2018, année Félix Houphouët-Boigny

2018, année Félix Houphouët-Boigny

mardi, 30 janvier 2018 08:33
2018, année Félix Houphouët-Boigny Crédits: DR

Le 7 décembre 1993, ce qui fera 25 ans cette année, disparaissait Félix Houphouët-Boigny, le premier Président de la Côte d’Ivoire, après un règne de 33 ans. Avant de prendre les rênes de son pays, il avait dirigé le premier syndicat des agriculteurs africains, siégé au parlement français et il avait été membre de plusieurs gouvernements français.

Il avait aussi créé et dirigé le Rassemblement démocratique africain (Rda), formation politique regroupant les anciennes colonies françaises d’Afrique et qui mènera le combat pour l’indépendance du continent. Durant son long règne, Houphouët-Boigny réussira à faire de son pays le plus développé de la région, attirant ainsi des millions de personnes venant de pays proches ou même lointains, à la recherche d’un mieux-être qu’ils n’avaient pas chez eux. Il avait fait de la paix sa seconde religion, au point de créer une fondation pour la recherche de la paix et un prix international portant son nom, endossé par l’Unesco et attribué à d’illustres personnalités qui ont contribué à l’instauration de la paix dans divers endroits du monde.

Nous, Ivoiriens, avons toutes les raisons d’être fiers d’avoir eu un tel Président. D’ailleurs, Laurent Gbagbo, qui fut son plus farouche opposant, a fini par se reconnaître en lui et se proposa même de lui construire un mausolée. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), le parti fondé par Houphouët-Boigny dirigé aujourd’hui par Henri Konan Bédié, celui qui lui succéda à la tête de l’État et le Rassemblement des Républicains (Rdr), le parti d’Alassane Ouattara qui fut l’unique Premier ministre d’Houphouët-Boigny et qui dirige actuellement le pays, ont décidé de se remettre ensemble au sein d’un groupe baptisé Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).

Samedi dernier, à Yamoussoukro, au sein de la fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, a été lancée la cérémonie de la commémoration du 25e anniversaire de la mort de l’illustre homme. Diverses manifestations, dont un grand colloque international, auront lieu tout au long de l’année pour célébrer Houphouët-Boigny et son immense œuvre politique.

Il y avait le vice-Président de la République, Daniel Kablan Duncan, Henriette Dagry-Diabaté, Grande chancelière de l’Ordre national et présidente du Rdr et Charles Konan Banny, ancien Premier ministre, vice-président du Pdci, représentant le président de ce parti. Il y avait aussi dans la salle de nombreux élèves qui, visiblement, n’étaient pas nés du vivant d’Houphouët. Lors de cette cérémonie, ils ont pu voir quelques images de cet homme dont ils ne connaissaient que le nom. Si d’aventure ils voulaient en savoir davantage sur lui, où pourraient-ils s’informer ? Depuis 25 ans, la Côte d’Ivoire n’a pas jugé utile de créer un musée pour entretenir la mémoire de cet homme dont tout le monde se réclame aujourd’hui, qui a si fortement marqué l’Afrique et même le reste du monde.

La ville de Yamoussoukro qui l’a vu naître et où il est enterré n’a pas encore trouvé les moyens d’ériger un simple panneau indiquant qu’elle est celle de notre premier Président qui a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Ils sont nombreux, les Ivoiriens, qui auraient aimé visiter l’endroit où vécut Houphouët-Boigny, voir sa tombe, par simple curiosité ou peut-être pour y faire une prière ou déposer une fleur. Mais depuis 25 ans, cela ne leur est pas possible. Ses maisons à Abidjan ont été soit abandonnées à des squatters, soit détruites. Celle de Yamoussoukro et sa tombe sont inaccessibles au commun des Ivoiriens.

En Afrique du Sud, la visite de la première maison de Nelson Mandela à Soweto fait partie du circuit obligatoire pour tout visiteur. D’immenses statues de lui ont été érigées un peu partout dans le pays. En Côte d’Ivoire, la seule statue que je connais d’Houphouët-Boigny est cette horreur qui se trouve en face de son domicile à Yamoussoukro. Au Maroc et au Gabon, des mausolées ont été construits en hommage au roi Hassan II et au Président Omar Bongo Ondimba.

Durant toute cette année 2018, chacun de nous dira tout le bien qu’il pense d’Houphouët-Boigny. Mais si à la fin de cette année, nous n’avons pas pu lui construire un vrai musée et des monuments dignes de lui, il nous faudra l’oublier définitivement et éviter de l’irriter dans son repos éternel. Les colères des morts ont parfois des conséquences terribles. Cela dit, si nous pensons que lui construire un musée et des statues serait susceptible de ruiner la Côte d’Ivoire, tous ceux qui l’ont vraiment aimé pourraient se cotiser pour le faire.

Concernant son héritage politique, l’année 2018 devrait voir se concrétiser l’unification des partis se réclamant d’Houphouët-Boigny. Ce serait le meilleur hommage à lui rendre. Tout le monde a relevé,  samedi dernier, que le pays avait failli sombrer lorsque les héritiers politiques d’Houphouët se sont affrontés, et il n’a retrouvé la paix, cette paix si chère au premier Président, que lorsqu’ils se sont remis à marcher à nouveau ensemble. Nous sommes convaincus que les Présidents Ouattara et Bédié trouveront les moyens de surmonter les derniers obstacles pour unir leurs partis et éviter à la Côte d’Ivoire des lendemains fâcheux.

Venance Konan

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