifice. Puis, le groupe s’installa dans le centre de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et devint un puissant royaume dirigé par Abla Pokou. A sa mort, sa soeur lui succéda et régna une trentaine d’années. Quand a-t-iété décidé qu’au royaume Baoulé, une femme ne devait plus s’asseoir sur le trône ? Il y a, pourtant, aujourd’hui, de nombreuses femmes qui dirigent des villages en pays Baoulé. Depuis quand le royaume Baoulé est-il devenu un royaume vassal du royaume Ashanti pour que ce dernier dicte aux Baoulé ce qu’ils doivent faire ? Entre le décès du précédent roi et l’intronisation de l’actuelle reine, il se passa 13 ans au cours desquels elle assura la régence du royaume. Personne n’avait alors remarqué qu’elle était une femme ? Elle a été intronisée reine, il y a déjà quatre ans, devant les plus hautes autorités de ce pays. C’est seulement maintenant que l’on remarque qu’elle est une femme ? S’est-elle imposée toute seule à la tête du royaume ? Non ! Elle a été désignée par les instances chargées de le faire. Personne n’avait, jusqu’à présent, protesté. Depuis quatre ans.

Pourquoi le fait-on maintenant? La politique politicienne se serait-elle introduite dans l’affaire ? Ce serait vraiment dommage!

Déjà que peu de Baoulé connaissent leur histoire et savent qu’ils sont issus d’un royaume, si personne n’est capable de dire qui est habilité à diriger ce royaume, autant laisser tomber cette histoire. Surtout que l’on est en droit de se demander à quoi servent réellement ces rois et chefs traditionnels, dont on a l’impression que certains servent uniquement de décor lors de certaines cérémonies, et quelle autorité ils ont vraiment sur leurs peuples. Passons!

Depuis qu’il n’est plus président de l’Assemblée nationale, M. Guillaume Soro qui a beaucoup de temps maintenant devant lui, est parti à la découverte du nord de notre pays. Et il découvre, avec étonnement, qu’il y a, au nord, des endroits où il n’y a pas d’école, donc des enfants qui ne vont pas à l’école, des endroits où il n’y a pas d’eau potable, de centre de santé, où il y a des tailleurs, des vieux, des vieilles...

Rappelons que M. Soro fut pendant huit ans le chef tout puissant et incontesté de cette région qui fut bien pillée par les rebelles qu’il dirigeait, ce qui explique en partie l’état dans lequel elle se trouve, qu’il fut le Premier ministre de MM. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, qu’il est depuis longtemps le député d’une circonscription du nord de la Côte d’Ivoire, et ancien numéro deux du pays en tant que président de l’Assemblée nationale. Et c’est maintenant qu’il découvre les réalités de cette partie du pays? Le Seigneur est merveilleux.

VENANCE KONAN