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L’argent de l’Etat

jeudi, 28 avril 2016 22:49
Plume Plume Crédits: Frat-mat

« Il n’y a pas de petite recette. Dans sa chasse aux sous, le gouvernement ne recule devant rien. Des voyageurs de retour de l’étranger avec des articles achetés au Duty-free ou dans les magasins détaxés sont sous haute surveillance des agents douaniers.

Depuis la signature d’accords avec certains pays européens sur l’échange automatique de données sur les opérations de détaxe, les contrevenants (ou mal informés) sont identifiés à leur arrivée et sommés de régler les droits de douane. Un transitaire évoque le cas de cette dame qui a bénéficié du remboursement de la Tva sur une montre de grande valeur achetée en Europe. à son arrivée à Casablanca, la douane marocaine lui a réclamé des droits et taxes : 2,5% de base plus 20% de Tva… Elle énumère les articles bénéficiant de la franchise. Outre les effets vestimentaires en cours d’usage, il s’agit des parfums (flacon de 150 ml) et eau de toilette (250 ml), du tabac destiné à la consommation personnelle et des boissons alcoolisées : un litre de vin et autant de spiritueux ou équivalent. S’ajoutent des souvenirs ou cadeaux en quantité limitée et sans caractère commercial dans la limite d’une valeur globale de 2000 DH. Excepté ces tolérances, « toute autre marchandise importée devra faire l’objet d’une déclaration en douane avec paiement des droits et taxes correspondants », dispose le code des douanes. »

C’est le journal marocain, L’économiste, du 27 avril dernier, c’est-à-dire d’avant-hier, qui donne cette information. Quand un pays veut avancer, il n’y a effectivement pas de petite recette. C’est ici, chez nous, que nous n’avons pas encore compris que lorsque nous disons « c’est l’argent de l’état », cet argent vient d’abord de nos poches. Et il en est ainsi dans le monde entier, depuis toujours. Nous voulons émerger en 2020 ? Nous voulons un pays avec de belles et grandes routes bien bitumées comme on commence à en voir, de l’électricité partout et sans coupure, de l’eau courante, une bonne connexion à l’internet, des hôpitaux, et de grandes et belles écoles partout, avec de grandes entreprises qui donnent du travail à tout le monde ? Oui ! Mais d’où voulons-nous que l’argent pour faire tout cela sorte ? Uniquement de la poche des autres, c’est-à-dire des contribuables des autres pays ? Voyons ! Il est vrai que nous sommes de la culture du « cadeau » et nous voulons que tout nous soit donné gratuitement, sans que nous n’ayons à fournir le moindre effort. Désolé, mais le monde ne marche plus ainsi. Il n’a d’ailleurs jamais marché ainsi, mais c’est nous qui ne l’avons jamais compris. Ceux d’entre nous qui ont déjà visité le Maroc et l’Afrique du Sud se sont extasiés devant le niveau de développement atteint par ces pays africains. Eh bien, c’est parce qu’il n’y a pas de petite recette là-bas, et que lorsque l’on demande aux voyageurs de dédouaner les articles qu’ils ramènent de leurs voyages, cela ne tourne pas au psychodrame national. Oui, retenons une fois pour toutes que notre développement, nous le paierons nous-mêmes. Les autres nous aiderons quand ils le pourront, nous prêterons de l’argent si nous sommes sérieux, mais il nous faudra forcément les rembourser un jour en mettant la main à la poche. Nous sommes en ce moment tous très heureux de voir que notre lagune que nous avons nous-mêmes laissé pourrir est en train d’être réhabilitée par les Marocains. Sachons-le maintenant, pour éviter tout malentendu futur : ce n’est pas cadeau. Et cela pourrait être payé avec, par exemple, les taxes que les voyageurs qui ramènent des marchandises de leurs voyages paieront.

Lorsque le débat sur la nécessité de dédouaner nos marchandises a été lancé sur les réseaux sociaux, quelqu’un m’a fait remarquer qu’en Europe, on fouille rarement les bagages des Africains qui arrivent d’Afrique, histoire de dire que notre administration des douanes en fait trop. Mon Dieu, que voulez-vous qu’un douanier français aille chercher dans les bagages d’un Africain ? Qu’y trouvera-t-il ? Qu’avons-nous jamais exporté en France, si ce n’est nos attiéké, poissons et piments séchés, singes ou agoutis fumés, soumara et autres produits à forte odeur ? Quel Africain a un  jour exporté en Europe des ordinateurs, des télévisions ou radios, des téléphones dernier cri, des chemises ou chaussures neuves, des parfums, des montres de valeur, des vins, du chocolat ? Pourquoi voulons-nous que ces douaniers perdent leur temps à fouiller nos bagages ? Les seules choses qu’ils craignent que nous n’exportions chez eux sont la drogue, nos maladies compliquées et notre pauvreté. Par contre, si vous revenez d’Asie, c’est sûr que vos bagages ont toutes les chances d’être fouillés. Mais entendons-nous bien : rien de ce qui est écrit dans cet éditorial ne signifie que nous sommes d’accord pour que quelqu’un crée des dépenses inutiles pour les contribuables ou conducteurs d’automobile, ou augmente les prix sans raison et de manière anarchique.

Venance Konan

Lu 1685 fois Dernière modification le jeudi, 28 avril 2016 22:53