Histoires d’immigration

Histoires d’immigration

dimanche, 03 mai 2015 23:02
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

L’actualité de ces dernières semaines sur notre continent a surtout été marquée par des histoires d’immigration. Il y a eu les pogroms contre les émigrés en Afrique du Sud et les centaines, voire milliers de personnes qui ont disparu dans la Méditerranée, dans l’indifférence de la plupart des États africains.

Sans doute que pour certains de nos chefs, l’important est que leurs chômeurs et laissés pour compte s’en aillent, peu importe où. S’ils atteignent l’Europe ou d’autres continents d’où ils peuvent envoyer de l’argent à leurs familles, c’est tant mieux. S’ils n’y arrivent pas, l’essentiel est qu’ils ne reviennent pas gonfler les rangs des malheureux qui sont restés au pays, tous potentiels opposants et marcheurs pour exiger des fins de règne. Alors, on ne va pas verser une larme si leur odyssée s’achève au fond de la Méditerranée. L’Europe qui est plus concernée que nos États s’est réunie de toute urgence, mais n’a pu proposer de solution à ce qui est en train de devenir un sérieux problème pour elle. Au-delà de la détresse humaine et des drames qu’il faut à tout prix chercher à éviter, il y a la question de la présence massive de ces immigrés dans des États qui, pour une bonne part, sont en pleine crise économique et sociale. Les crises économiques ne font pas bon ménage avec l’arrivée d’immigrants. Et ce qu’il faut craindre, à savoir une montée de la xénophobie, est en train d’arriver, si elle n’est pas déjà installée. Le journal britannique, The Sun,  a publié une chronique signée d’une certaine Katie Hopkins qui traite les migrants de « sauvages », de « cafards », avant d’affirmer que ce qu’il leur faut, « ce sont des navires de guerre pour renvoyer ces embarcations dans leur pays. » Il serait peut- être bon de rappeler à cette dame qu’il y a quelques siècles, c’étaient les Européens qui fuyaient leur continent par milliers pour aller s’installer en Amérique, en Afrique australe, en Australie, en Nouvelle-Zélande… Ils fuyaient leurs pays dévastés par des famines, des guerres, l’intolérance religieuse, les crises économiques. Exactement comme la plupart des pays que les Africains qui disparaissent dans la Méditerranée fuient aujourd’hui. Et l’on peut imaginer que si aujourd’hui, autant de bateaux modernes disparaissent dans la Méditerranée, il a dû y avoir encore plus de bateaux de l’époque qui ont disparu dans les vastes mers que les Européens ont dû parcourir pour trouver leurs « terres promises. » La différence est qu’aujourd’hui l’information circule encore plus vite que les véhicules les plus rapides. On me rétorquera sans doute que c’est de l’histoire ancienne. Mais l’histoire se répète bien souvent. Et seuls ceux qui ne veulent pas voir ignorent les milliers de Portugais qui fuient, en ce moment, leur pays pour aller s’établir en Angola, au Mozambique, ces milliers d’Espagnols qui vont s’installer au Maroc, pas à cause des climats ou de l’exotisme de ces pays, mais pour essayer d’y trouver une vie meilleure. J’ai cité les destinations africaines, mais, comme il y a quelques siècles, les Européens sont, à nouveau, en train de fuir leur continent pour aller partout où ils peuvent trouver une vie meilleure. Et ce n’est pas anodin que des milliers de jeunes gens de ce continent choisissent comme destination la Syrie et l’Irak pour rejoindre les rangs de l’organisation appelée État islamique, dont la principale activité consiste à tuer, de la manière la plus horrible possible, tous ceux qui ne pensent pas comme elle. Lorsqu’une jeunesse choisit une telle voie, c’est que la société dans laquelle elle vit est malade.

à nos « frères » sud-africains, je voudrais dire que je comprends que lorsqu’un pays est en crise, il cherche toujours des boucs émissaires et, généralement, ce sont les étrangers qui sont choisis, à leur corps défendant, pour jouer ce rôle. La fin de l’apartheid en Afrique du Sud n’a pas changé grand-chose à la situation de la majorité des Noirs de ce pays. Et ses dirigeants trouvent plus facile d’orienter les frustrations de leurs concitoyens contre les étrangers plutôt que de les soulager. Mais qu’ils sachent, ces dirigeants actuels, qu’ils ne sont pas les auteurs de la relative prospérité de leur pays et qu’au contraire, sous leur direction, nous voyons l’Afrique du Sud péricliter et tomber dans tous les travers qui ont fait la ruine de bon nombre d’États africains, à savoir corruption, favoritisme, impéritie, incompétence, populisme. à ce rythme, dans peu d’années, ce sont les Sud-Africains qui iront chercher leur bonheur dans d’autres pays africains, qui, eux, se sont guéris ou sont en train de se guérir des travers cités plus haut.

La romancière sénégalaise, Fatou Diome, avait lancé aux Européens, lors d’un débat télévisé en France, que nous devions tous (Africains et Européens) trouver ensemble des solutions à cette émigration des Africains ou périr ensemble. Parce que tout est aujourd’hui imbriqué. Je dirais la même chose à nos «frères » sud-africains. Chasser les étrangers africains ne règlera aucun des problèmes structurels de l’Afrique du Sud. Mais ce pays est en Afrique et toute l’Afrique réglera ses problèmes ensemble ou périra ensemble.

 

Venance Konan

 

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