Incendies et responsabilité

jeudi, 20 juin 2013 01:38

Un marché qui prend feu à Abobo. Quelques jours avant, c’est à Bouaké qu’un autre avait pris feu. Cela s’est passé cette semaine. Y a-t-il finalement un seul marché dans ce pays qui n’ait pas pris feu au moins une fois ?

En début d’année, c’est au Togo que deux marchés avaient pris feu, à un jour d’intervalle, l’un à Kara, la deuxième ville du pays située au nord, et l’autre à Lomé, la capitale, située au sud. Là-bas, l’affaire avait pris une tournure politique et conduit certains opposants en prison. Les incendies de marchés sont-ils une fatalité africaine ?

 

Chez nous, les marchés en feu, c’est devenu une routine, une banalité comme bien des catastrophes qui nous frappent régulièrement. Depuis une bonne vingtaine d’années, il ne se passe pratiquement pas un trimestre que l’on ne déplore un marché parti en fumée. Et chaque fois, ce sont des millions qui disparaissent dans les flammes. Et des hommes et des femmes qui perdent parfois le fruit d’une vie de travail. Est-ce vraiment une fatalité ? Certainement, si nous continuons à nous comporter comme nous le faisons. Après Bouaké et Abobo, il y en aura d’autres qui partiront en fumée. Et comme toujours, nous le déplorerons, nous prendrons de grands engagements et chacun ira se coucher. Jusqu’au prochain incendie. Ces sinistres partent presque toujours de branchements électriques frauduleux et mal faits, de marchés surpeuplés et surchargés et de grosses négligences de la part, à la fois, des utilisateurs des marchés et des autorités. Quand il ne s’agit pas tout simplement d’incendies criminels.

Il y a les marchés, mais aussi les locaux de l’administration qui, régulièrement, partent en fumée. Quelle administration dans ce pays n’a pas vu un de ses bureaux brûler ? Les causes ? Toujours les mêmes. Bâtiments vétustes, parfois en bois, circuits électriques délabrés, datant parfois de Mathusalem, absence d’extincteurs et d’autres systèmes de protection contre les incendies, négligence ou tout simplement actes de malveillance, parfois pour dissimuler des malversations en faisant disparaître des documents compromettants.

Que ce soient pour les marchés ou pour les administrations, on n’a jamais, au grand jamais, autant que je m’en souvienne, en tout cas, arrêté et puni un coupable. C’est toujours le destin ou un sorcier qui sont mis en cause. Destin et sorcier qui, bien souvent, servent à masquer nos carences et irresponsabilités.

Dans un pays qui se veut sérieux et qui aspire à l’émergence, on ne peut pas se résoudre à tout recommencer éternellement. Il n’y a aucune fatalité dans la survenance de ces incendies. Ils peuvent très facilement être évités, si seulement chacun faisait ce qu’il avait à faire. Nous avons des autorités chargées de veiller à la sécurité de nos bâtiments et autres infrastructures telles que les marchés. À quoi servent les maires ? À quoi sert le service de protection civile ? Est-ce si difficile de contrôler régulièrement nos marchés et bureaux pour s’assurer qu’ils sont efficacement protégés contre les incendies et autres catastrophes ?

Le jour où nous engagerons la responsabilité d’un maire ou d’une autorité administrative à la suite d’un incendie ou d’une catastrophe de même nature, les choses changeront peut-être.

Venance Konan

 

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