Musique : Alpha Blondy met le feu à l’Olympia

mercredi, 03 avril 2013 22:54

Profitant de la sortie de son dernier album, la méga star du reaggae a donné un spectacle à Paris.

 

 

 

 

 

Paris. 1er avril. La météo annonce 8 petits degrés. Autant dire qu'il fait un froid de canard. Qu'à cela ne tienne ! 2000 personnes emmitouflées dans leurs manteaux ont bravé le mauvais temps pour faire le déplacement de l'Olympia Bruno Coquatrix. Pour voir ou revoir la star ivoirienne du reggae respirant la grande forme ce soir-là. Le spectacle étant annoncé pour 21h20, dès 19h30 déjà, le portique de l’Olympia est pris d’assaut. Une file interminable de fans s’y dressait.

Sur la façade du musichall, un nom est écrit en gros caractères  en lettres rouges : Alpha Blondy. Spécial guest : Soukéina  (la fille du chanteur). Pendant ce temps, de l'autre côté du trottoir, une poignée de militants du Front populaire ivoirien (Fpi) s'époumone, tracts à la main: "Libérez Gbagbo! Libérez Gbagbo !" Pas d'inquiétude pour les fans d'Alpha Blondy car deux cars de Crs veillent au grain. 20h 30, les 2000 fauteuils rouges de la salle sont occupés. A 21h 20 précises, la salle est plongée dans le noir, à l'exception de la scène où déboulent le chanteur et ses dix musiciens sous un tonnerre d'applaudissement.

La chronologie du répertoire, ce soir-là, avait fait la part belle à son nouvel album. Mais des chansons-cultes comme Cocody rock, Les chiens, Wari, Téré, Fanta Diallo et Politiqui ont fait sensation. Des drapeaux ivoiriens sont brandis dans la salle, une forêt de téléphones portables sont braqués sur l'artiste en vue de le photographier. Sans compter que le titre Fanta Diallo à peine entonné est repris par toute la salle. Que d'émotions !

Mystic Power, un disque politique

Dans Mystic Power, Alpha Blondy aborde ses sujets de prédilection : la Françafrique  et la religion comme arme de guerre. Cinq des titres parlent de la crise ivoirienne. "France à fric" souligne combien la France tire profit des ressources du continent africain. Son titre Soutra est écrit en dioula parce que, dit-il "je m'adresse aux Ivoiriens. Soutra, signifie  protéger quelqu'un de l'humiliation". "Le dioula permet de bien résumer l'idée. Pour moi, les hommes politiques de Côte- d'Ivoire ne nous ont pas épargnés. Félix Houphouët-Boigny, notre premier Président, a été traité de voleur au soir de sa vie, il ne s'en est pas remis;   Alassane Ouattara, alors Premier ministre a été traité d'étranger. Le cercueil de sa mère a été profané, son corps traîné; Henri Konan Bédié, lui, a quitté le pouvoir par un coup d'Etat. Et le général Robert Guéi qui l'a renversé à été pourchassé jusqu'à ce que mort s'ensuive! Quant à Gbagbo Laurent, il est actuellement à la Cour pénale internationale. Comme quoi, en Côte d'Ivoire c'est : "Vive le Président, à bas le Président !"

Tonnerre d'applaudissements.

Avec la reggae star, la religion garde aussi une place de choix dans l'écriture de ses chansons. Sa profession de foi œcuménique se fait ici en arabe et en français. Dans "Crime spirituel", composé peu de temps après l’attentat du 11 septembre 2001, Alpha Blondy chante "Faut pas mêler Allah à vos actes criminels, (…) Mahomet n’est pas un prophète terroriste". Des chansons d’une brûlante actualité, notamment pour le nord du Mali. Un sujet cher à Alpha Blondy, croyant convaincu, pour qui la guerre menée par les ismalistes contre le pouvoir de Bamako est une hérésie.

Et parmi les pépites, nous citerons la reprise du tube "I shot the sheriff" de son idole Bob Marley, devenu, en français, "J'ai tué le commissaire". Une chanson faisant allusion aux nombreux coups d'Etat en Afrique. Qui débouchent forcément sur des guerres civiles. "Mes frères, copions un peu les Blancs ! Appliquons la démocratie et vous verrez que tout va changer chez nous !" Rire général.

L'ivoirité, un concept dangereux

"Comme je le dis dans ma chanson : Danger ivoirité, l'ivoirité a déclenché la guerre débutée en 2002 et se poursuit aujourd'hui encore ! Il existe soixante-sept ethnies en Côte d'Ivoire réparties entre le nord, musulman et le sud catholique. Les ivoiritaires sont la force politique majeure de notre pays et souhaitent que le pouvoir reste aux mains des "sudistes". Ils ont chuchoté à l'oreille de tous les présidents, de Bédié au général Guéï. Ils ont instrumentalisé Gbagbo. Je voudrais, un jour, qu'il soit possible chez nous d'élire un homme politique dans une région, même s'il n'en est pas originaire. Comme ce fut le cas pour François Hollande en Corrèze!»

"Peace in Liberia, peace in Duékoué" - un autre de ses titres- prend un tour reggae-électro rock. "Tous les artistes ont parlé, tous les chanteurs ont chanté, les médiateurs ont médiaté", scande-t-il et pourtant, la guerre continue dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire pour cause de conflits fonciers. Les gouvernants ont intérêt à réagir au plus vite ! Pour Alpha, mieux vaut prévenir que guérir, surtout quand le terrain est miné.  

Au total, l'artiste a offert à son public un véritable cadeau de Pâques pendant un peu plus de deux heures d'horloge avec en fin de répertoire, l'inusable "Brigadier Sabari" dont se souvient encore un fan lors du premier passage à l'Olympia du chanteur ivoirien précisément le 15 mai 2002.

Momo Louis

 

 

 

Correspondant permanent à Paris

 

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