Musique: Lé porte avec « Bo…Bô » la fusion gabonaise en ré majeur !
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Musique: Lé porte avec « Bo…Bô » la fusion gabonaise en ré majeur !

vendredi, 10 août 2018 11:46
« Bo…Bô ! », une œuvre appelée à faire date et à positionner lé comme porte-étendard de la musique gabonaise. « Bo…Bô ! », une œuvre appelée à faire date et à positionner lé comme porte-étendard de la musique gabonaise. Crédits: DR

Des arpèges de Pierre Akendégué aux riffs de Carlos Santana, cet artiste venu de Libreville ajoute à son jazz, une palette d’instruments traditionnels.

C’est le 30 juillet, au Lokua Bar de Libreville (Gabon) qu’a été présenté l’album « Bo…Bô ! » (Loin…Plus vivant !). Une œuvre jazzy de 13 titres du chanteur et instrumentiste Lé qui donne une saveur contrastée de jouvence et de nostalgie. Tout-en-fusion entre les arpèges de guitare qui évoquent un certain Pierre Akendégué, des riffs du maestro brésilien, Carlos Santana, saupoudrés aux sons typiques produits par des instruments traditionnels bantous tels que le mugengo (arc-en-bouche) ou encore le grelot (mawengui).

Lé chante en langue Omyènè, langue bantoue du Gabon qu’il a en partage avec Pierre Akendégué, et en français. Toutes choses qui s’en ressentent par leur lyrisme partagé au chant. Une impression qui a séduit plus d’un, à l’instar du mécène qui a senti l’opportunité de partager avec la planète Musique ce talent épuré, mâture, certes, mais à peine éclos.

Fruit de la passion d’un as du 7e art…en décibels

Le coproducteur de l’album, Imunga Ivanga, en effet, est à Abidjan depuis une semaine et a sacrifié avec journalistes, critiques, musiciens et autres acteurs de l’écosystème musical abidjanais, à une séance d’écoute dont le verdict est unanime quant à la belle facture de l’œuvre. Il importe de revenir sur le background de ce producteur, aussi baptisé « Le conteur du septième art », qui est tout à la fois cinéaste, critique d’art et écrivain.

Lauréat ici à Abidjan, en 2000 du grand-prix de L’Eléphant d’or du Fica (Festival international du court-métrage d’Abidjan), Imunga Ivanga est plus connu sur la scène cinématographique comme étant le 3e Africain noir, après Sembene Ousmane et Souleymane Cissé, à avoir remporté, avec « Dôlè », en 1999, le Tanit d’Or de Carthage (Tunisie). Et avec ce même long-métrage, le Grand prix spécial du jury de Cannes (France) Junior en 2000, le Prix du meilleur film au Festival du film africain de Milan (Italie), le Prix du meilleur scénario de film de long métrage du Fespaco (Burkina Faso), pour n’en rester que là !

Précisons, toutefois et enfin, qu’Ivanga a occupé le poste de Directeur général de l’Institut gabonais de l’Image et du Son (Igis) de 2009 à 2014. Dans le cadre de cette mission, il produit une vingtaine de documentaires, 2 séries télévisées, 1 long métrage, 1 téléfilm et 7 courts métrages. Durant cette même période, il a codirigé le Festival « Les Escales documentaires de Libreville ».

En 2014, il prend la tête du groupe Gabon Télévisions qu’il dirige pendant 2 ans. Il va y mener de nombreuses réformes notamment vers l’autonomie financière du groupe, pilote le basculement de l’analogique au numérique et le lancement de la chaîne d’information en continue Gabon 24.

Depuis 2016, il occupe les fonctions de Pdg du Conseil d’administration de l’Igis. Il apporte son expérience en tant que directeur d’écriture auprès de réalisateurs et son expertise dans le cadre de rencontres professionnelles.  Justement, l’œuvre musicale dont il s’agit, est une production de Mongitigana, association créée par Isabelle Essonghé et Imunga Ivanga. C’est la deuxième réalisation de cette structure associative, qui s’intéresse au patrimoine culturel gabonais. La première ayant été l’album Idyémbo si Katoliki, une mise à jour d’anciens chants catholiques traduits en omyènè et datant des années 1900.

Du partage en notes autour de valeurs morales

L’artiste Lé, faut-il le noter, a très tôt baigné dans un univers musical. Son père jouait de la guitare. Dès l’âge de 13 ans, il a commencé à jouer de la batterie, puis à 15 ans du piano avec le frère Hubert Guérineau au collège André Raponda Walker de Port-Gentil. Lé va se mettre à la guitare. Il faut dire qu’il est plus facile d’avoir chez soi, une guitare qu’un piano.

Lé grandit en ayant écouté des musiques d’ici d’ailleurs, traditionnelles et modernes. Notamment Francis Bebey, Manu Dibango, Éboa Lotin, Pierre Akendégué, qui occupent une place particulière dans son cœur. Mais dans cette écoute, il entrevoit une autre manière de voir la musique qui est de donner des réponses à ce qu’il écoute. Attitude qui va le conduire à créer ses propres œuvres. Lé chante l’amour, le partage, la justice… et son style s’inscrit dans l’Afro Jazz, car il mixe, plus que souvent, le genre traditionnel, des beat africains et des sonorités jazzy.

Pour « Bo... Bô! (Loin… Plus vivant !) » avec ses 13 titres entièrement enregistrés en live, le virtuose est accompagné par l'orchestre Ghéwagnéo, dont il fait lui-même partie. Une formation composée de jeunes et talentueux musiciens gabonais et qui est née, bien-sûr, de la volonté de son producteur Imunga Ivanga, à la faveur de la réalisation du nouvel album de Lé. Avec le concours de requins de studios.

En définitive, « Bo… Bô ! », s’érige comme une œuvre audacieuse qui bouscule les clivages et rend compte de la richesse de l’immense talent de Lé. Un talent en ré majeur qui en fait le nouveau son de la musique gabonaise.

REMI COULIBALY

Lu 291 fois Dernière modification le vendredi, 10 août 2018 11:59