50 ans, le sens d’une fête

vendredi, 05 décembre 2014 01:31

1964. Houphouët-Boigny décide de doter notre pays d’une entreprise de presse nationale. Le quotidien publié par cette entreprise, qui était l’une des plus modernes de son époque, sort pour la première fois le 9 décembre 1964. Il s’appelle Fraternité Matin.

Deux mille quartoze, Fraternité Matin a cinquante ans et se porte très bien. Son histoire fut loin d’être celle d’un long fleuve tranquille, mais l’entreprise a su faire face à tous les défis qui se sont présentés à elle. Il y eut le printemps de la presse ivoirienne en 1990, dans le sillage du retour au multipartisme. Notre entreprise qui, jusque-là, était le seul quotidien du matin (l’entreprise avait, en 1987, créé un quotidien de l’après-midi,  Ivoir’Soir), dut faire face à une rude concurrence. Tous les journaux qui se créèrent affichèrent leur ambition qui était de voir disparaître Fraternité Matin. Ils avaient presque tous pour spécificité d’être des journaux proches des nouveaux partis d’opposition, pour qui Fraternité Matin était le journal du pouvoir qu’il fallait abattre à tout prix. Nombreux furent les journaux qui virent le jour à partir de 1990. Nombreux furent aussi ceux qui moururent. Mais Fraternité Matin demeura, même si un bon nombre des titres qu’il avait créés, notamment Ivoir’Soir et Femmes d’Afrique, ne survécurent pas. Lorsque, en 2000, le Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo accéda au pouvoir, il comprit très vite la nécessité pour un pays comme le nôtre d’avoir un journal qui soit la propriété de l’état. La crise militaro-politique que connut notre pays à partir de 2002, et le gouvernement d’union nationale qui sortit des accords de Linas-Marcoussis renforcèrent le rôle de notre journal en tant que porteur de toutes les opinions des Ivoiriens. Il tint bon pendant la crise post-électorale, et lorsque Alassane Ouattara accéda au pouvoir, il donna à Fraternité Matin les moyens de moderniser ses équipements techniques, notamment sa rotative et les principales machines de son imprimerie. Aujourd’hui, l’entreprise imprime chaque jour en moyenne une dizaine de journaux et magazines. La concurrence n’a pas baissé les bras, mais, avec ses 50 ans d’expérience, Fraternité Matin reste le leader incontesté de la presse écrite en Côte d’Ivoire.

50 ans, c’est aussi l’âge de la maturité. Et des remises en cause. Fraternité Matin célèbre à partir de ce jour ses noces d’or avec ses lecteurs au moment où la presse écrite vit une crise sans précédent. Partout dans le monde, les ventes des journaux baissent. Certains disparaissent tout simplement. En Côte d’Ivoire, la baisse des ventes a été telle que l’ensemble de la profession a dû augmenter le prix des journaux pour espérer survivre. Les concurrents de la presse écrite ont pour noms Internet, journaux numériques, télévisions, radios, téléphones portables. Mais cette presse doit aussi vaincre d’autres obstacles tels que le faible pouvoir d’achat et l’analphabétisme d’une partie non négligeable de la population, les problèmes de distribution, et ses propres démons que sont le manque de professionnalisme, la méconnaissance de la déontologie et de l’éthique du métier, et la forte dépendance par rapport aux différents pouvoirs politiques.

Fraternité Matin, comme l’ensemble de la profession, se doit de mener une profonde réflexion sur son avenir. C’est pour cela que dans le cadre de cet anniversaire, nous initions un forum international auquel nous avons convié des confrères de tout le continent et d’Europe. Pendant deux jours, nous débattrons des problèmes de la presse africaine afin de lui donner les armes pour participer pleinement à l’émergence de nos pays africains.

Mais avant cela, nous rendrons hommage, ce matin, à cinquante des personnes qui ont écrit et continuent d’écrire l’histoire du quotidien de service public. Nous avons choisi de le faire de manière écologique en plantant cinquante arbres portant, chacun, le nom de l’une des personnalités sélectionnées. Nous sommes conscients qu’en cinquante ans d’histoire, ce sont des centaines, voire des milliers de personnes qui ont consacré le meilleur d’elles-mêmes à construire notre entreprise. Mais pour l’occasion, il nous fallait choisir cinquante personnes. Et tout choix étant discriminatoire, que tous ceux dont les noms méritaient amplement de figurer sur ces arbres mais qui n’y figurent pas nous pardonnent. L’hommage aux anciens se poursuivra cet après-midi avec l’ouverture de l’exposition de photographies consacrée à Houphouët-Boigny, le fondateur de notre journal. L’organisation de cette exposition à Abidjan obéit d’abord à une promesse faite à la Première dame, l’année dernière, de la transporter à Abidjan après le succès qu’elle avait connu à Yamoussoukro. Ensuite, il nous a semblé utile, à l’occasion de cet anniversaire, de rappeler aux Ivoiriens la mémoire de celui qui a bâti ce pays. Le 7 décembre, cela fera 21 ans qu’il nous a quittés. Mais, heureusement pour nous, son œuvre se perpétue à travers Alassane Ouattara, le nouveau bâtisseur de la Côte d’Ivoire.

Venance Konan

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