Il faut voter

samedi, 17 octobre 2015 00:04
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

La démocratie, dans sa définition basique, est l’exercice du pouvoir par le peuple pour le peuple. Dans les faits, de nos jours, le pouvoir est exercé par un groupe de personnes que l’on appelle les élus. Ceux-ci sont choisis par le peuple pour exercer le pouvoir en son nom, durant un temps déterminé.

L’élection est donc le moyen privilégié par lequel le peuple exerce son pouvoir en choisissant ses dirigeants. Dans les démocraties modernes, le pouvoir du peuple s’exerce en plusieurs autres occasions, durant le mandat des élus. En Suisse, par exemple, plusieurs sujets d’intérêt national sont soumis à ce que l’on appelle là-bas la votation. Ailleurs, il y a les référendums, les sondages d’opinion, la presse, les manifestations démocratiques qui  permettent aussi aux électeurs d’exprimer leurs sentiments sur la façon dont ils sont gouvernés ou de l’infléchir. Mais le moment crucial pour le peuple et par conséquent, pour chaque élément de ce peuple, c’est-à-dire chaque citoyen, d’exercer sa souveraineté, réside dans l’acte de voter. C’est le moment où l’on choisit ou sanctionne ceux qui gouvernent par les urnes. Le pouvoir du peuple est alors fractionné entre tous ses éléments, entre tous les citoyens, et chacun, pris individuellement, détient une fraction de ce pouvoir. Croire que sa seule voix ou son seul vote ne représente rien est une illusion. C’est l’ensemble de toutes les voix exprimées à travers le vote qui donne son pouvoir au peuple et, de ce fait, chaque voix est aussi importante que l’ensemble de toutes les voix. Croire aussi que tout est joué d’avance, que tel candidat est déjà donné gagnant et que son vote n’y changerait rien est une autre illusion. Notre histoire nous a démontré que des candidats à des élections qui se croyaient gagnants d’avance, en raison de sondages favorables ou de visions prétendues divines, avaient fini par perdre, du fait de la mobilisation de leurs adversaires. Si ces derniers s’étaient dit que tout était joué d’avance, que leurs seules voix ne serviraient à rien, les choses n’auraient pas changé. Aussi, chers compatriotes, le moment d’exercer votre pouvoir est arrivé. Il vous faut aller voter et cela commence par le retrait de vos cartes d’électeur.

Une autre raison d’aller voter est que ce devoir donne aux citoyens leur légitimité pour exiger de leurs élus d’être correctement gouvernés, même si les gouvernants ne sont pas ceux pour qui ils ont voté. Dès lors que les citoyens ont voté, celui qui exerce le pouvoir en leur nom est tenu de le faire dans l’intérêt de tout le monde et chacun a le droit d’être exigeant envers lui. Mais celui qui ne se sent pas concerné par le choix des dirigeants n’a aucune légitimité pour revendiquer quoi que ce soit. En choisissant de ne pas participer au vote, il aura décidé de subir tout ce que les dirigeants lui imposeront.

La troisième raison d’aller retirer sa carte d’électeur est que la présidentielle n’est que la première d’une série d’élections à venir. Il y aura les législatives, les municipales et les régionales. Autant de scrutins pour lesquels la carte d’électeur est indispensable.

Depuis la fin de la crise qui a suivi l’élection présidentielle de 2010, certains acteurs politiques qui se disent orphelins de leur leader charismatique ont décidé de se mettre en marge de notre processus démocratique en boycottant toutes les élections. Ils ne réalisent sans doute pas qu’en se comportant ainsi, ils se marginalisent, et sont vus comme les Boko Haram de notre politique. D’eux, on ne connaît que le côté malfaisant, nuisible, sans que l’on comprenne ce qu’ils veulent vraiment. Leur seul programme politique est que rien ne doit marcher dans le pays, tout comme le seul programme des djihadistes nigérians est de nuire au maximum sans que l’on sache réellement l’objectif qu’ils visent. Suivre nos Boko Haram reviendrait à renoncer à son droit souverain de participer au choix de ses futurs dirigeants, sans que l’on sache pour quel gain. Aucune élection au monde n’a jamais été invalidée parce qu’une partie de l’électorat a choisi de ne pas y participer.

Venance Konan

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