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L’Éditorial de Venance Konan : Joyeux anniversaire

mercredi, 10 avril 2019 08:36

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire- Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda) a fêté hier ses 73 ans.

Créé le 9 avril 1946, il est, avec l’African national congress (Anc), le parti de Nelson Mandela fondé en 1912, l’un des plus vieux partis en exercice sur le continent. Il devint membre du Rassemblement démocratique africain (Rda) lorsque celui-ci fut créé en octobre 1946 à Bamako. Cette fédération de partis politiques regroupait des formations de la Haute Volta (aujourd’hui Burkina Faso), du Soudan français (actuel Mali), du Cameroun, du Sénégal, de la Guinée, du Niger, du Tchad, du Congo et du Gabon.

Lorsque la Côte d’Ivoire devint indépendante, le Pdci-Rda devint le parti unique du pays. Jusqu’en 1990, où, devant les revendications d’une partie de la population, le pouvoir dut se résoudre à instaurer le multipartisme qui était inscrit dans la constitution. Le Pdci-Rda garda, cependant, le pouvoir lors de la présidentielle et des élections législatives de cette année-là, malgré toute la fougue du Front populaire ivoirien (Fpi), le nouveau parti d’opposition dirigé par Laurent Gbagbo. Il y eut d’autres partis d’opposition (on en compta même plus de cent), mais le plus important à cette époque fut le Fpi.

Le Pdci-Rda d’après multipartisme resta uni jusqu’à la mort de Félix Houphouët-Boigny, son fondateur, en 1993. La mésentente entre Henri Konan Bédié, le successeur du premier Président et Alassane Ouattara, celui qui fut l’unique Premier ministre d’Houphouët-Boigny, aboutit au premier schisme au sein du parti, avec la création en 1994 du Rassemblement des républicains (Rdr) qui était essentiellement composé des militants du Pdci originaires du nord de notre pays. A la vérité, le concept de l’ivoirité que développa le successeur d’Houphouët-Boigny conduisit à une fracture au sein de la population ivoirienne, principalement entre le nord et le sud. La création du Cercle national Bédié (Cnb), un club de soutien doté de grands moyens, donna aussi le sentiment que le Président Bédié voulait tourner le dos au Pdci-Rda dont il était pourtant le président. Bédié et le Pdci-Rda finirent par perdre le pouvoir le 24 décembre 1999 à la suite d’un coup d’Etat perpétré par le général Guéï.

Lorsque celui-ci perdit à son tour le pouvoir à l’issue de la présidentielle de 2000, il créa l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (Udpci), parti composé essentiellement de militants du Pdci-Rda de sa région du grand ouest.

Lors de la présidentielle de 2000, toutes les candidatures issues du Pdci-Rda furent éliminées. Même celle de Bédié qui se présenta en indépendant le fut aussi. Lorsque Laurent Gbagbo accéda au pouvoir, il offrit quelques tabourets au Pdci-Rda.

Mais le vrai partage du pouvoir n’eut lieu qu’en 2003, à l’issue des accords de Linas-Marcoussis consécutifs à la crise militaro-politique qui avait coupé le pays en deux. En 2005, Henri Konan Bédié se réconcilia avec Alassane Ouattara et tous les partis qui se réclamaient de la philosophie de Félix Houphouët-Boigny créèrent le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).

En 2010, le Pdci-Rda conduit par Bédié fut éliminé au premier tour de la présidentielle, mais il eut la clairvoyance d’appeler à voter pour Alassane Ouattara au second tour. Celui-ci l’emporta et partagea son pouvoir avec le Pdci-Rda, et Henri Konan Bédié eut droit à tous les honneurs. Les Ivoiriens dirent avec humour que le Président de la République était le Directeur général de l’entreprise Côte d’Ivoire, tandis que M. Bédié en était le Président du conseil d’administration.

En 2014, Konan Bédié décida de ne proposer aucun candidat de son parti à la présidentielle de 2015, en échange d’un soutien du Rdr à la candidature d’un membre du Pdci-Rda à la présidentielle de 2020. Et apparemment, c’est là que les choses se gâtèrent.

En 2018, le Pdci-Rda de Bédié rompit son alliance avec le Président Ouattara et quitta le Rhdp, au motif que le Président de la République ne voulait pas d’une alternance en faveur du Pdci-Rda pour l’élection de 2020. A écouter certains membres de son parti, l’alternance dont parlait Bédié était plutôt pour lui-même, c’est-à-dire qu’il devait être le candidat soutenu par tout le Rhdp. Lui-même n’a pas écarté l’éventualité de sa candidature. Pour le Président de la République, il est plutôt temps pour lui et M. Bédié de passer le relais à une autre génération. Mais M. Bédié ne semble pas l’entendre de cette oreille. Les plus importants cadres de son parti, à commencer par le vice-Président de la République qui était aussi un des vice-présidents du Pdci-Rda, ont préféré rester dans le Rhdp, convaincus qu’ils sont que cette formation qui rassemble tous les « héritiers » d’Houphouët-Boigny est le meilleur gage de la paix et de la prospérité de la Côte d’Ivoire.

Et la saignée continue, tant les militants ont du mal à comprendre la stratégie de M. Bédié qui affirme vouloir reconquérir le pouvoir en 2020. Mais la chose inédite est que ceux qui s’en vont ne veulent pas quitter le Pdci-Rda ou aller créer un autre parti. Ils ne veulent simplement plus suivre M. Bédié mais plutôt M. Ouattara au sein du Rhdp.

Quel Pdci-Rda reste-t-il à Bédié ? Hier, c’était un parti dominant la politique en Côte d’Ivoire et membre d’un grand mouvement panafricaniste, un parti qui a construit les solides fondements de ce pays.

Aujourd’hui, 73 ans plus tard, il n’est plus qu’un parti clanique, replié sur lui-même, qui sanctionne et exclut à tour de bras quiconque émet un son différent, un parti vidé de sa substance, réduit à satisfaire uniquement les ambitions d’un homme qui ne semble plus très en prise avec les réalités de son pays. Joyeux anniversaire quand même !

VENANCE KONAN