A l’heure du choix

jeudi, 17 septembre 2015 00:12
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

Dans quelques semaines, nous serons, à nouveau, face à notre destin. Comme en 2010, nous aurons à choisir celui à qui nous confierons notre destin.

Normal 0 21 false false false FR JA X-NONE Il y a cinq ans, nous avions à choisir entre une Côte d’Ivoire incarnée par Laurent Gbagbo, une Côte d’Ivoire rance, enfermée dans des vieux préjugés, un pays que l’on fréquentait en se bouchant le nez, une Côte d’Ivoire qui ne réalisait pas que le monde autour d’elle avançait pendant qu’elle allait à reculons, et une autre Côte d’Ivoire incarnée par Alassane Ouattara, ouverte celle-là, en prise avec la modernité, avec son environnement et qui voulait rêver à nouveau de grandeur. Nous avions fait le second choix. Mais la Côte d’Ivoire puante s’était insurgée contre ce choix. En vain. Nous avons, cependant, payé cher les dernières convulsions de la bête immonde qui sommeillait en certains de nos compatriotes. Dernières convulsions ? C’est ce que nous avions cru. Mais la bête a la peau dure et elle bouge à nouveau en 2015. Pendant que Barack Obama, le fils du Kényan, termine son second mandat de Président des États-Unis ; que Nicolas Sarkozy, le fils du Hongrois, cherche à revenir à l’Elysée ; que Manuel Valls, le fils de l’Espagnol, aimerait bien lui aussi occuper ce siège de la Présidence française, pendant ce temps-là, dis-je, en Côte d’Ivoire, des personnes qui aspirent à nous diriger, demandent d’exclure un candidat sous prétexte qu’il ne serait pas de père et de mère Ivoiriens de naissance. Savent-elles, ces personnes-là, ce qu’est la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui ? Savent-elles que nous sommes sortis, depuis longtemps, de l’époque où nos horizons se limitaient aux forêts qui entouraient nos villages ? Savent-elles depuis quand nos populations ont commencé à se brasser, d’abord entre elles, puis avec nos voisins proches, et enfin, avec le monde entier ? Kkb qui nous sert encore l’ivoirité en 2015 sait-il que des Français et des Américains s’appellent Konan, Coulibaly, Séry, Traoré ? Il y a vingt ans, nous n’avions pas mesuré les conséquences qu’il y avait à ouvrir cette boîte de Pandore. Aujourd’hui, nous le savons. Nous savons qu’elles ont été désastreuses. Alors, lorsque l’on n’est pas idiot, on ne l’ouvre plus. Ce que le bon sens commande de faire, c’est de lutter contre les dernières traces de ce poison qui avait failli avoir raison de notre nation.

Nous avons encore quelques semaines pour apprécier le chemin parcouru, en presque cinq ans, avec Alassane Ouattara au gouvernail de notre pays. Nous avons encore quelques semaines pour décider de continuer avec lui ou changer de capitaine. Ce que nous avons à juger est son bilan. Où M. Ouattara a-t-il conduit le navire Ivoire en un peu moins de cinq ans ? Notre pays qui était infréquentable est aujourd’hui l’un des pays africains les plus prometteurs, le pays sur lequel il faut mettre le cap, lorsque l’on veut investir en Afrique. Nous avons retrouvé notre fierté perdue d’être Ivoiriens. Ce n’est pas anodin que de grandes marques internationales telles que Carrefour ou la Fnac, ainsi que de grandes chaînes hôtelières de renommée mondiale ouvrent chez nous, pendant que de grands centres commerciaux tels que Cap Sud s’agrandissent et se multiplient. Cela veut dire que notre pays est devenu attractif, qu’il y existe une classe moyenne avec un bon pouvoir d’achat. Cela veut dire que si l’argent travaille, il circule aussi, contrairement à l’idée répandue. De nombreux projets qui étaient en souffrance depuis de longues années ont été achevés. Citons le pont Hkb, ceux de Jacqueville, Bouaflé, Béoumi, Borotou, Gbéléban ; les autoroutes du Nord et de Grand-Bassam qui vont se prolonger jusqu’aux frontières avec le Burkina Faso et le Ghana ; toutes les routes en construction ou en réfection ; le chemin de fer qui se modernise et va se prolonger jusqu’au Bénin en passant par le Niger… La route précède le développement et le favorise. Il n’y a pas que les routes. Il y a aussi les écoles, les centres de santé, mais nous n’aurons pas assez d’espace pour citer toutes les réalisations.

Certes, il existe encore de grandes poches de pauvreté, des inégalités, et la cohésion sociale est encore fragile en certains endroits. Surtout lorsque des politiciens en panne de programme choisissent de réveiller les vieux démons. M. Ouattara nous demande de lui accorder un second mandat afin de poursuivre le travail qu’il a commencé. Que nous proposent ses adversaires ? Ce que nous entendons pour le moment est que M. Ouattara ne fait que terminer les projets d’Houphouët-Boigny et de Gbagbo, qu’il n’est pas éligible et que nous devrions donc marcher et casser des bus afin de mettre en place une transition. Un autre candidat nous demande de l’élire d’abord avant qu’il ne nous dévoile son projet de société. Cela me semble un peu court comme programme. S’ils ont dit autre chose qui m’a échappé, je vous serais reconnaissant de me le signaler.

Dans quelques semaines, nous aurons, comme il y a cinq ans, à choisir entre une Côte d’Ivoire qui veut réellement devenir un pays émergent et qui a renoué avec le travail, un pays de l’hospitalité et de la fraternité vraie, un pays en phase avec le monde qui avance, et une Côte d’Ivoire devenue amnésique, qui ne sait plus rêver, qui veut se refermer sur elle-même, et qui veut encore exclure une partie de sa population. Alassane Ouattara incarne la première Côte d’Ivoire, et ses adversaires, la seconde. Le choix est entre nos mains.

Venance Konan

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