Education et émergence

dimanche, 19 juillet 2015 23:01
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

« L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde ». Cette citation est attribuée à Nelson Mandela dont on célébrait, samedi dernier, la journée internationale. Mais nous devons tous nous approprier ces propos.

Il n’y a effectivement pas d’autre arme aussi puissante que l’éducation pour nous libérer de l’obscurantisme, de l’ignorance, des superstitions, du sous-développement. Qui pourrait en douter ? Une des causes de ma détestation du régime des « refondateurs » de Laurent Gbagbo est l’assassinat en règle de l’école ivoirienne qu’il a orchestré. Et ce crime me semblait d’autant plus impardonnable qu’il était commis par des enseignants. Laurent Gbagbo et sa première épouse, qui était une véritable vice-présidente, pour ne pas dire co-présidente, le président de l’Assemblée nationale et les principaux ministres du régime étaient tous des enseignants. Et pourtant, l’une des rares choses dans lesquelles ils ont réellement excellé a été la mise à mort de notre système éducatif. L’un des axes du programme de gouvernement de Laurent Gbagbo était l’école gratuite, afin que tous les enfants de ce pays y accèdent. Non seulement elle n’a pas été gratuite, mais encore l’école publique a été totalement abandonnée, tandis que les lycées et universités étaient livrés à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), ce pseudo-syndicat qui n’était que le bras armé du Front populaire ivoirien (Fpi), le parti de Gbagbo. La Fesci battait les enseignants, rackettait, violait et tuait quiconque osait s’opposer à elle, en toute impunité. à la place de l’école, la refondation avait créé les « agoras », « Sorbonne » et autres « parlements », véritables écoles de la haine et de la violence, ainsi que les « hyper-maquis » où l’alcool coulait à flots, des « bars climatisés » où des jeunes filles, souvent à peine pubères, s’exhibaient toutes nues ; et d’innombrables temples où des pasteurs escrocs qui ne comprenaient rien à la Bible qu’ils lisaient abrutissaient des gens déjà pas très futés en leur faisant les poches. (Lire « L’intelligence assassinée » dans « N’Godi ou palabres, pamphlet à deux mains », co-écrit avec Tiburce Koffi, aux éditions du Nouveau Réveil). Sous le régime de la refondation, tous les concours d’accès à la Fonction publique étaient payants et la tricherie, la norme. Sans oublier que du fait de la crise militaro politique, le nord du pays était totalement abandonné et seuls quelques volontaires enseignaient les enfants. Durant cette période, j’avais vu à Touroni, dans la région d’Odienné, des instituteurs qui avaient arrêté leurs études au CM2. Le résultat est qu’au bout des dix ans de règne des refondateurs, nous avons hérité d’une génération de diplômés qui ne sont, en réalité, que des cancres et des demi-lettrés, souvent incapables d’écrire deux lignes sans la moindre faute, de tenir un raisonnement un peu cohérent. Et pendant ce temps, Gbagbo et les siens nous parlaient, tous les jours, de leur volonté de libérer notre pays et tout le continent du joug de la colonisation, surtout celle de la France. Comme ils n’étaient pas tous fous, ni à une contradiction près, ils envoyaient cependant leurs enfants étudier à l’extérieur et, le plus souvent, en France.

La tâche n’était pas aisée pour le successeur des refondateurs qui, lui, ambitionne réellement de faire émerger notre pays. Mais comment le faire avec des cancres, des analphabètes et des demi-lettrés ? Tous les pays qui ont réussi à sortir du sous-développement ou sont en voie de le faire ont, sans exception, accordé une importance particulière à l’éducation, à la formation du facteur humain. Le développement ou l’émergence n’est pas une affaire d’incantation ou de sorcellerie. Il faut certes une vision, mais il faut surtout des femmes et des hommes bien formés à tous les niveaux pour transformer cette vision en réalité. Pour avoir une bonne agriculture, il faut de bons agriculteurs et cela s’apprend dans des écoles. Il en est de même pour les maçons, les constructeurs de routes, de ponts, les mécaniciens, les financiers, les ingénieurs, les journalistes, les médecins… En rendant l’école obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de 16 ans, le gouvernement commence par le commencement. Désormais, tous les adolescents de ce pays auront acquis les outils de base nécessaires pour pouvoir tailler et affiner la pierre brute qu’ils sont, que nous sommes tous. Lorsque cette éducation minimale aura été donnée à tous nos enfants, nous verrons nous-mêmes le changement qualitatif qui s’opérera dans notre pays. Avec cette décision, qui s’accompagne d’importants investissements dans la construction d’écoles, la formation d’instituteurs et de professeurs, nous pouvons vraiment croire que l’émergence promise n’est pas un vain mot, mais une réalité concrète.

Venance Konan

 

 

 

 

 

 

 

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