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Francivoire

vendredi, 20 avril 2018 16:23
Francivoire Crédits: DR

L’histoire dit que l’expression « Françafrique » aurait été inventée par Félix Houphouët-Boigny pour illustrer les relations particulières qui existent entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. Dans le fond, qu’y a-t-il de mauvais dans le fait que la France et ses anciennes colonies aient des relations particulières ? Rien, en principe. Tout dépend de ce que revêt l’expression « relations particulières ».

Pour certains, ces relations seraient de nature presque délictueuse, car entretenant une sorte de corruption des élites, aussi bien africaines que françaises, au point que l’expression a fini par avoir un sens totalement négatif.

En ce qui concerne notre pays, Houphouët-Boigny, le « père » de notre indépendance et premier président de notre pays qui régna durant 33 ans, choisit délibérément d’entretenir d’étroites relations avec la France. Parce que nous n’avions pas les cadres, techniciens, ingénieurs et scientifiques en nombre suffisant pour impulser un réel développement, encore moins les capitaux et les entreprises pour construire le pays. Sékou Touré, notre voisin guinéen, choisit, lui, de rompre avec la France pour se jeter dans les bras de l’Union Soviétique.

A cette époque, pour les pays africains, comme d’ailleurs pour de nombreux autres pays du monde, le choix était entre les systèmes capitaliste et socialiste, ou si l‘on veut, entre l’Ouest et l’Est. L’Union Soviétique a fini par s’effondrer et devant l’évidence, les pays qui ont choisi son système ont fini par rejoindre le camp de l’Ouest.

En Afrique de l’Ouest, jusqu’à la grande crise économique qui frappa indistinctement tous les pays africains qui ne vivaient que de leurs matières premières, il était incontestable que la Côte d’Ivoire était le pays économiquement le plus avancé. Même le Nigeria avec son énorme population et ses réserves de pétrole faisait moins envie que la Côte d’Ivoire. On ne peut pas nier que notre coopération avec la France y ait été pour quelque chose.

Pour nous autres qui avons été au collège dans les années 1970, jusqu’à l’université, la majorité de nos enseignants étaient des Français et nous pouvons dire avec fierté qu’à cette époque, la Côte d’Ivoire avait formé des cadres compétents.

Après Houphouët-Boigny, son successeur Henri Konan Bédié poursuivit la même politique d’étroite collaboration avec la France. Ce furent les années où notre objectif était d’atteindre une croissance à deux chiffres. Nous n’en étions pas très loin, lorsque survint le coup d’Etat militaire qui mit fin à cette ambition.

Les « refondateurs » de Laurent Gbagbo qui vinrent par la suite rompirent, pour des raisons purement idéologiques, avec la France pour choisir comme partenaire stratégique l’Angola, anciennement colonisé comme nous, et qui avait bien du mal à se remettre de ses longues années de guerre civile. La politique de Gbagbo nous conduisit tout droit à un début de guerre civile, à une partition du pays et à un effondrement de notre économie.

L’histoire se termina par une vraie guerre civile qui coûta la vie à plus de trois mille personnes. Cette guerre ne prit fin que grâce au coup de pouce décisif de la France, qui contribua ainsi à installer un vrai pouvoir démocratiquement élu, contrairement à ce dont elle était communément accusée, à savoir de soutenir et de n’installer que des dictatures.

Alassane Ouattara, celui que les Ivoiriens ont élu en 2010, a choisi, une fois installé au pouvoir, de renouer avec la France comme ce fut le cas sous Houphouët-Boigny et Bédié. Et depuis lors, notre économie a retrouvé une telle vigueur que nous sommes aujourd’hui une des économies à la plus forte croissance au monde. On ne peut nier que les investissements français y sont pour quelque chose.

Il y en a évidemment en provenance de plusieurs autres pays, mais la France a retrouvé son rang de partenaire stratégique de notre pays. Avec ce pays, nous partageons une longue histoire qui eut certes son côté douloureux, car les histoires de colonisation n’ont jamais été douces, mais aussi, comme conséquence de notre histoire commune, une culture qui est celle de la francophonie.

La Côte d’Ivoire aspire aujourd’hui à être un pays émergent, c’est-à-dire un pays capable de tenir tout seul sur ses jambes. Ce qu’elle attend de la France, c’est qu’elle l’aide à se passer de l’aide. Certes, dans la société des nations que nous formons, personne ne peut dire qu’il peut se passer de l’aide des autres. C’est d’ailleurs tout le sens de la vie en société. Mais dans une société des nations équilibrée, il ne saurait y avoir des Etats qui vivent éternellement de l’aide des autres.

L’ambition du président Ouattara est de faire en sorte que son pays ne soit pas de ceux-là, d’où sa volonté de faire émerger notre pays le plus rapidement possible. Tous les indicateurs montrent que nous sommes sur la bonne voie. Et ce que nous attendons de la France, notre amie, notre partenaire, est de nous accompagner sur la distance qui nous sépare de l’émergence. Car une Côte d’Ivoire debout sur ses jambes, avec une classe moyenne forte et aisée ne peut être que bénéfique pour son partenaire privilégié qu’est la France.

La Francivoire (si nous pouvons nous permettre ce néologisme), dont nous rêvons, c’est cette relation-là. C’est ce que quelqu’un a appelé le co-développement. La France peut nous aider au niveau de la formation de nos cadres, et en investissant ici afin de créer des entreprises et des emplois qui retiennent sur place notre jeunesse qui, parfois, ne sait quoi faire de son énergie. Et ce sera gagnant-gagnant pour tout le monde.

Venance Konan

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