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Ly Lagazelle (Photographe): ‘’La photo est un outil de sensibilisation à l’immigration’’

vendredi, 07 septembre 2018 11:22
Ly Lagazelle, photographe. Ly Lagazelle, photographe. Crédits: DR

Ivoirienne, la photographe d’instinct résidant à Marrakech, après un bref passage à Abidjan, a fait sensation à Dakar et continue de courir après les instants à éterniser.

Vous étiez venue de Marrakech participer à Lili Women, qu’en retenez-vous ?

Le festival Lili Women est une bouffée d’oxygène pour les femmes artistes en Côte d’Ivoire et en Afrique. C’est un projet noble. Il permet, par le truchement de la danse, la photographie, l’écriture, etc., de rassembler des femmes qui servent l'art et l'utilisent pour améliorer la société. Il permet également de former la nouvelle génération artistique en créant une plate-forme incontournable d'expression et d’expansion de la femme et de la culture ivoirienne. Malheureusement, il n’a pas été suffisamment accompagné et n’a pas eu autant de visibilité qu’il aurait pu avoir. Mécènes, collectionneurs, ministère de tutelle peuvent faire avancer l’art avec cette plateforme mise sur pied  pour la gent féminine. C’est dommage. L’initiatrice s’est retrouvée toute seule face aux  réalités du terrain. Je lui tire mon chapeau et lui exprime mes encouragements.

Comment, par la photo votre art, lutte-t-on contre l’immigration clandestine ?

La photo est un outil de sensibilisation. Ma contribution est de mettre en place des programmes de formation au bénéfice de celles ou ceux qui veulent embrasser cette carrière et exercer ce métier. A ces jeunes, on pourra expliquer qu’on peut vivre de ce métier et donc  pas besoin d’immigrer en Europe ou ailleurs pour pouvoir s’en sortir. Mon exemple à moi est illustrateur. J’avais quitté la Côte d’Ivoire, certes, mais je suis restée en Afrique, ce continent suffisamment riche en couleur, en lumière, en sujets à traiter. Nous, photographes africains pouvons, avec des projets locaux qui montrent les réalités du terrain, la cruauté de la traversée, contribuer à retenir les Africains sur leur continent.

C’est un travail collectif. Et à mon avis, des personnes comme Mamoudou Gassama peuvent servir désormais le continent en qualité d’ambassadeur ou porte-parole de tous ces migrants dans les zones chaudes au nord du Maroc, de la Libye, de l’Algérie et les sensibiliser en association les structures humanitaires. C’est ainsi que je perçois cette lutte.

Vous avez réussi à la biennale de Dakar une exposition insolite avec une démarche particulière. Qu’y a-t-il de positif dans le négatif au point de l’exposer ?

Mon exposition du négatif me permet d’abord de briser les codes du standard. Esthétiquement, je donne l’impression avec cette démarche de faire de la peinture sur toile, de peindre une photo, une image. On croit à du dessin. Mais le négatif a toute une histoire, l’aspect caché, le détail que le noir et blanc ne va pas révéler. J’estime qu’en art il faut oser, alors j’ai osé épouser cette technique. L’audace paie en art. A la biennale de Dakar, ce concept a ému et pourrait, dès lors, inspirer d’autres personnes. Je suis favorable à l’esprit créatif. La photo, c’est le présent, c’est la base, surtout malgré le numérique et les différentes avancées. Le procédé que j’utilise permet un retour aux sources, aux fondamentaux de la photo. Et c’est ma façon à moi de ne pas m’éloigner de l’argentique.

Que deviennent ‘‘vos mains’’ ? (Ndlr : l’artiste a photographié des mains anonymes à travers le monde et en a fait une exposition éponyme qui eut un franc succès)

Je suis toujours obsédée par les mains, c’est un projet photographique qui ne se termine pas. Je ne vais pas m’arrêter à une couche sociale. Je vais sublimer les mains encore et encore. Je n’ai pas encore exposé en Côte d’Ivoire, mais à la prochaine invitation, je viendrai avec « mes mains ». Elles sont la porte d’entrée de l’âme.

Sensation à Dakar, à Marrakech… Votre travail est-il accompli ?

Je suis toujours en quête de mieux, je ne peux donc pas m’estimer accomplie. Il y a eu Dakar où j’ai pu bénéficier d’une résidence, mais il y a Venise, Vienne, Montréal. Je parlerai d’accomplissement une fois que mon travail sera récompensé à hauteur de ce qu’il vaut. Ce n’est, pour l’instant, pas le cas. J’évolue, j’ai bien conscience d’être observée. Il y a des aînés qui n’ont pas eu ce privilège. J’estime que c’est une chance, une grâce. Je suis toujours au boulot, je continue de bosser car j’ai encore beaucoup à dire sur mon pays et sur le monde.

Interview réalisée par
ALEX KIPRE

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