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Pagne wax : 170 ans d’histoire à imiter pour le rebond de l’Afrique ?

mercredi, 13 décembre 2017 13:11
Anne Grosfilley estime que le wax est le reflet complexe des liens qui unissent l'Afrique au reste du monde. Anne Grosfilley estime que le wax est le reflet complexe des liens qui unissent l'Afrique au reste du monde. Crédits: Remi Coulibaly

Ce tissu, né au milieu du XIXe siècle, est le fruit d’un trait d’union créatif entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, a expliqué une anthropologue française de renom à la faveur d’un panel à Abidjan.

Pagne wax : 170 ans d’histoire à imiter pour le rebond de l’Afrique ?

Anne Grosfilley, anthropologue et spécialiste du wax, une cotonnade importée par les Hollandais, il y a plus d'un siècle devenu aujourd'hui « Le » tissu africain dont elle a fait une passion et dont elle raconte l'épopée dans un beau livre illustré, « Wax and co », publié aux éditions de La Martinière (Paris, France, 2017), était l’invité spéciale, le lundi 11 décembre, autour du thème : « Success-story du wax : un modèle reproductible ? ».

C’était à l’auditorium de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire à Abidjan-Plateau, en marge de la 43e Assemblée de la Conférence des chambres consulaires d’Afrique et francophones. Organisé par la Maison de l’Afrique qui œuvre sous la coupole des chambres consulaires à l’intégration du continent par le digital, revisitant les arts et la culture pour les mettre en lumière depuis 1976, ce panel a vu opérateurs économiques, créateurs, chercheurs réfléchir autour de l’impact social, culturel, économique du pagne wax. Incubateur d’un transfert de compétences réussi.

Si tous les intervenants estiment que la mode est aux tissus africains, et tout particulièrement au wax dont la signature graphique, avec ses couleurs vibrantes et ses motifs légèrement décalés, se reconnaît entre mille, ils n’en ont pas moins été édifié par le propos d’Anne Grosfilley. Qui, soutenant que cet imprimé, né au milieu du XIXe siècle, est le fruit d'une longue histoire entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Batik industriel mis au point par les Hollandais, le wax est d'abord destiné aux Indonésiens - qui le boudent.

Mais il connaîtra un immense succès en Afrique de l'Ouest où il fera la richesse des Nana Benz (Lomé-Togo), ces commerçantes pionnières qui ont su le diffuser et le populariser. Dont l’une des figures de proue, Mme Lawson a fait le déplacement d’Abidjan. Le marché du wax est aujourd'hui partagé entre plusieurs fabricants : européens, africains et asiatiques. Il est le reflet complexe des liens qui unissent l'Afrique au reste du monde.

Anne Grosfilley, anthropologue spécialisée dans le textile et la mode en Afrique, sillonne les routes du wax, du kanga ou du shweshwe depuis plus de vingt ans. Elle nous invite à découvrir l'histoire méconnue des imprimés d'Afrique au fil de son exceptionnelle collection de tissus. Un voyage textile inoubliable où le langage des dessins acquiert une nouvelle dimension. Le wax (cire en anglais), un textile de coton imprimé et ciré sur ses deux faces pour garder l'éclat des teintures, est aujourd’hui mondialement connu.

Victime de son succès…, quel bouclier face à la contrefaçon !

Il s’est si bien intégré en Afrique et connait un franc succès, qu’il fait, tout aussi, le bonheur des contrefacteurs. Il s’agissait donc au cours de cette conférence, de comprendre les facteurs clés du succès de ce produit européen qui est devenu un élément culturel africain.

Selon l’anthropologue, le premier wax  qui est arrivé en Afrique, précisément au Ghana (alors Gold Coast) en 1895, au fil des années, il s’est bien intégré dans le quotidien des africains. Cependant, la contrefaçon risque de tuer le secteur. Il faut donc « développer une stratégie pour contrer la contrefaçon et relancer Uniwax », affirme Jean-Louis Menuidier, Pdg de Uniwax. Et ce, en étoffant la créativité dans les imprimés avec des jeunes ivoiriens et africains doués et bien formés, une éducation citoyenne. Qui vont de pair avec une mise en synergie des créateurs de mode, l’accompagnement des artisans et, non des moindres, une subvention et une forme de protectionnisme étatique, notamment au plan fiscal.  Des stylistes tels que Pathé’O, Angybell, Ciss St Moïse, Tiamsar… étaient de la partie.

REMI COULIBALY

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