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Paul Wassaba : “ Je vais ouvrir un centre d’éducation artistique pour enfants ”

lundi, 22 avril 2013 23:02

On lui doit le hit Wodassa Lohogba et les arrangements de Koko Atéba, Chritine Bella, Les oiseaux du monde. Parti se perfectionner aux États  - Unis pendant plus de 10 ans, Paul Wassaba revient avec un grand projet.

Vous venez de regagner le pays après plusieurs années d’absence. Qu’est-ce qui a motivé votre retour en Côte d’Ivoire ?

Je suis rentré au pays pour partager une expérience reçue aux Etats-Unis. Il s’agit de Performing arts education and cultural exchange (Paece), qui est une organisation internationale à but non lucratif dédiée à la promotion et au développement social des jeunes Ivoiriens. Sa mission est donner une orientation à la vie des enfants les plus démunis de Côte d’Ivoire à travers l’éducation dans les arts de la scène et les échanges culturels avec les autres enfants d’Afrique et des autres continents. L’âge minimum des enfants concernés est de trois ans. L’activité comportera trois programmes : la danse, la musique et le théâtre. L’exécution de ce programme se fait à travers notre structure Harmony  Demsenya, dont le premier centre ouvrira à Korhogo. Le siège de Paece se trouve à Los Angeles, en Californie.

Quel est l’intérêt d’un tel projet pour la Côte d’Ivoire ?

Le Centre Harmony Demsenya propose une synthèse des traditions artistiques africaines et de l’enseignement artistique occidental, y incluant les techniques classiques et contemporaines. Notre objectif est d’utiliser la musique, la danse et le théâtre pour aider les élèves à développer leur esprit d’équipe et de responsabilité individuelle, par le développement des compétences exécutées collectivement.

Quel est l’impact des arts de la scène sur les enfants ?

De récentes recherches faites aux Etats-Unis démontrent que lorsque les enfants suivent une formation dans les arts de la scène dès leur très jeune âge, ils apprennent à maîtriser des instruments de musique, à mémoriser des lignes mélodiques, des mouvements corporels, et des textes. Leurs cerveaux subissent une transformation, selon les neuroscientifiques. Ces études ont montré un lien direct entre une éducation artistique continue et  des compétences en mathématiques, en lecture, ainsi qu’un esprit critique développé. L’esprit et la nature de l’orchestre, l’équipe de danse ou la troupe de théâtre, permettent aux enfants d’apprendre à se respecter mutuellement et à travailler en équipe pour atteindre un objectif commun. Par ailleurs, les recherches montrent que les enfants impliqués dans l’étude des arts ont non seulement de meilleurs résultats scolaires, mais ils acquièrent également le désir d’achever leurs études et de s’impliquer dans le développement social de leurs collectivités.

Notre objectif, à long terme, est d’installer des centres Harmony Demsenya dans toutes les régions et départements de Côte d’Ivoire, afin de rendre l’éducation des arts de la scène accessible à tous les enfants de notre pays.

La formation dure combien de temps ?

Il n’y a pas une durée précise pour la formation. Notre but est d’exploiter à fond les bienfaits de l’orchestre. Les orchestres sont de petites communautés : l’on répète ensemble, l’on travaille dans le même but, celui de réaliser des œuvres. On y cultive donc la ponctualité, le respect des autres, la conscience de la tâche à accomplir.

Le programme que j’exporte aujourd’hui a été créé depuis 35 ans au Vénézuela par Gustavo Dugamel, le plus grand directeur d’orchestre en ce moment. Il avait été institué dans les bidonvilles vénézuéliens pour lutter contre la délinquance. Le gouvernement de ce pays s’est approprié le programme. Aujourd’hui où la musique classique est en train de perdre de la vitesse, les meilleurs musiciens en ce moments sont les enfants issus du programme de Gustavo Dugamel. Notre objectif est de faire voyager nos enfants à travers le monde pour travailler avec ceux d’autres pays.

Votre programme concerne seulement les enfants déscolarisés ?       

Nous avons deux programmes. Il y a celui qui concerne les enfants scolarisés qui viendront dans notre centre après les cours. Le deuxième programme vise les enfants déscolarisés, ceux de la rue et des orphelinats non scolarisés. Les deux groupes vont alterner.

Comment allez- vous procéder au recrutement?

En tant qu’artiste nous-même, nous allons procéder à une détection à travers des exercices pour retenir ceux qui sont aptes. Par ailleurs, nous n’avons pas la prétention de former que des artistes. C’est pour cela que les enfants viendront des écoles. Ils pourront continuer leurs études et devenir de hauts cadres. En France ou aux Etats-Unis, on trouve des familles entières qui sont des artistes accomplis. Mais le père est soit médecin, le fils enseignant, la mère haut cadre, etc. Ce que nous voulons cultiver, c’est l’esprit de groupe, de citoyenneté et les ouvrir très tôt sur le monde extérieur. C’est pour cela que nous allons les faire voyager pour se familiariser avec la vie des autres. Figurez-vous que des jeunes Américains noirs que j’enseignais aux Etats-Unis pensaient que les africains vivaient encore dans des arbres. Il a fallu que je leur montre des photos de l’Afrique pour qu’ils aient une autre idée du continent.   

Un tel projet nécessite des moyens financiers. Quelles sont vos sources de financement ?

Au départ, nous nous sommes retrouvés dans ce que j’appelle le cercle vicieux du démarrage d’un programme. Les Etats-Unis sont le pays le plus philanthropique au monde, c’est-à-dire où les gens sont prompts à donner pour aider les plus démunis. Notre premier objectif a été de nous adresser au gouvernement ivoirien à travers le ministère de la Culture pour lui montrer l’utilité de notre programme pour les enfants de notre pays.

Réaction du ministère ?

Le ministre a bien accueilli le programme. Puisque tout est concentré sur Abidjan, nous avons décidé de démarrer le programme à Korhogo. Nous avons déjà un site dans le quartier résidentiel, précisément dans les anciens locaux de l’Ong internationale, Save the Children. Nous l’avons déjà nettoyé, et dès que nous avons les fonds, nous allons engager les travaux de réhabilitation pour l’adapter aux besoins de la formation.

Vous comptez démarrez quand exactement ?

Nous espérons pouvoir démarrer en septembre. Nous avons vu le ministère, avec qui nous nous apprêtons à signer une convention. Nous nous adressons aussi à la fondation Children of Africa de la Première dame. Notre intention est de créer des centres à travers le pays.

Interview réalisée par

Marc Yevou

 

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