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Chinoiseries

mardi, 23 juin 2015 00:11
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

« -  Qui rira jaune lorsque les Chinois envahiront la Suisse ? -Ce sont les étrangers. Puisque ce sont eux qui planquent leur argent en Suisse. »

C’était une blague du comique français Fernand Raynaud, citée de mémoire. Qui rit jaune depuis que la Chine s’est éveillée ? Ce sont les Européens et les Américains. Et qui devrait rire franchement ? Ce sont les pays sous-développés comme ceux d’Afrique qui aspirent à émerger et qui ont un nouveau partenaire. Entre 1958 et 1962, la Chine connut l’une des pires catastrophes du XXe siècle, sous la forme d’une famine qui, officiellement, causa la mort de 15 millions de personnes, tandis que des études très sérieuses parlent plutôt de plus de 35 millions de morts. Nous ne parlons pas d’une très vieille histoire, mais de quelque chose dont la plupart d’entre nous sont contemporains. 1962, c’était au moment de nos indépendances.

Cette Chine qui a connu une telle catastrophe est aujourd’hui la première économie du monde. Elle a développé l’énergie nucléaire depuis longtemps, déploie des satellites dans l’espace et rêve d’envoyer un homme sur la lune après les Américains. Aujourd’hui, la Chine fabrique et exporte tout ce que nous consommons, croule sous les réserves de change, investit partout, et le monde entier lui fait la cour. Lors du dernier séjour du Président chinois en France, on avait été jusqu’à changer toutes les fleurs dans les villes qu’il visitait. La Chine fascine tout en faisant peur aux anciennes grandes puissances à qui elle est en train de tailler des croupières. Aussi bien chez elles qu’en Afrique. La Chine a fait de gros progrès dans la haute technologie et mène la concurrence aux grandes entreprises occidentales sur leurs propres marchés.

La Chine fabrique, par exemple, des Trains à grande vitesse (Tgv) qui vont plus vite que ceux des Européens. En Afrique, lorsque la plupart de nos pays sont entrés en crise, aussi bien économique que politique, dans les années 1990, les pays occidentaux se sont désengagés du continent noir qu’ils qualifiaient alors de continent du désespoir pour ne pas dire maudit. La guerre froide venait de s’achever et l’Afrique ne présentait plus d’intérêt stratégique pour eux, surtout que les réserves de pétrole connues se trouvaient ailleurs. C’est le moment que choisirent les Chinois pour investir le continent. C’est plus tard que l’on découvrit les nouvelles réserves de pétrole dans nos pays, essentiellement dans le Golfe de Guinée.

Depuis quelque temps, nous sommes en train de nous réveiller à notre tour. Nos pays font à nouveau rêver avec leurs insolents taux de croissance, et notre continent est devenu celui de l’espérance. Nos anciens partenaires reviennent en force. Mais dans la plupart des pays, les Chinois sont déjà là, bien implantés, offrant les mêmes services que les autres avant eux, et le plus souvent à des prix défiant toute concurrence. Le reproche qui est fait à la Chine est de proposer de la pacotille. Il y a une semaine, je me suis retrouvé en Chine pendant quelques jours. Et j’y ai découvert que les Chinois proposent toujours plusieurs gammes de produits. La basse gamme, la moyenne et la haute qui n’a rien à envier aux produits haut de gamme des Occidentaux. Et c’est à chacun de faire son choix, en fonction de ses besoins et de sa bourse. Souvenons-nous qu’au début des années 1960, les produits japonais étaient, eux aussi, synonymes de mauvaise qualité.

Nous, Africains, devrions rire franchement de la présence chinoise dans nos pays, parce qu’elle introduit une concurrence que nous ne connaissions pas auparavant. C’est à nous de jouer dessus et d’en profiter pour nous libérer des situations monopolistiques qui nous étranglent souvent. Mais n’oublions jamais, cependant, que la Chine ne fait pas de philanthropie en Afrique, que ses entreprises ne sont rien d’autre que des entreprises capitalistiques qui ne cherchent qu’à faire du profit. Il n’y a pas de capitalisme blanc ou jaune. Il y a un capitalisme qui obéit aux mêmes lois du marché partout dans le monde. 

A
Pékin, un diplomate africain avec qui nous dînions un soir nous a dit ceci: « Nous sommes dans la position de la jeune fille à qui un homme riche fait la cour. Il est prêt à tout lui offrir. Elle a intérêt à bien en profiter. La Chine sait que l’Afrique est la terre d’avenir. Elle nous fait la cour en nous arrosant de dons. Profitons-en pour accélérer notre développement. Parce qu’après, elle ne nous fera plus de cadeaux. »

Venance Konan

Lu 2524 fois Dernière modification le mardi, 23 juin 2015 09:04