Editorial: Houphouët - Boigny et ses enfants

Editorial: Houphouët - Boigny et ses enfants

samedi, 07 décembre 2013 00:12

[07-12-2013. 11H]Il y a quelque temps, lors de la préparation de notre exposition sur Félix Houphouët-Boigny, le premier Président de notre pays, celui que l’on appelle à juste titre le père de la nation, je demandai à une autorité politique de Yamoussoukro pourquoi il n’y avait aucun portrait, aucune statue, à part celle, affreuse, située devant l’église Saint-Augustin, de celui qui avait bâti, de ses mains, cette cité devenue, aujourd’hui la capitale politique de notre pays.

Sa réponse fut qu’il ne fallait pas que quelqu’un vienne dégrader son portrait ou sa statue, pour des raisons politiques. L’explication me sembla un peu courte. Il y a bien un portrait de notre premier Président au-dessus de l’entrée du stade Félix Houphouët-Boigny et, malgré nos nombreuses palabres, il n’est venu à l’esprit de personne de le vandaliser. Et j’imagine difficilement quelqu’un s’attaquer au portrait ou à la statue d’Houphouët-Boigny, surtout dans sa ville natale. A moins que les habitants de cette ville n’aient totalement perdu la mémoire et le sens de la reconnaissance.

Aujourd’hui, Houphouët-Boigny est au-dessus de nos querelles. Il est notre dénominateur commun, celui qui nous réconcilie tous. Même Laurent Gbagbo qui se présenta comme son plus farouche adversaire s’est proclamé « houphouétiste » vers la fin de son règne. Et il était en train de lui construire un mausolée devant le palais de la présidence, à Abidjan. Houphouët-Boigny est entré dans l’histoire.

Il est, pour toujours, celui qui donna l’indépendance à notre pays, celui qui façonna notre nation et lui donna une âme. Il est temps que justice lui soit rendue, au moins dans son village natal, là où il repose pour l’éternité, afin que nos enfants et petits-enfants n’oublient pas son visage. S’il s’agit d’une question de finance, je suis sûr que les Ivoiriens seraient heureux d’apporter leur contribution à la réalisation d’une telle œuvre, en souvenir de celui qu’ils ne cessent de pleurer aujourd’hui.

Oui, nous pleurons tous Houphouët-Boigny, parce que cet homme avait réussi à créer un embryon de nation avec les quelque soixante ethnies que nous constituons, parce qu’il avait construit un pays dont nous sommes restés fiers jusqu’à sa mort. Oui, nous, Ivoiriens, méprisions presque tous nos voisins, parce que nous vivions en paix dans un pays qui était prospère, faisait envie et attirait tout le monde.

Nous pleurons Houphouët-Boigny parce que depuis sa mort, nous sommes descendus au fin fond du trou. Tout ce que nous croyions impossible de son temps a été rendu possible. Après lui, nous avons connu un coup d’Etat, une rébellion, la guerre entre nous, la guerre avec la France et le monde entier, et le mépris à rebours de tous nos voisins. Nous avons défiguré sa Côte d’Ivoire. Reconnaissons que nous nous sommes comportés comme de vilains garnements qui, en l’absence du père, vont s’enivrer et se mettent à saccager la maison.

La Côte d’Ivoire est en train de se reconstruire avec Alassane Ouattara. Et notre rêve à tous, c’est tout simplement de la retrouver telle qu’elle était sous Houphouët-Boigny. L’exposition que nous organisons à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix est baptisée « Houphouët-le bâtisseur. » Parce que c’est véritablement lui qui a bâti ce pays et nous sommes malheureusement obligés de reconnaître que peu a été ajouté à son œuvre depuis sa mort.

Les images que nous exposons montrent comment ce pays a été construit par ce grand homme. Elles permettront aux Ivoiriens de mieux connaître l’histoire de leur pays, car cette histoire se confond avec la sienne. Et aussi de mieux comprendre tout le travail qu’accomplit, en ce moment, le Président Alassane Ouattara. Le Chef de l’Etat ouvrira, cet après-midi, cette exposition qui se tiendra jusqu’au 7 février 2014, date anniversaire de l’inhumation d’Houphouët-Boigny.

Le premier Président de la Côte d’ivoire nous a quittés, il y a vingt ans. Il est temps de nous montrer digne du pays qu’il nous a laissé, en mettant de côté nos palabres stériles, en réparant ce que nous avons détruit et en ajoutant quelque chose à ce qu’il nous a laissé.

Venance Konan

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