L’union fait la force

dimanche, 15 septembre 2013 23:11

Je dois avouer que c’est toujours un plaisir pour moi de me retrouver à Ouagadougou. J’en suis revenu, hier, après y avoir séjourné quatre jours. A la joie de retrouver mes nombreux amis, de me gaver de poulets et pintades braisés, s’ajoutent toujours l’admiration de voir un peuple au travail, et les résultats concrets qu’il obtient. Ouagadougou est toujours en chantier, et pour peu que l’on passe deux années sans s’y rendre, comme c’était mon cas, on est parfois perdu dans des endroits que l’on croyait connaître.

Oh, je ne dis pas que tout est rose au Burkina Faso, loin de là ! Ils ont, comme tout le monde, de nombreux problèmes à régler. Mais une chose est indéniable, c’est le refus du peuple burkinabé de la fatalité, sa volonté de se battre contre la nature qui lui est souvent hostile et tout ce qui empêche son développement. Il y a quelques années, mon ami, le sculpteur Siriki Ky, me disait à peu près ceci : « Nous, nous avons un objectif qui est d’atteindre votre niveau, voire vous dépasser. Et cela ne nous fait pas peur de travailler. Les conditions de vie ici sont tellement dures que nous sommes obligés de travailler dur pour survivre. Rien que pour boire de l’eau, il nous faut creuser des puits très profonds ou marcher pendant des heures. Vous, votre problème est que vous n’avez plus d’objectif parce que vous croyez que vous êtes arrivés. Donc, vous ne travaillez plus. » Depuis au moins deux ans, les données ont changé en Côte d’Ivoire. L’envie d’avancer est revenue et nous nous sommes fixé pour objectif de devenir un pays émergent à l’horizon 2020. Il reste maintenant à nous mettre au travail. Mais une des réalités du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est que les petits pays pauvres comme les nôtres n’ont aucune chance de s’en sortir tout seuls. Les Européens l’ont si bien compris que malgré le niveau de développement de chacun de leurs pays, ils ont entrepris de former une union. Les nouveaux pays émergents que l’on appelle les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sont, avant tout, de grands pays. Certes, un micro-État tel que Singapour a pu émerger, mais il a bénéficié de circonstances particulières. L’Inde et la Chine comptent, chacun, plus d’un milliard d’habitants. Autant que toute l’Afrique. Il est évident qu’en voulant aller à l’émergence, chacun de son côté, nous n’y arriverons jamais. L’intégration est en marche, depuis de longues années, sur notre continent. Il y a nos ensembles économiques régionaux tels que la Cedeao, le Conseil de l’Entente ou l’Uemoa, pour ce qui concerne l’Afrique de l’ouest, qui font leur petit bonhomme de chemin. Au sein de ces ensembles, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont décidé de renforcer davantage leurs liens pour devenir la locomotive de l’intégration dans notre région. Et je crois qu’il n’y a pas deux pays qui étaient aussi bien indiqués qu’eux pour jouer ce rôle. Nous avons une vieille histoire commune que nous gagnerions à enseigner à nos jeunesses. Déjà, en 1735, le prince Famaghan, frère de l’empereur Sékou Ouattara qui régnait à Kong, est allé créer son propre royaume, le Gouïriko, à Bobo-Dioulasso. Kong et Gouïriko étaient donc deux royaumes frères, dirigés par deux frères. Puis, durant la colonisation, entre 1932 et 1947, les cercles de Tenkodogo, Kaya, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Gaoua, Battié, Koudougou et une partie du cercle de Dédougou faisaient partie de la colonie de Côte d’Ivoire. Les populations de ces régions furent massivement acheminées dans les régions du sud pour l’exploitation du bois et des nouvelles cultures de rente que sont le café et le cacao, ainsi que pour la construction du port et de la ligne de chemin de fer.

Au temps d’Houphouët-Boigny, les relations entre nos deux pays étaient très fortes. Elles commencèrent à tiédir sous Bédié, avant de se gâter franchement sous Guéi et Gbagbo. Elles se réchauffent, à nouveau, depuis l’arrivée du Président Ouattara. Le 30 juillet dernier, 18 accords de coopération portant sur des sujets tels que l’économie, l’agriculture, les mines, la défense, la sécurité, le tourisme, la culture, la communication, l’enseignement, le commerce, l’emploi, l’industrie ont été signés par les Chefs des deux États à Yamoussoukro. Pour notre part, à Fraternité Matin, nous avons décidé d’unir nos forces à celles du quotidien d’Etat burkinabé Sidwaya et c’était la raison de notre voyage à Ouagadougou. Nous devons tous comprendre que c’est l’union entre nos deux pays dans tous les secteurs et l’union entre nos deux peuples qui nous rendra forts.

Venance Konan

 

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