Espérer

lundi, 02 juin 2014 23:40

Boko Haram ne sait plus à quelle horreur s’arrêter au Nigeria et bientôt chez ses voisins. Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et autres « fous de Dieu » ne rêvent que de reprendre leurs macabres opérations de lapidation, de décapitation et d’amputation des pieds et mains au Mali et ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Shebabs ont mis la Somalie sous leur coupe et sèment la terreur chez leur voisin kényan. Anti-Balaka et Séléka n’en finissent pas de s’entre-tuer en Centrafrique. Le M23 et autres rébellions dévastent l’est de la République démocratique du Congo. Joseph Koni et ses autres fous de Dieu d’Ouganda rêvent d’instaurer sur terre le royaume de leur seigneur, en décimant toutes les personnes qu’ils rencontrent. Les irrédentistes casamançais ne se souviennent plus de quand date leur rébellion. L’érythrée est devenue une prison à ciel ouvert. Les Sud-soudanais, à peine leur indépendance retrouvée, s’offrent le luxe d’une guerre civile. Les milices surarmées sont en train de mettre en lambeaux l’état libyen…

à ne voir que cela de notre continent, il y a des raisons d’en désespérer et  de comprendre cette jeunesse dont la seule ambition est de sauter dans une pirogue pour Lampedusa ou les Iles Canaries. Or, ne sont diffusées que ces images de notre continent. Les Africains eux-mêmes ne voient que ces images-là de leurs pays. Il est vrai qu’une règle journalistique veut que l’on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure, mais seulement de ceux qui sont en retard. Alors, l’Afrique qui marche sans problème, sans crise, n’intéresse personne. Même pas les Africains. Comment alors ne pas se demander, parfois, le plus sérieusement du monde, si l’Afrique n’est pas un continent maudit ? Comment, parfois, ne pas se demander s’il ne faudrait pas accorder un certain crédit à la thèse de la malédiction biblique de l’homme noir ?  Mais souvenons-nous. Entre 1939 et 1945, toute l’Europe, de la Grande-Bretagne à la Russie, des pays nordiques à ceux qui ont les pieds dans la Méditerranée, à l’exception de la petite Suisse, était un champ de guerre où se commettaient les pires atrocités. Il en était de même en Asie et dans la partie septentrionale de notre continent. Au terme de ces six ans de conflit au cours duquel les armes les plus cruelles et horribles ont été utilisées, ce sont des dizaines de millions de morts que l’on a dénombrés. On aurait été en droit de se demander si l’Europe n’était pas une terre maudite ou si les personnes qui avaient déclenché (une) pareille boucherie ne l’étaient pas elles aussi. D’autant plus qu’en 1918, c’est-à-dire à peine 21 ans plus tôt, s’étaient achevées quatre années d’une autre guerre tout aussi cruelle sur le continent européen. Les morts, là également, se comptaient par millions.

Alors, l’Afrique est-elle maudite parce qu’il y a des conflits ici et là ? Aucun peuple n’est maudit parce qu’il connaît des guerres et des malheurs. Aucune terre n’est maudite. Chaque homme, chaque peuple se maudit tout seul lorsqu’il cesse d’espérer, lorsqu’il refuse de travailler à l’amélioration de ses conditions de vie. Laissez-moi vous proposer ce poème de Jean de La Fontaine que nous avions étudié à l’école primaire et que bon nombre de ceux de ma génération ont gardé encore intact dans leurs mémoires : « Le laboureur et ses enfants » : « Travaillez, prenez de la peine : c’est le fonds qui manque le moins. Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine, fit venir ses enfants, leur parla sans témoins. . Le père mort, les fils vous retournent le champ… Deçà, delà, partout… si bien qu’au bout de l’an, il en rapporta davantage. D’argent, point de caché. Mais le père fut sage de leur montrer avant sa mort que le travail est un trésor. »

à notre tour, creusons, fouillons, bêchons notre terre d’Afrique. Ne laissons nulle place où notre main ne passera et repassera. Utilisons les moyens modernes mis à notre disposition par la science et la technologie et retournons cette terre qui est loin d’être ingrate. Travaillons-la. Un trésor y est caché. Finissons-en avec nos querelles stupides et unissons-nous autour de l’essentiel qui est de faire, à nouveau, espérer notre jeunesse, de lui faire croire en elle-même et en son continent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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