Et pendant ce temps… (3)

jeudi, 21 mai 2015 23:58
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

J’ai lu à la « Une » d’un journal proche du Front populaire ivoirien (Fpi) que « la peur a changé de camp » depuis que l’opposition au Président Alassane Ouattara a créé la Coalition nationale pour le changement (Cnc).

En clair, selon ce confrère, M. Ouattara serait pris de panique et ne serait plus sûr de sa réélection en octobre prochain depuis que MM. Banny, Sangaré, KKB, Koulibaly, Ahipeaud, Kabran et d’autres beaucoup moins connus, pour ne pas dire totalement inconnus du grand public, ont décidé de se mettre ensemble pour le combattre. Pourquoi pas, après tout ? KKB a dit de faire attention à lui, qu’il pourrait être le petit David terrassant Goliath avec sa fronde. Que les partisans et agents de sécurité de M. Ouattara surveillent bien les mains de KKB le jour où il s’approchera du Chef de l’État. Des fois qu’il chercherait vraiment à l’abattre avec une vraie fronde…

Affi N’Guessan a dit, pour sa part, que tout comme en 2010, en 2015, « On gagne ou on gagne », ajoutant que « on peut nous voler notre victoire, on ne peut pas nous battre par les urnes. » Affi est capable de venir nous dire au lendemain de la prochaine présidentielle que c’est lui le vrai gagnant. C’est dans l’Adn des dirigeants du Fpi. Gbagbo avait déjà dit en 1990, que c’est lui qui avait gagné, face à Houphouët-Boigny.

Et pendant ce temps… Comme dirait mon jeune frère, le journaliste et écrivain André Silver Konan. Pendant ce temps, pendant que certains se construisent des châteaux en Espagne, notre pays est devenu le premier producteur africain d’anacarde, ou noix de cajou, et le deuxième mondial derrière l’Inde. Les paysans en vivent très bien, et selon un article lu sur le Net, l’anacarde qui se cultive essentiellement au nord pourrait être l’alternative au coton, la principale culture de rente dans cette région. Selon des experts de la Banque mondiale, l’anacarde pourrait bientôt jouer le même rôle au nord que le cacao au sud, employer des milliers de personnes et empêcher que cette région se vide de sa population. Hier, j’ai écouté sur Radio France internationale (Rfi) un intéressant reportage sur une dame, Massogbè Touré Diabaté, patronne d’une société de transformation de l’anacarde installée dans le nord du pays. J’y ai appris que son entreprise est la seule à transformer l’anacarde en Côte d’Ivoire, ce qui représente 10% de la production nationale. Et que le reste de notre anacarde est transformé au Ghana et au Vietnam. Cette dame a d’autant plus de mérite qu’elle a créé son entreprise en 2000 et deux après, le pays s’est retrouvé coupé en deux pendant huit longues années.

Il y a seulement quelques jours, le Président de la République a inauguré la première usine de transformation du cacao en chocolat en Côte d’Ivoire. Et pourtant, nous sommes les premiers producteurs de cacao au monde depuis plus de cinquante ans. N’attendons pas cinquante ans encore avant de prendre en main le contrôle de la transformation de la noix de cajou. Il y a de plus en plus de jeunes Ivoiriens, souvent bien formés et très motivés, qui se lancent dans l’entrepreneuriat et qui sont bien décidés à ne pas commettre les erreurs de leurs devanciers. Il appartient à l’État de leur donner les armes et la protection nécessaires pour leur permettre de grandir et faire face à la concurrence des grandes entreprises étrangères. C’est par de telles mesures que tous les pays du monde ont développé leurs industries. Les États les plus libéraux sont les plus protectionnistes, ne l’oublions pas. Chaque fois que le Chef de l’État se rend en visite officielle ou de travail à l’étranger, il se fait accompagner d’une belle brochette d’hommes et de femmes d’affaires, comme pour leur dire qu’il est temps pour eux d’aller aussi à la conquête du monde. Pour avoir participé, il y a quelques semaines, aux journées organisées par la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (Cgeci), je peux attester que bon nombre de nos entrepreneurs ont commencé à s’exécuter, surtout au niveau de l’Uemoa et de la Cedeao ; quand nombre d’entre eux attendent aussi que l’État prenne toutes les mesures nécessaires pour assurer leur survie sur leur propre marché.

Pour revenir à l’anacarde et au chocolat, nous attendons de nos entrepreneurs qu’ils osent. Il a fallu attendre l’arrivée de M. Ouattara au pouvoir pour que l’on commence à fabriquer du chocolat en Côte d’Ivoire. C’est tant mieux ! Il faut un début à tout. L’usine qui a commencé à le faire ne transforme, pour le moment, qu’une petite quantité de notre cacao. Qu’attendent les autres pour oser transformer le reste ? Qu’attendent-ils pour oser transformer l’anacarde comme Massogbè Touré Diabaté ? J’ai posé la question à mon ami Ali Lakiss de San Pedro qui fait de la masse ou liqueur de cacao, la dernière étape avant la fabrication du chocolat. Je lui ai demandé ce qu’il attend pour faire, enfin, du chocolat, puisqu’il n’en est pas loin. Il m’a dit qu’il attend d’être vraiment sûr que nous en consommons. Ben oui ! Eh bien, consommons donc du chocolat. Il paraît que c’est bon pour la santé. Tout comme l’anacarde.

Venance Konan

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