Élection et violence en Afrique

lundi, 21 septembre 2015 11:28
Venance Konan Venance Konan Crédits: DR

Le 2 septembre dernier, nous écrivions ceci dans ces mêmes colonnes, à propos de la décision des autorités burkinabè d’exclure les partisans de l’ancien président Blaise Compaoré des prochaines compétitions électorales: « N’aurait-il pas été plus simple de laisser les Burkinabè sanctionner démocratiquement ceux qui avaient cautionné la volonté de Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir, si tant est qu’ils avaient à être sanctionnés ?

Aurait-on peur de voir les partisans de l’ancien Président revenir au pouvoir par les urnes après en avoir été chassés par la rue ? Espérons que cette décision ne sera pas source de troubles futurs dans ce pays frère. Car nous en avons l’expérience ici en Côte d’Ivoire. C’est l’exclusion de certaines catégories de personnes qui amène les problèmes dans un pays. »

Hélas, les troubles que nous craignions sont intervenus sous la forme d’un coup d’état, à quelques trois semaines de l’organisation d’élections qui étaient censées mettre un terme à la transition et ramener le Burkina Faso sur les rails de la normalité démocratique.

Que s’est-il passé ? Après la chute de Blaise Compaoré, les nouveaux hommes forts du pays ont décidé d’interdire à tous ceux qui avaient soutenu la volonté de l’ancien président de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir de participer aux prochaines élections. La cour de justice de la Cedeao avait condamné cette décision d’exclusion, mais les nouvelles autorités n’en ont pas tenu compte. Et le général Diendéré, un proche parmi les plus proches de Blaise Compaoré, s’est emparé du pouvoir, pour, dit-il, mettre fin à l’exclusion dont étaient victimes certains. Il est soutenu par ceux qui avaient été exclus des joutes électorales et naturellement, rejeté par les autres.

Exclusion. Le mal qui, hier, faillit emporter la Côte d’Ivoire et menace aujourd’hui le Burkina. Souvenons-nous. Une loi avait exclu des élections présidentielles et législatives certaines catégories de citoyens, en raison de leurs origines et de celles de leurs parents. Nous nous déchirâmes autour de cette loi pendant des années et notre pays fut au bord du chaos. Et comme certains de nos compatriotes ne tirent aucune leçon de l’histoire, Ils reviennent encore avec des propos visant à exclure un candidat à la présidentielle.

Et, alors que nous sommes à environ un mois de l’élection, nous déplorons déjà deux morts, deux bus incendiés, et plusieurs domiciles détruits. à ceux qui ont oublié ce qui s’est passé chez nous hier et nous parlent encore d’exclusion, ainsi qu’à ceux qui seraient tentés de les écouter, nous demandons de regarder ce qui se passe en ce moment au Burkina. Là-bas, depuis quelques jours on ne cesse de compter les morts et personne ne sait vers où se dirige ce pays frère. Ce que l’on peut par contre dire avec une certaine certitude, c’est que le scrutin programmé en octobre sera reporté à une date que personne ne peut pronostiquer.

Pourquoi donc en Afrique les élections sont-elles sources de tensions, de troubles, et de mise à mal de la cohésion sociale ? Nous avons cité plus haut l’exclusion. Mais elle n’est pas le seul mal qui mine nos pays et rend nos élections dramatiques. C’est pour recenser tous ces maux et essayer de les éradiquer que le groupe Fraternité Matin, le Groupement des éditeurs de presse publique d’Afrique de l’Ouest (Geppao), le groupe de presse marocain L’Observateur du Maroc et d’Afrique et le Conseil économique et social de Côte d’Ivoire organisent au sein de cette institution, à partir de 9 heures, et demain mardi 22, un forum international sur le thème « élections et cohésion sociale en Afrique. »

Les élections qui se terminent dans le sang ne sont pas une fatalité pour notre continent. D’éminents spécialistes des questions électorales, politologues, et universitaires  venus de tout le continent, ainsi que des hommes et femmes politiques participeront à ces débats. Le public, qui est toujours la première victime des dérapages électoraux, est invité à venir y participer. L’entrée est libre.

Venance Konan

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