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Edito de Vennance Konan: Félix Houphouët – Boigny

dimanche, 29 octobre 2017 19:17
Venance Konan Venance Konan Crédits: fratmat

Un peuple qui ne sait pas d’où il vient peut-il savoir où il va ? De nombreux poètes et artistes ont déjà répondu par la négative à cette question.

Et pour ce qui concerne notre peuple, nous pouvons gager qu’une bonne partie des problèmes de société que nous vivons, l’absence de repères d’une frange, pour ne pas dire de toute notre jeunesse, viennent certainement de là aussi. Oui, quelle est notre histoire ?

Quel jeune d’aujourd’hui peut raconter notre histoire, ou, si l’on veut, nos histoires qui font la grande histoire de notre pays ? Chacune des populations qui composent le peuple ivoirien a son histoire, sinon ses histoires. Les Akan, pour prendre cet exemple, en ont plusieurs. Mais combien de jeunes Akan les connaissent-ils ? Il y a l’histoire du peuple baoulé marquée par la figure de la reine Abla Pokou. Mais quelles sont celles des Agni, des Ebrié, des Akyé, des Aladjan ?  Quelles sont celles des Sénoufo, des Lobi, des Bété, des Yacouba, des Wê ? D’où venons-nous ? En posant ces questions, nous ne faisons pas seulement référence à l’origine géographique de ces peuples avant leur installation sur ce territoire appelé Côte d’Ivoire, mais à tous les mythes qui ont façonné leur personnalité. Si le jeune Malinké ou Akyé ne connaît pas sa propre histoire, peut-on lui demander de connaître celle des autres ? Sans doute, chacun de nous, chacun de nos enfants, connaît quelques bribes de l’histoire de son ethnie. Or il est indispensable que chacun de nous connaisse son histoire et aussi celle de l’autre, celle des autres, car ce sont toutes ces histoires qui forment l’histoire de la Côte d’Ivoire. Plusieurs histoires vivant côte à côte sans s’interpénétrer ne forment pas une histoire.

Dans cette période où nous cherchons la réconciliation, où nous cherchons notre unité perdue, il est important que nous ayons une histoire commune, une histoire partagée. Si une nation, c’est, selon la théorie française de la nation, « un vouloir vivre collectif », elle est aussi, à certains égards, une histoire ou des histoires partagées. Il y a ce que j’appellerais les histoires individuelles de chaque ethnie, mais il y a aussi celle que toutes ces ethnies partagent et que l’on pourrait faire débuter à la période de la colonisation, lorsque le colon fixa les frontières de notre pays. Il y eut donc l’histoire de la colonisation, celle de la lutte pour la décolonisation et celle d’après la colonisation.

Cette histoire est marquée par plusieurs figures dont celles de Biaka Boda, Ouezzin Coulibaly, Ernest Djoman, Djédjé Capri, Philippe Yacé, Mamadou Coulibaly, Auguste Denise, Ladji Sidibé, Djibo Sounkalo, Amadou Bocoum et tant d’autres qui sont en train de s’effacer de notre petite mémoire. Mais il y a, au-dessus de toutes ces figures, celle de Félix Houphouët-Boigny. Il fut le père de notre indépendance, le père de notre nation et le bâtisseur de la Côte d’Ivoire moderne, à jamais le premier Président de notre pays. Le 7 décembre prochain marquera le vingtième anniversaire de son décès. Combien de jeunes de vingt, vingt-cinq, trente, trente-cinq ans se souviennent encore d’Houphouët-Boigny ? Combien d’entre tous ces jeunes qui représentent la majorité de notre population connaissent son histoire ; une histoire qui se confond avec celle de leur pays ?

Un peuple qui ne sait pas d’où il vient ne peut pas savoir où il va. Il est donc impératif qu’à l’occasion de cet anniversaire, l’histoire d’Houphouët-Boigny soit exhumée pour être montrée, non pas seulement aux jeunes générations, mais aussi rappelée aux plus âgés que nous sommes.

En cette période où nous cherchons désespérément comment nous réconcilier, il est important que la seule personnalité qui, pour le moment, réconcilie tous les Ivoiriens soit ressuscitée, honorée, que son action soit expliquée, analysée. Laurent Gbagbo fut présenté comme l’opposant historique du « Vieux », comme on appelait Houphouët-Boigny. Mais vers la fin de son règne, il se déclara « houphouétiste ». C’est en se rassemblant autour de son nom, en créant le Rassemblement des houphouétistes pour le développement et la paix, que les adversaires de Gbagbo, les enfants d’Houphouët, purent le vaincre. Et il est indéniable que le Président Alassane Ouattara, fils spirituel de ce dernier est, en ce moment, en train de perpétuer l’œuvre de construction de notre pays interrompue à un moment donné. Cela veut dire que de nombreux enseignements peuvent être tirés de la vie et de l’œuvre de Félix Houphouët-Boigny. Par les générations présentes, et pour celles à venir. Alors, retrouvons-nous, le 7 décembre, autour d’Houphouët-Boigny.

Venance Konan

 

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