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Après le choc

lundi, 28 mars 2016 22:55
Plume Plume Crédits: Frat-mat

Deux semaines déjà ! Cela fait deux semaines que de lâches assassins sont venus semer la mort et la désolation sur la plage de Grand-Bassam. Au nom de quel démon ?

Seul un esprit du mal peut se satisfaire de voir des hommes en tuer d’autres qui ne leur ont fait aucun mal. à vrai dire, seuls des esprits malades de haine, des esprits déjà morts eux-mêmes, peuvent envoyer à la mort des jeunes gens dont ils ont pris le soin de laver les esprits qui étaient certainement  vides en leur faisant croire qu’ils iront au paradis en tuant d’autres hommes et femmes. Ce genre d’être est ce que l’on appelle un monstre. Et ces monstres se rencontrent un peu partout désormais. Après Grand-Bassam, c’est Bamako qui a été à nouveau frappée, puis ce fut le tour de Bruxelles, la capitale de la Belgique et de l’Europe. Ce qu’ils détestent, c’est tout simplement la vie. Le fait de savoir que des gens vivent et sont heureux les rend absolument malheureux. C’est pour cela qu’en France ils ont attaqué le Bataclan où des personnes appréciaient de la musique, et des terrasses de café où les Parisiens prennent du bon temps. En Côte d’Ivoire, c’est Grand-Bassam, où nous allons apprécier la vie, qu’ils ont frappé.

Après le choc, nous ouvrons les yeux et découvrons des choses bien étranges qui, auparavant, n’avaient pas attiré notre attention. Nous découvrons de drôles de prédicateurs venus d’on ne sait où, certains parlent de Pakistan, et qui prêchent un drôle d’islam qu’ils estiment être plus vrai que celui que nous pratiquions ici jusque-là. Nous découvrons des Ong venues d’on ne sait où, de pays arabes nous dit-on, qui s’installent dans nos zones déshéritées sans demander de permission, et qui distribuent de l’argent à qui en veut, offrent des mosquées aux populations, à condition qu’elles pratiquent l’islam selon leur vision. Aujourd’hui, nous ouvrons les yeux et découvrons que certains de nos jeunes gens se sont radicalisés dans leur foi sans que nous y prêtions attention. Jusqu’où peuvent-ils aller ? Est-ce trop tard ? Avons-nous enfanté nos propres monstres ? Avons-nous laissé quelqu’un d’autre laver les esprits de nos enfants pour en faire des monstres, des machines à tuer qui pourraient demain prendre les armes contre nous au nom d’on ne sait quel démon ? N’oublions pas que notre pays sort d’une longue crise qui a laissé bon nombre de nos jeunes gens au bord de la route. Et certains de ces jeunes qui ne se voient pas d’avenir, savent cependant se servir d’une arme. C’est dans le milieu des jeunes en désarroi que les monstres pêchent le plus facilement. Réfléchissons tous à la meilleure façon de reprendre en main nos jeunes gens susceptibles d’être attirés par les terroristes.

Après le choc, après la douleur, après la colère, nous devons y faire face. Nos artistes ont enregistré une chanson intitulée « Même pas peur », et en ont tourné le clip sur la plage à Grand-Bassam. Nos forces de sécurité et nos services de renseignements ont déjà mis la main sur quelques personnages qui ont, semble-t-il, joué un rôle important dans l’attaque terroriste contre notre pays. La lutte doit être sans relâche, sans merci. Et notre vigilance ne doit à aucun moment se relâcher. Il ne doit plus y avoir de place pour le laxisme et le « je - m’en - foutisme » dans notre lutte contre ces monstres. Ils pourraient tout à fait revenir nous frapper encore, comme ils l’ont fait en France et partout ailleurs où ils sévissent. Ce sont des monstres froids qui, avant d’attaquer, sont déjà morts. Saluons l’esprit de collaboration qui anime les autorités de nos états du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, qui a déjà permis de mettre la main sur certains des assassins ou leurs complices. C’est ensemble que nous gagnerons cette nouvelle guerre, sinon c’est ensemble que nous la perdrons. Nous avons l’exemple du Nigeria où certaines personnalités politiques du nord du pays avaient cru pouvoir instrumentaliser le Boko Haram naissant à des fins politiciennes. Aujourd’hui, c’est en milliers que se comptent les victimes de ce cancer qui a réussi à gangréner tous les autres pays du pourtour du lac Tchad, à savoir le Niger, le Cameroun et le Tchad.

Nous devons tous garder les yeux ouverts, sans pour autant tomber dans la paranoïa, et surtout sans mettre à l’index une quelconque communauté. Nous devons, plus que jamais, resserrer les liens qui unissent notre peuple et tous ceux qui vivent avec nous, au-delà des origines, des religions, des couleurs, des opinions politiques.

Venance Konan

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