Tradition: "Le dixième" enfant fêté en pays Abouré

mercredi, 27 août 2014 12:58
"Le dixième" enfant  fêté en pays Abouré "Le dixième" enfant fêté en pays Abouré Crédits: DR

Contrairement à nombre de peuples de Côte-d’Ivoire, la société Abouré située dans le sud-est du pays célèbre le dixième enfant considéré .Il fait l’objet d’une fête parfois grandiose et qui réunie toute la famille. S’il y a un enfant qui est très choyé dans la société Abouré, c’est bien le 10e enfant, nommé « Oblou ». C’est qu’il est considéré comme l’enfant du bonheur. Chaque année entre la fête de noël et le mois de janvier, les familles magnifient leur progéniture.

Tradition: « Le dixième » enfant  fêté en pays Abouré

Selon la tradition Abouré, la veille du jour de la fête, une réunion de famille est organisée. Elle regroupe : parents et enfants en compagnie des hommes de la génération du père.

Les éventuels conflits latents sont réglés. « Il s’agit de faire régner l’entente parfaite » explique le professeur Paul Aholi, président de l’Association de l’expansion économique de bonoua (Arebo).

Ainsi, le jour de la fête, tôt le matin, en présence de la grande famille, on procède au sacrifice de poulets, pour implorer les mânes des ancêtres .Si les volailles meurent coucher sur le dos, les sacrifices sont déclarés favorables .Les cérémonies peuvent continuer. Si c’est le contraire, d’autres sacrifices sont exécutés jusqu’à ce qu’ils soient jugés favorables.

Après cette étape, l’«Oblou »en compagnie de toute la famille, se rend à la rivière non loin de la ville pour une séance de purification .L’aîné des enfants est lavé le premier. Cela s’explique par le fait que c’est lui qui a ouvert le chemin aux autres enfants.

La mère et les deux derniers enfants seront rasés. Tous seront badigeonnés de kaolin blanc et porteront des vêtements blancs, signe de pureté. Le retour à la ville se fait en procession.

La famille est alors accueillie à l’entrée de la ville par les sœurs de la mère. Celles-ci les accompagnent avec des chants à la maison où a lieu le repas.

Selon la tradition, l’«Oblou » doit sacrifier à un rituel avant que ses parents ne puissent consommer la viande de mouton. C’est que celui-ci doit choisir le premier morceau de viande.

Avant que le 10e enfant ne soit lavé rituellement, ses parents ne doivent pas consommer la viande de mouton. Ils ne doivent le faire que lorsque l’ « Oblou » leur en donne la permission en goûtant au morceau.

Comme il faut s’y attendre, le 10è enfant comme l’exige les coutumes fait très souvent du chantage.

En effet, il « vend » son morceau de viande. M. Kraidy Adouko Mathieu se souvient que son fils Kraidy Oblou Michel avait exigé la somme de 30 mille francs cfa.

« Cette somme est raisonnable quand on sait que certains, selon les moyens de leur père, demande de très forte somme d’argent », ajoute t- il.

Si M. Kraidy s’est tiré à bon compte, ce fut, pas le cas de M.Vangah Félix qui a dû faire intervenir des membres de sa génération afin que son « oblou », accepte cinquante mille francs cfa  comme le prix du morceau de viande.

« Mon fils ayant sans doute appris que je venais de vendre ma récolte d’hévéa a demandé cent mille francs. Il a dû concéder à baisser à cinquante mille francs, après une âpre négociation de deux heures menées par les membres de ma génération » explique-t-il.

Une fois son argent en poche l’ « Oblou » peut alors délivrer ses parents de l’interdit  en consommant son morceau de viande. Dans l’après midi, la famille se retrouve sur la place publique pour être magnifiée et recevoir des présents de la communauté villageoise.

En fait, cette fête est selon le professeur Paul Aholi, un prétexte pour le peuple Abouré de Bonoua de célébrer la femme. C’est aussi l’occasion pour l’homme de féliciter publiquement son épouse et lui exprimer sa reconnaissance et son amour.

Les danses et les chants se poursuivent jusqu’à la tombée de la nuit. Le lendemain des manifestations, la famille va rendre les civilités à la communauté.

La mère de l’ «Oblou », elle est fêtée pendant trois mois. Elle sera à l’honneur, se parant de bijoux et de vêtements tous les jours alors que ses sœurs sont à ses petits soins.

Avec les exigences des temps nouveaux, faut-il craindre que cette célébration disparaisse à la longue du fait des familles nucléaires ?

 

Arsène Kanga

(Correspondant Régional)