calculs politiques

dimanche, 22 mars 2015 22:36
Venance Konan Venance Konan

En allant faire allégeance au Front populaire ivoirien (Fpi) ou, du moins à une fraction de ce parti, les 4+1 (les quatre « irréductibles » du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) plus Mamadou Koulibaly, chef du minuscule parti Lider) espèrent bien récupérer les fameux 47% de voix dont est crédité Laurent Gbagbo. Le calcul est simple.

En étant très, mais vraiment très modestes et juste pour les besoins de la démonstration, chacun des quatre « irréductibles » peut estimer qu’il vaut au moins 1% des voix des Ivoiriens. 1X4 = 4. Cela donne 47% + 4% +les 0,002% de Mamadou Koulibaly = 51,002%. Donc victoire sur Alassane Ouattara. Or, dans la réalité, il y en a au moins un parmi les quatre qui est convaincu qu’à lui tout seul, il peut battre le Président sortant, avec même 60% de voix. Les voix du Fpi ne lui serviraient que d’appoint pour écraser définitivement et sans appel son adversaire.

Mais cette allégeance appelle cependant certaines questions. Nos amis sont-ils certains que la fraction du Fpi qu’ils ont choisie est celle qui détient les précieux 47% de voix ? Il me semble que ce Fpi-là est celui qui ne veut rien savoir, rien faire et encore moins aller à des élections tant que Laurent Gbagbo sera en prison, tant que la Commission électorale n’aura pas été modifiée selon ses goûts, tant que la loi électorale n’aura pas, elle aussi, été amendée. Essy Amara qui l’a bien compris a commencé à faire la cour aux gens de l’ancien parti au pouvoir en leur expliquant qu’il a entrepris des négociations à un très haut niveau pour faire libérer le « Christ de Mama ». Il a dit notamment qu’il a parlé avec le président des partis du Traité de Rome et le ministre de la Justice du Sénégal qui fut président de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh). Sans vouloir offenser le grand diplomate qu’est M. Essy Amara, cela me semble un peu court comme démarche et seuls les militants du Fpi peuvent croire que cela peut faire libérer le mari de Simone et de Nady. Eh bien, moi, sans être un prophète comme le tristement célèbre Malachie, celui qui a réussi à faire croire aux fidèles de la secte Fpi, à commencer par Gbagbo lui-même et sa Simone, qu’une armée d’anges allait descendre sur leur palais pour les sauver, je peux affirmer que Laurent Gbagbo ne sera pas libéré avant notre prochaine élection présidentielle. Et vous pouvez me croire. Mais comme nos amis du Fpi sont des gens à qui l’on peut faire avaler beaucoup de choses, si Essy Amara les convainc qu’il est vraiment en train de libérer leur mentor, iront-ils voter pour lui ? Certains d’entre eux sont capables de croire qu’avec leurs voix, Essy pourrait battre Ouattara et faire libérer Gbagbo dans la foulée. Lequel, évidemment, reprendrait aussitôt son pouvoir. Dans nos alliances, il y a toujours les calculs et les arrière-calculs. Et n’oublions pas que pour nos « frontistes », une alliance ne vaut que par le but qu’elle permet d’atteindre. Et une fois ce but atteint, on peut se retourner contre l’allié.

L’autre question est de savoir si nos quatre « irréductibles » maintiendront tous leurs candidatures ou si trois d’entre eux se désisteront au profit de l’un. Et si c’est le cas, qui sera-ce ? Toujours sans être Malachie, je peux affirmer que ce ne sera pas Charles Konan Banny qui s’effacera au profit d’un autre. J’espère que les trois autres le savent et l’ont déjà accepté. D’un, parce que c’est la seule opportunité qu’il a d’être candidat. De deux, mon ami Tiburce Koffi l’a convaincu qu’il pourra battre Ouattara. Et il y croit. J’espère que les frontistes qui devaient voter pour le libérateur Essy Amara auront, eux aussi, compris que voter pour Banny, c’est voter concomitamment et en tandem pour Essy Amara.

Et Mamadou Koulibaly dans cette affaire ? Il avait quitté le Fpi avec fracas et voici qu’il revient vers ce parti sur la pointe des pieds, aux côtés des « irréductibles ». Espère-t-il, lui aussi, attirer à lui les 47% de voix de Gbagbo ? Espère-t-il que les quatre « irréductibles » se désisteront en sa faveur ? Ou bien espère-t-il faire peur à Ouattara avec des propos du genre, « Si tu ne me retiens pas, je me donnerai à tes adversaires » ? Le problème est que même étant très large, on voit difficilement comment Mamadou Koulibaly pourrait dépasser les 0,002% de voix. Je crois que même à KKB, il ne fait pas peur.

Venance Konan

 

 

 

 

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