Jean-Philippe Audoli : “ La Côte d’Ivoire sera la plate-forme musicale du monde entier ”
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Jean-Philippe Audoli : “ La Côte d’Ivoire sera la plate-forme musicale du monde entier ”

lundi, 22 avril 2013 01:04
Jean-Philippe Audoli Jean-Philippe Audoli Crédits: A. Kipre

Violoniste hors pair, Jean-Philippe Audoli est porteur d’un projet visant à faire de la Côte d’Ivoire la plaque tournante de la musique mondiale.

Vous envisagez de construire une Maison des musiques d’Afrique. Quel est le but de ce projet ?

Le but de ce projet est de doter l’Afrique d’un outil exceptionnel, c‘est-à-dire créer une institution pour la culture. Aujourd’hui en Europe, on essaie de faire du ‘’off’’ dans nos institutions. En Afrique, on peut créer une plate-forme comme une cité artistique qui permettrait aux artistes du monde entier de se réunir et lancer de nouveaux courants.

De façon concrète, comment cela va-t-il se faire ?

Le projet permettra de construire une salle de spectacle de 2500 places à Abidjan avec un réseau de diffusion et de production des spectacles en direct à travers le monde via Internet. Tous les artistes qui passeront sur cette scène auront une copie de leur disque virtuel et physique avec des vidéos. Il y  aura une communication mondiale puisque Google qui est notre partenaire fera la promotion mondiale des contenus ; ce qui dotera l’Afrique d’un outil que personne n’a dans le monde. La Côte d’Ivoire sera aussi la plate-forme musicale du monde entier.

Pourquoi le choix de l’Afrique, alors que vous êtes Français ?

Presque la totalité des musiques populaires mondiales sont d’origine africaine, mais seulement 4% de la production se fait en Afrique. Il est  temps qu’on rééquilibre cela.  L’idée, ici, est de ne pas donner un visage de la culture africaine, mais qu’elle soit l’hôte de toutes les musiques du monde.   

Quel est votre plan d’action pour rehausser le taux de la production des œuvres à plus de 4% ?

A partir du moment où vous avez un endroit où les gens viennent créer et qu’une fondation rassure qu’elle garantit l’intérêt général, c’est-à-dire la sauvegarde du patrimoine, les recherches, la valorisation ethnique et la  recherche des jeunes talents pour les mettre en contact avec des talents du monde, on imagine que cela va créer de nouveaux courants et améliorer les choses.

Selon vous, pourquoi les artistes s’y joindraient-ils ?

Nous allons créer une société de production qui sera redistributive pour les artistes. Il y aura, entre autres, les plus grands, les petits et les nouveaux talents d’Afrique. A ce potentiel, on ajoute la chance d’avoir un outil considérable avec des partenaires de la communication, de façon à inonder le marché et gagner sur la production mondiale. 

Avez-vous le soutien des talents africains pour atteindre votre objectif ? 

Cela fait 20 ans que je me produis en Afrique. J’ai joué dans 42 pays au total. J’ai rencontré d’innombrables talents  et porté volontairement mon choix sur la Côte d’Ivoire.

Pourquoi la Côte d’Ivoire?

La diversité ethnique (64 ethnies) de ce pays a symbolisé l’idée que je rencontre des perspectives de talents d’origines diverses, pouvant être nécessaires à la réalisation de cette idée de rencontre à travers la musique qui n’a pas de langage universel. Donc si nous voulons unir les peuples, faisons - le à travers la musique.

Quelle est la position de l’Etat ivoirien concernant le projet?

Lorsque je suis allé voir les décideurs politiques et économiques d’ici, je leur ai dit que je voulais aider à créer une économie culturelle. C‘est-à-dire faire en sorte que les artistes n’éprouvent plus le besoin de quitter l’Afrique pour aller vivre ailleurs. J’ai présenté le projet et j’attends leur accord pour l’exécuter. Ce qui est aussi intéressant, c’est que tous les artistes, grands, peu connus, modestes mais talentueux que j’ai pu rencontrer, voyant qu’ils trouveront à la fois un marché et une activité, sont parties prenantes de l’activité.  A tel point qu’en allant sur le lieu que je convoite pour le projet d’aucuns se sont mis à genoux pour dire : « Enfin !, au cœur d’Abidjan, notre génération pourra bénéficier d’un endroit symbolique qui mettra la culture au cœur d’une grande ville ».

Vous avez sorti une œuvre intitulée « Un violon en Afrique », pourquoi un tel titre ?

Depuis 20 ans, j’ai voulu joindre cet instrument aux réalités africaines. Le violon est l’instrument du nomade et de l’âme, c‘est-à-dire quelque chose que les violonistes gardaient sous leurs manteaux pour parcourir l’Europe de l’est. Il est aussi un instrument de la raison parce qu’en le jouant, on fait la corrélation entre la foi et un grand nombre de phénomènes. Si vous en êtes un tout petit peu proche, le son qui en sort est horrible. Il est tellement précis et vibratoire que depuis l’âge de quatre ans que j’en joue, je suis toujours dans l’équilibre de recherche de précision pour que la vibration se fasse. Je l’introduis ici comme un instrument vibratoire au cœur de l’Afrique qui peut aider à réunir tout cela.

 Avez-vous déjà échangé avec des instrumentistes ivoiriens pour la mise en œuvre de ce projet?

En arrivant ici, j’ai pris attache avec plusieurs instrumentistes ivoiriens avec qui nous avons fait le disque « Un violon en Afrique » qui vient de sortir.

Dans cette œuvre, quand vous prenez l’arc-à- bouche, qui est une corde tendue qu’on frappe avec un petit roseau, le violon, une mini guitare qu’on frotte pour obtenir des sons, ce sont deux instruments qui se complètent.

Pouvez-vous donner quelques noms d’artistes nationaux que vous avez rencontrés ?

Il y a Tiken Jah, Alpha Blondy et Georges Momboye qui s’occupera de la danse. Sans oublier les artistes de l’Insaac qui ont participé à mon disque et leurs professeurs de musique.

Quelle sera la place des tendances ivoiriennes actuelles, à savoir le zouglou et le coupé-décalé dans ce projet ?

Puis ce que j’appelle mon projet la Maison des musiques d’Afrique (Mam) et non d’une seule musique, ces tendances seront présentes, mais mélangées à d’autres genres pour créer quelque chose d’exceptionnel. Alpha Blondy me disait, lors de notre dernière rencontre, qu’il voulait enrichir sa musique d’autres courants. Imaginez ces artistes, avec le talent qu’ils ont, cela donnera une visibilité beaucoup plus importante.

Quelles sont vos relations actuelles avec le Quatuor Ludwig ?

J’en suis le premier violon depuis 27 ans. Nous avons fait le tour du monde, on est probablement le quatuor européen le plus connu. Nous avons fait près d’une vingtaine de disques et obtenu pleins de grands prix.  Le Quatuor, c’est une carrière importante,  mais dans une niche. Pourtant la musique classique n’a pas la même audience qu’avant.

Elle demande jusqu’à 10 ans pour trouver une sonorité exceptionnelle. Elle est, à la fois, la formation la plus intellectuelle, la plus spirituelle et la plus compliquée.

interview réalisée par

Hervé Adou

Stagiaire

 

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