Calcul hasardeux

Calcul hasardeux

mardi, 30 juin 2015 23:52
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

Si l’on en croit les partisans de Charles Konan Banny, ce dernier aurait déjà dans son escarcelle les 47% de voix obtenues par Laurent Gbagbo lors de la présidentielle de 2010. Le challenge pour l’ « irréductible du Parti démocratique de Côte d’Ivoire » consiste maintenant à obtenir les 4% de voix restantes pour obtenir 51%. En principe, cela ne devrait pas être compliqué, selon ses admirateurs et lui.

En principe, cela ne devrait pas être compliqué, selon ses admirateurs et lui. D’abord, lui-même, Banny, vaut naturellement plus que 4% ; ensuite, en attribuant au moins 1% à chacun des membres de sa coalition, M. Ouattara est largement battu à plus de 60%. Ce sont ces calculs que M. Banny et ses amis de la Coalition nationale pour le changement (Cnc) ont fait devant le maigre public qui est venu les écouter, samedi dernier, à Koumassi.

étranges calculs, tout de même. Qu’est-ce qui fait croire à M. Banny que ceux qui ont voté pour Gbagbo le soutiendraient automatiquement et en bloc ? En 2010, des personnes ont voté pour Laurent Gbagbo, parce qu’elles étaient membres de son parti ou parmi ses admirateurs, soit encore parce qu’il leur avait fait des promesses au cas où il aurait été réélu ; quoi qu’il en soit, pour toutes sortes de raisons qui tenaient à Laurent Gbagbo et à ce qu’il représentait pour certains de nos concitoyens. Comment M. Banny peut-il croire que, de façon mécanique, ces voix se porteraient sur lui, parce qu’il est opposé à M. Ouattara ? Croit-il qu’il est le clone de M. Gbagbo ? Porte-t-il la même idéologie, les mêmes espoirs, les mêmes frustrations, les mêmes valeurs, la même histoire que ce dernier ? Laurent Gbagbo aimait se présenter comme un fils de pauvre qui avait réussi à accéder au plus haut poste de l’État, comme le porte-parole ou l’espoir de revanche de certaines catégories d’Ivoiriens qui s’estimaient lésées, frustrées, dépossédées, humiliées pour différentes raisons. Est-ce ainsi que ces personnes perçoivent Charles Konan Banny ? Comment peut-il compter sur les voix du Front populaire ivoirien (Fpi), lorsque lui-même dit, si j’en crois le quotidien Soir Info dans son édition du mardi 30 juin : « Je suis militant du Pdci-Rda et je suis candidat à l’élection présidentielle de 2015 (…) J’ai compris que vous allez m’accompagner dans cette entreprise pour que nous allions décrocher le pouvoir et le ramener au Pdci-Rda. » C’était face à des militants du Pdci-Rda. M. Banny a certainement oublié que la grosse frustration des militants du Fpi, en ce moment, c’est d’avoir perdu le pouvoir face à la coalition du Rdr et du Pdci-Rda et que leur champion s’est retrouvé derrière les barreaux dans le froid des Pays-Bas. Pour quelles raisons aideraient-ils un militant du Pdci-Rda à aller chercher le pouvoir, non pas pour le ramener au Fpi, mais au Pdci-Rda, allié du Rdr qu’ils exècrent, alors que dans le même temps, ce parti participe à ce pouvoir que Banny veut aller chercher pour lui ? M. Banny croit-il vraiment qu’il suffit de dire « Je veux qu’on libère Gbagbo » pour que les supporters de ce dernier tombent en pâmoison ? Sait-il aussi que le Fpi a été créé contre le Pdci-Rda qu’il qualifie de serpent dont il faut absolument couper la tête ?

J’ai bien peur que les calculs de M. Banny ne soient un peu trop hasardeux, pour ne pas dire trop naïfs pour quelqu’un de sa trempe. Nous avions écrit une fois que savoir compter de l’argent ne signifiait pas forcément que l’on était un bon politicien.

L’autre jeu de dupes dans lequel M. Banny est en train de se faire avoir avec ses calculs hasardeux, pour ne pas dire foireux, est celui auquel se livre l’aile jusqu’au-boutiste du Fpi. Puisque la justice lui a interdit d’utiliser le nom du Fpi, elle se sert de M. Banny et ses amis pour exister, non pas pour lui apporter des voix, mais pour demander à leurs partisans de boycotter l’élection. Que disent Laurent Akoun et Aboudrahamane Sangaré à leurs partisans, lors des meetings organisés avec les moyens de Banny ? Ils leur demandent de ne pas s’inscrire sur les listes électorales. Ils prennent le soin de préciser « dans ces conditions-là », en sachant que celles-ci ne vont pas changer et que même si elles changeaient, ils en émettraient de nouvelles, l’objectif étant de saboter le scrutin ou de se donner une raison de ne pas y participer. En clair, ils demandent à leurs partisans de ne pas aller voter pour Banny. Pouvait-on s’attendre à autre chose de leur part ? Pouvait-on s’attendre à ce que les partisans du « Gbagbo ou rien », ceux-là mêmes qui haïssent M. Ouattara, qui n’ont jamais reconnu sa victoire et son pouvoir, aillent légitimer sa réélection en votant pour un candidat qui, plus est, est  du Pdci-Rda, ce parti qu’ils détestent encore plus ? Il faut être Charles Konan Banny pour le croire. 

 

Venance Konan

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