L’année de notre année

mercredi, 31 décembre 2014 00:10

L’année 2014 s’achèvera dans quelques heures. Que devrions-nous en retenir ? Beaucoup de choses se sont déroulées au cours de cette année, mais si nous devrions n’en retenir que trois, je citerais la chute de Blaise Compaoré au Burkina Faso, l’Appel de Daoukro et les candidatures de Charles Konan Banny et Essy Amara à la prochaine élection présidentielle.

La chute de Compaoré nous interpelle en raison des liens très étroits qui unissent le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, du rôle qu’a joué l’ex-président de ce pays frère dans notre crise et des possibles répercussions de la « révolution » burkinabé sur le reste du continent. En 2015, il y aura une dizaine d’élections présidentielles en Afrique. Et des Chefs d’état, de par la Constitution de leur pays qui limite le nombre de mandats, ne peuvent plus briguer la magistrature suprême. Quelques-uns d’entre eux sont fortement soupçonnés de vouloir modifier leurs lois fondamentales pour se maintenir au pouvoir. Or, c’est parce qu’il avait voulu faire cela que Blaise Compaoré est tombé. Précisons qu’il n’est pas tombé suite à un coup d’état, mais qu’il a véritablement été chassé par la rue. Et sa mésaventure montre, du coup, aux foules et sociétés civiles africaines la force dont elles disposent lorsqu’elles sont poussées à bout. Il est certain que ce qui s’est passé au Burkina Faso a donné à réfléchir à bien des Chefs d’état qui avaient l’intention de modifier leurs Constitutions. Mais prendront-ils la bonne décision au bout de leurs réflexions ? Qu’ils sachent tout de même que les sociétés civiles et les foules de leurs pays ont aussi réfléchi sur ce qui s’est passé au Burkina Faso. Chacun, de son côté, en tirera les leçons. Ne nous pressons pas pour savoir ce qui se passera. 2015 nous situera bientôt.

2015 est une année très importante pour nous, Ivoiriens, parce que nous irons, nous aussi, à une élection présidentielle. Ce sera l’année de notre année, comme on dit ici, si tout se passe bien. Chez nous, aucun texte, ni aucun segment de notre société ne s’oppose à une candidature du président en exercice. Bien au contraire, le chef du plus vieux parti de notre pays a déjà appelé, à travers ce que l’on a appelé « l’Appel de Daoukro », ses partisans à soutenir le président sortant, en ne présentant pas de candidature. Il n’empêche, cependant, que quatre membres de son parti, dont Charles Konan Banny et Essy Amara, ont décidé de lui désobéir en demandant l’investiture de leur formation politique. L’on peut gager qu’ils ne l’auront pas. Iront-ils néanmoins à la compétition en candidats libres ? Quels résultats espèrent-ils ? Ça aussi, nous le saurons bientôt. à vrai dire notre problème n’est pas là. Il trouve plutôt son explication dans le fait que depuis le retour au multipartisme en 1990, aucune élection présidentielle ne s’est déroulée chez nous sans violence, sans son lot de morts, de blessés, de désolation. La dernière fut la pire. On a d’ailleurs l’impression que les choses vont crescendo à chaque scrutin. Rappelez-vous les élections de 1990, 1995, 2000 et 2010. Est-ce une malédiction ? La prochaine sera-t-elle plus violente que la précédente ? écartons tout de suite l’hypothèse de la malédiction. Que reste-t-il donc ? Il reste que les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, si nous analysons froidement et lucidement les raisons des violences électorales passées, nous pourrions peut-être en éviter de nouvelles. 2015 sera vraiment l’année de notre année, si nous réussissons à organiser une présidentielle sans verser une seule goutte de sang.

L’année 2015, c’est aussi celle où nous devons sérieusement nous donner les moyens d’atteindre l’émergence promise par le Chef de l’état à l’horizon 2020. Pour nous, cela est dans l’ordre du faisable, si nous nous en donnons les armes. Le Président joue sa partition depuis qu’il est au pouvoir. Mais cela ne suffit pas. Chacun de nous doit apporter sa pierre à l’édifice, à quelque niveau qu’il se trouve. C’est dans cette optique qu’avec notre ami Loukimane Camara, directeur général de la Sicogi et par ailleurs éminent économiste, nous nous proposons d’organiser, dès janvier, un colloque sur l’émergence, au cours duquel les intellectuels et universitaires de notre pays et d’ailleurs plancheront sur les meilleurs chemins à emprunter par chacun de nous afin d’arriver effectivement à l’émergence.

Sur ce, je vous souhaite à tous une très bonne année 2015. Qu’elle soit l’année de notre année.

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