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Faux débats

mardi, 02 février 2016 00:26
Plume Plume Crédits: Frat-Mat

Sans surprise, les avocats de Laurent Gbagbo (ceux qui sont avec lui à La Haye et ceux qui sont sur les chaînes de télévision et de radio, ainsi que sur les réseaux sociaux) ont choisi, d’une part, d’invoquer la « Françafrique » qui aurait cherché, par tous les moyens, à écarter un Président qui ne lui convenait pas; et d’autre part, de se plaindre de ce que les partisans de M. Ouattara ne soient pas jugés dans la même journée que leur client.

Ce qui signifierait donc qu’il s’agit bien d’une justice des vainqueurs. Pour ce qui est de la lutte de Gbagbo contre la « Françafrique », leur argument est totalement éculé. Nous savons tous que les entreprises françaises n’avaient jamais fait d’aussi bonnes affaires en Côte d’Ivoire que sous Laurent Gbagbo. Ainsi, en toute logique, si la France devait choisir un candidat, elle aurait plutôt préféré celui qui défendait si bien les intérêts de ses entreprises. Cela dit, faire de Gbagbo, un champion de la lutte contre le colonialisme ou le néocolonialisme… laissez-nous rire. On se souvient tous de son immense bonheur, lorsqu’il fut reçu en France, bien avant le début de la crise dans notre pays. Mais quoi qu’il en soit, ramener le débat sur ce terrain, c’est faire un hors-sujet. Il s’agit, dans ce procès, de savoir si Laurent Gbagbo et Blé Goudé sont bien coupables de ce qui leur est reproché; à savoir des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Même si le mari de Simone luttait effectivement contre la « Françafrique », comme on veut nous le faire croire, cela ne l’autorisait pas à commettre les crimes dont il est accusé.

Pour ce qui est de l’absence de partisans de M. Alassane Ouattara sur le banc des accusés, je ne comprends pas bien ce que veulent les avocats du « Woody de Mama ». Certains ont affirmé sur des ondes de radio et les réseaux sociaux que la vérité ne sera jamais sue, puisqu’on ne juge qu’un camp. Auraient-ils vraiment voulu qu’il y ait des partisans de M. Ouattara dans le box des accusés, et qu’à chaque fois que l’on donne la parole à Gbagbo et Blé Goudé, elle soit aussi donnée à l’un de ces fameux partisans du Président Ouattara ? A-t-on besoin que des partisans de M. Ouattara soient jugés en même temps que MM. Gbagbo et Blé Goudé pour savoir si ces derniers sont coupables ou non de ce dont ils sont accusés ? Pourquoi dans une crise, il faille nécessairement deux coupables comme on tend à nous le faire croire ? à ceux qui ont la mémoire oublieuse, rappelons-leur ces quelques faits.  Durant la Seconde Guerre mondiale, le Japon lança une attaque contre une base militaire américaine. Il s’ensuivit une sanglante guerre entre les deux pays, au terme de laquelle le Japon fut vaincu. Pour remporter la victoire, les états-Unis lancèrent, les 6 et 9 Août 1945, deux bombes atomiques sur Nagasahi et Hiroshima, deux villes japonaises, tuant des milliers de femmes, vieillards et enfants. à la fin de cette guerre, seuls les responsables japonais furent jugés. Personne ne posa la question de savoir pourquoi il n’y avait pas d’Américains dans le box des accusés, alors qu’ils avaient aussi tué des innocents. Il en fut de même en Europe, lorsqu’Hitler perdit la guerre. Seuls ses partisans furent jugés. Et pourtant, Dieu seul sait combien de civils sont morts sous les bombes des Alliés et des Soviétiques. La moralité de l’histoire est que lorsque l’on ne veut pas se retrouver seul devant un tribunal, il ne faut jamais déclencher une guerre, ou, si on le fait, il faut la gagner, comme vont encore le démontrer les histoires suivantes. Il y a quelques années, le Président américain, George W. Bush, décida d’attaquer l’Irak au motif que ce pays détiendrait des armes de destruction massive. Il bombarda l’Irak et captura Saddam Hussein, le Président de ce pays qui ne lui avait strictement rien fait. Saddam Hussein fut jugé et pendu. Aucune arme de destruction massive ne fut découverte en Irak, pays qui est aujourd’hui en lambeaux. La guerre avait donc été menée sur la base d’un mensonge. Mais George W. Bush coule des jours heureux; personne ne l’a traduit devant aucune juridiction, pas plus qu’un de ses généraux ou soldats. Oui, lorsque l’on déclenche une guerre, il faut être assez fort pour la gagner. Ou être fort tout simplement. Sinon, l’on se retrouve tout seul devant un tribunal. La dernière histoire se passe sur notre continent. Lorsque les rebelles rwandais regroupés au sein du Front patriotique rwandais (Fpr) se mirent à attaquer le pays, sous la conduite de Paul Kagamé, le Président rwandais Habyarimana déclencha un génocide. Mais les rebelles eurent le dessus et les partisans d’Habyarimana durent fuir dans ce qui était alors le Zaïre. Le Fpr qui avait désormais le pouvoir au Rwanda marcha sur les camps de réfugiés, et tua des milliers de personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants. On a jugé ceux que l’on a appelés les « génocidaires », c’est-à-dire les partisans d’Habyarimana. Mais jusqu’à ce jour, aucun partisan de Kagamé ne s’est retrouvé devant un tribunal. Alors, justice des vainqueurs ? Oui. Gbagbo et Blé Goudé auraient-ils voulu ne pas se retrouver seuls à La Haye ? Ils n’avaient qu’à ne pas déclencher une guerre et la perdre.

Venance Konan

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