La Turquie, pays meurtri par les attentats terroristes 11:46 - 02/01/17

lundi, 02 janvier 2017 11:38

Cette absence de revendication s’explique alors par le fait que l’EI « ne veut pas donner l’impression qu’il menace la Turquie laquelle est son seul lien avec le monde », explique le chroniqueur turc Kadri Gürsel à Slate.

La Turquie, pays meurtri par les attentats terroristes

Le 1er janvier 2017, lors de la nuit du Nouvel An, une fusillade contre une discothèque d’Istanbul a fait au moins 39 morts et 65 blessés. Si l’attaque n’a pas encore été revendiquée, le gouverneur d’Istanbul a rapidement parlé d’une « attaque terroriste ». Cet attentat est le dernier en date d’une longue série d’attaques liées à la rébellion kurde ou attribuées au groupe Etat islamique (EI). Ces attentats ont secoué la Turquie depuis un an et demi. Ils ont causé au total la mort de plus de 400 personnes.

Le premier attentat attribué à l’EI date du 20 juillet 2015 à Suruç. Dans cette ville majoritairement kurde, située près de la frontière syrienne, une explosion a interrompu un rassemblement d’étudiants, volontaires à la Fédération des associations de jeunes socialistes. Cet attentat-suicide a fait 33 morts et plus de 100 blessés.

L’attentat de Suruç est le premier d’une série d’attentats qui seront attribués, par les autorités turques, à l’EI, sans être pour autant revendiqués par l’organisation jihadiste. C’est le cas à Ankara, le 10 octobre 2015, lors d’un attentat-suicide qui fait au moins 102 morts et plus de 500 blessés. Il s’agit à ce jour de l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de la Turquie. Une autre attaque, le 28 juin 2016, à Istanbul cette fois, est attribuée à l’EI, mais non revendiquée : à l’aéroport international Atatürk, 47 personnes sont tuées dans un triple attentat-suicide.

Accusé de nombreux attentats, l’EI en a revendiqué un seul

Cette absence de revendication s’explique alors par le fait que l’EI « ne veut pas donner l’impression qu’il menace la Turquie laquelle est son seul lien avec le monde », explique le chroniqueur turc Kadri Gürsel à Slate. Mais cette stratégie de communication a changé le 4 novembre 2016. L’EI revendique alors, pour la première fois en Turquie, un attentat à la voiture piégée à Diyarbakir, qui fait neuf morts, dont deux policiers. Toutefois, cet attentat est aussi revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), une organisation terroriste indépendantiste kurde.

Comme l’explique un article du Monde, « pour [l’historien] Romain Caillet et [le journaliste à France 24] Wassim Nasr [spécialiste des réseaux jihadistes], ce changement témoigne de l’évolution des relations entre la Turquie et l’EI. Pendant longtemps, Ankara a laissé les combattants de l’organisation traverser sa frontière avant de s’attaquer frontalement à ses positions. »

En 2016, l’EI n’a cessé d’être accusée par les autorités turques de plusieurs attentats, comme des attentats-suicides à Istanbul, le 12 janvier (douze touristes allemands tués), ou le 19 mars (quatre touristes tués, dont trois Israéliens et un Iranien, ainsi que 36 personnes blessées).

Mais l’attentat le plus meurtrier de 2016 en Turquie a été celui de Gaziantep (sud-est), le 20 août : lors d’un mariage, 57 personnes, dont 34 enfants, sont tuées et près de 100 blessées. Le kamikaze, qui portait une ceinture explosive, était un adolescent de 14 ans.

Le conflit kurde, à l’origine d’attentats meurtriers

Mais la Turquie n’est pas attaquée que par le groupe jihadiste de Daech, mais aussi par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et ses différentes émanations. La reprise du conflit kurde en 2015 a amené des organisations indépendantistes kurdes à mener des attentats terroristes. Ceux-ci visent souvent des policiers ou des militaires et ont souvent recours au même mode opératoire, à savoir la voiture piégée ou l’attentat-suicide.

Le plus meurtrier date du 10 décembre : un double attentat dans le centre d’Istanbul fait 44 morts et une centaine de blessés. Une voiture piégée a explosé près du stade de football de Besiktas au passage d’un car de policiers et un kamikaze s’est fait exploser moins d’une minute plus tard, au milieu d’un groupe de policiers dans un parc voisin. L’attentat a été revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), groupe issu d'une dissidence du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Les « différentes organisations [kurdes] sont intimement liées »

En 2016, les TAK ont revendiqué de nombreux autres attentats, notamment à Ankara le 17 février (une voiture piégée visant des militaires fait 28 morts et 80 blessés) et le 13 mars (35 morts et plus de 120 blessés dans un attentat à la voiture piégée). Les TAK ont également visé, le 7 juin, un car de policiers anti-émeutes à Beyazit, quartier historique d’Istanbul, dans un attentat à la voiture piégée, qui a fait 11 morts, dont 6 policiers.

Le groupe TAK, classé sur la liste des organisations terroristes par la Turquie, les États-Unis et l’Union européenne, se veut indépendant du PKK. Mais pour Sinan Ülgen, président du Center for Economics and Foreign Policy, cité par Le Point, « ces différentes organisations sont intimement liées, les lignes d'appartenance sont troubles ».

Et le PKK est également responsable de plusieurs attentats en 2016 en Turquie. L’un a été officiellement par le PKK, celui de Cizre, le 26 août, lorsque 11 policiers ont été tués dans un attentat-suicide à la voiture piégée. Deux autres sont attribués au PKK : le 9 octobre, l’explosion d’une camionnette piégée devant un poste de police de Semdinli fait 18 morts et, le 17 décembre, un attentat-suicide tue au moins 14 soldats turcs et fait des dizaines de blessés à Kayseri.

L’assassinat de l’ambassadeur russe, attribué au réseau de Fethullah Gülen

Avant la tragédie du Nouvel An dans la boîte de nuit la Reina, le précédent attentat était l’assassinat à Ankara de l’ambassadeur de Russie en Turquie, Andreï Karlov, par un policier turc affirmant agir pour venger le drame de la ville d’Alep en Syrie.

Le policier en question, Mevlut Mert Altintas, tué quelques instants après son crime, serait, selon le président Erdogan, membre du réseau de Fethullah Gülen, un prédicateur turc réfugié aux Etats-Unis, ennemi du président turc. Mais Gülen, également accusé, à tort selon lui, d’avoir orchestré la tentative de coup d’Etat en juillet dernier, nie ces allégations.

RFI

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Écrit par  RFI