Cette Côte d’Ivoire qui me rend fier

vendredi, 23 septembre 2016 00:02
Plume Plume Crédits: Frat-mat

 

L’année dernière, c’était la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football que nous remportions, après vingt-trois ans d’attente. Rappelons au passage que lorsque nous l’emportions pour la première fois, en 1992, le Premier ministre s’appelait Alassane Ouattara. Tout ce qui va suivre n’est peut-être pas l’effet de la simple providence. 

Cette année, nous venons de remporter trois médailles aux Jeux Olympiques : le bronze, l’argent et l’or. Pas à pas, médaille après médaille, petite victoire après petite victoire, la Côte d’Ivoire est en train de tracer son chemin vers les sommets. « On ne mange pas les médailles et les coupes », me rétorqueront les éternels aigris. Les victoires sportives sont des symboles puissants qui témoignent de l’état d’un pays. Est-ce un hasard si les pays qui remportent le plus de médailles aux Jeux Olympiques et dans les compétitions sportives internationales sont les plus puissants ? Certains pays l’ont tellement bien compris qu’ils n’hésitent pas à utiliser même les moyens illégaux que sont les différentes formes de dopage et de corruption pour remporter des médailles. La Côte d’Ivoire a recommencé à glaner des médailles et remporter des victoires parce qu’elle se porte mieux. La Banque africaine de développement (BAD) ne serait pas revenue s’installer à Abidjan si notre situation économique et sécuritaire ne s’était pas améliorée, si notre capacité à fournir de l’électricité ou internet n’était pas de bon niveau. Et en revenant en Côte d’Ivoire, la BAD crée un cercle vertueux qui donne un coup de fouet à notre économie et attire d’autres institutions. Elles sont nombreuses, les institutions, peut-être moins connues que la Banque, qui se sont installées chez nous ou veulent le faire. « On ne mange pas les routes et les ponts », entend-on dire. C’est justement parce qu’il y a désormais de bonnes routes et de bons ponts que les investisseurs viennent ou reviennent.

Bien sûr, il y a encore trop de pauvreté. Qui oserait le nier ? Bien sûr, nous voulons tout, et tout de suite. Qui nous donnerait tort ? Mais le réalisme nous commande de comprendre que c’est pas à pas qu’un pays se  construit ou se reconstruit, que c’est de petite victoire en petite victoire que l’on avance sur la voie du progrès. Il y a huit ans, les Américains, frappés de plein fouet par la crise économique et en proie à un doute existentiel, ont élu Barack Obama pour la première fois. Quatre ans plus tard, ils lui ont renouvelé leur confiance. Il terminera son second et dernier mandat dans quelques mois. Les Noirs qui l’ont voté en masse ont-ils vu leur sort s’améliorer ? Certainement pas. C’est probablement sous Obama que la police a tué le plus de Noirs aux Etats Unis. Et pourtant, ces mêmes Noirs, ainsi qu’une majorité du peuple américain trouvent le bilan d’Obama globalement positif et il s’en ira avec une très forte cote de popularité. Parce que les Américains savent que, malgré sa bonne volonté, Obama ne pouvait pas leur donner tout, tout de suite. Ils savent cependant que depuis qu’Obama est Président de leur pays, plus rien ne sera comme avant et tous les espoirs sont désormais permis.

Nous étions, hier, au fond du trou et aspirons aujourd’hui à nous hisser vers les sommets. C’est légitime. Pour y parvenir, il nous faut cependant tuer le vieil homme qui sommeille en nous, afin que naisse l’Ivoirien Nouveau, cet Ivoirien qui aura tourné le dos à la complaisance, à la facilité. J’ai souventes fois cité dans ces colonnes l’exemple d’un pays comme la Corée du Sud qui, parti des tréfonds, est devenue aujourd’hui une puissance économique de premier plan. Son secret réside dans la qualité de son enseignement. Les Coréens n’ont laissé aucune place à la complaisance quand il s’est agi de l’enseignement de leurs enfants. Nous devons emprunter la même voie si nous voulons continuer à glaner des victoires. Aussi, des combats d’arrière-garde tels que ceux de certains enseignants qui refusent de donner cours les mercredis ne sauraient aucunement prospérer. Et tous, parents d’élèves que nous sommes, nous tous qui aspirons à hisser haut le drapeau de notre pays, devons soutenir totalement et sans réserve la fermeté de la ministre de l’Education nationale. Et sur la même lancée, nous devons faire comprendre aux esprits chagrins que l’on ne peut bâtir un pays nouveau, un pays qui entend gravir les échelons, en gardant de vieilles institutions et de vieux textes qui ont démontré leur nocivité. On ne fait pas du neuf avec du vieux, surtout du vieux qui nous a fait saigner, comprenons-le. Tous ceux qui cherchent des artifices et font de la rhétorique pour nous empêcher de nous doter d’une nouvelle Constitution n’ont pas encore compris les ambitions de notre pays. Elle est de gagner afin qu’en tout lieu et en tout temps, nous soyons fiers d’être Ivoiriens. Lorsque des gens disent d’attendre que nous soyons réconciliés avant de changer de Constitution, répondons-leur que l’on ne peut se réconcilier avec l’actuelle Constitution qui est justement à la base de notre déchirure.

Venance Konan

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