Gloire et déclin apocalyptique de Macaire Etty : Baptême du feu en clair-obscur pour un critique éclairé
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Gloire et déclin apocalyptique de Macaire Etty : Baptême du feu en clair-obscur pour un critique éclairé

dimanche, 03 novembre 2013 13:37

De cette livraison printanière livresque d’Etty, Josué Guébo, président de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire (Aeci) fait ce commentaire: «Ce livre de portée universelle a une dimension mythique et éducative».

Gloire et déclin apocalyptique de Macaire Etty : Baptême du feu en clair-obscur pour un critique éclairé

Macaire Etty, enseignant et critique littéraire prolifique, blogueur et chroniqueur qui se fait un nom dans le microcosme des lettres en Côte d’Ivoire et dans l’aire panafricain francophone depuis quelques années, a sorti, sous peu, Gloire et déclin apocalyptique. Sa première œuvre éditée et parue en 2012 chez dhArt, collection Sociétés, Ontario, Québec (Canada), 200P.

De prime abord, au-delà du contenu thématique ou de sa portée sociohistorique, c’est l’esthétique créatrice de l’auteur qui intrigue.  En effet, la question qui s’impose et qu’on lui oppose, est celle de savoir comment et pourquoi un critique d’une finesse d’analyse pour l’œuvre des autres, en est-il arrivé à une nébuleuse forme d’expression, entre mythe, légende, épopée, roman, essai, traité ou conte philosophique ? Subsidiairement, le lecteur qui  perçoit entre les lignes la démarche axiologique et utilitaire de l’ouvrage de Macaire Etty, en revient à se demander pourquoi il n’a pas écrit son livre plus simplement ? Autrement dit: de quelle reconnaissance avait-il besoin, à qui voulait-il faire plaisir ou, plutôt, qui voulait-il impressionner ?

Patchwork de genres

De cette livraison printanière livresque d’Etty, Josué Guébo, président de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire (Aeci) fait ce commentaire: «Ce livre de portée universelle a une dimension mythique et éducative». Son éditeur, a posteriori, dans la postface, souligne que «cette œuvre romanesque légendaire est un sanctuaire des pratiques de gouvernance, d’organisation des Etats, de conseil, de leadership…».  Donc, à maints égards, il s’agit, à la fois d’un mythe universel, d’un roman, d’une légende, d’un traité de science politique, d’un manuel de coaching. A foison, l’on se perdrait à vouloir définir le genre de   Gloire et déclin apocalyptique. Au plan littéraire pur. Mais, de toute évidence, c’est un poète. Cela se ressent tout au long de son récit romancé.

Trame mélodramatique

Racontant l’histoire du roi, Tounka, le livre relate l’histoire du «Roi-courage», qui tenait les rênes du royaume des Klys avec un attachement sans pareil. Jamais Roi n’avait mérité son nom. Travailleur, généreux, blagueur, passionné de justice et de sainte équité. Jamais en défaut, Tounka avait tout exploré de son royaume, il connaissait son peuple, le royaume des Klys jusqu’au trésor caché du fleuve Pororo. Et on le lui rendait bien. Mais seulement voilà. Tounka était un roi seul. Aucune présence féminine à ses côtés. Aucune âme, aucune femme. Qu’adviendra- t-il s’il venait à disparaître ? Une descendance s’imposait. Un héritier. Le roi-courage se devait de trouver une femme. Et malgré les murmures, l’acharnement de ses conseillers, il attendait, refusait les propositions qu’on lui faisait. Il attendait. Peut-être le précis moment de voir son cœur battre, imprégné du véritable amour dont il rêvait. Et était-ce ce moment-là ? «La Grande Fête». Ce jour commémorant la montée au trône de Tounka. De toutes ces acclamations, de ce vacarme festif, de ces poignées de main qu’il donnait ça et là, Tounka devenait absent par ce regard qu’il dirigeait vers cette inconnue. «Il n’était plus là, il se sentit transporté dans un lieu de plénitude édénique. Il ne voyait plus rien d’autre que cette jeune fille à la beauté tonitruante». C’était Miella qui scintillait «comme une luciole dans une nuit sans lune». Tounka avait enfin trouvé sa femme. Le roi avait trouvé sa reine. Et de cette créature, il avait gardé des souvenirs qui ne se vidaient plus. Et la nuit tombée, de chanter, de poétiser ses rêveries amoureuses.   Refusons de qualifier de geste ce cocktail de générique chez Etty, même s’il y puise, abondamment, des caractéristiques, avec une poésie abondante, entre épopée et requiem, pour inscrire ce propos de Macaire Etty dans l’esprit et la lettre du conte philosophique.

Rappel et comparaison conceptuels avant analyse contextuelle et thématique.

Du conte philosophique de Voltaire revisité

Un conte philosophique est une histoire fictive, produite par l’auteur dans le but de peindre une critique de la société et du pouvoir, le plus souvent fustigée dans toutes ses dimensions (mœurs de vie mondaine/rurale, pouvoir politique, arts, intolérance religieuse). Ce texte est rédigé selon la structure d'un conte, dans le but de se soustraire à la censure, tout en restant compréhensible. En effet, sous le voile de la fiction, se profile la plume acérée de l'auteur, constituant l'essence même de la pensée de ce dernier. Pour s'adresser à un lectorat mondain et influent, il est nécessaire de piquer sa curiosité pour lui ouvrir les yeux sur les réalités sociales ou culturelles qu'il ne sait ou ne veut pas discerner.

Étant également une manière pour les philosophes de défendre leurs idées, ce genre a été particulièrement utilisé par les philosophes des Lumières, notamment par Voltaire, dans Candide ou encore Zadig.

Le mâle est fait…

 Or, que nous propose Etty ? D’abord, tel que sa dédicace l’édicte, l’ouvrage s’adresse  «A tous les chefs d’Etat qui ont compris la dimension de l’humanisme dans l’exercice de leur fonction».  Propos politique donc. Un peu donc, sans s’en targuer de façon ostensible, mais  dans la même veine du Prince de Machiavel, Gloire et déclin soumet à sa trame actancielle l’action d’un jeune souverain transigeant avec la loi: la femme qu’il entend porter sur le trône, sans être de lignée multiséculaire établie dans l’Etat suscite une levée de boucliers des caciques et autres tenants la thèse identitaire. Au niveau des mœurs, le livre est une ode à la dulcinée du Prince. A l’amour exalté de la femme aimée dont seuls les vers poétiques peuvent en traduire la musicalité. A contrario, la société (se) refuse à toute mise à niveau égalitaire entre l’Homme et la Femme. Bien plus encore, pour une femme issue de l’immigration. Un peu comme les thèses esclavagistes et misogynes combattues par Voltaire dans Candide.   

D’ombre et de lumière

Dans Candide, justement,  Voltaire décrit le parcours d'un jeune homme naïf qui va parcourir le monde pour trouver les réponses aux questions métaphysiques qu'il se pose et pour retrouver Cunégonde, son amoureuse. Il est accompagné de Pangloss son mentor, un philosophe pour qui tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Or, in fine, l’histoire de Tounka, le Roi-Courage et lumière du royaume Klys et de l’immigré, Miella, la femme aux allures de «Signare» au sens senghorien, plonge dans «le suspenses des trames identitaires, des énigmes, des tragédies et de la subtilité de la vie !». Car, comme Pangloss-le-philosophe à l’optimisme à tous crins sur fond d’altérité permanente à travers le périple terrestre de Candide et la quête inlassable du savoir, Gloire et déclin postule que pour ne pas sombrer dans le chaos, dans l’apocalypse, le souverain doit avoir à l’esprit que «la lumière de la connaissance est une couronne qui ouvre la voie de la paix et de la prospérité».

Leçon politico-moraliste

En tout état de cause, le dessein de l’auteur transparaît entre les lignes. Incliner les dirigeants africains à ne pas se conduire en despotes. Mêmes éclairés. Une posture qui inclut la démarcation de la chose publique (res publica) d’avec la vie privée, de l’intérêt communautaire, de l’intérêt personnel. Le parallèle avec l’actualité récente de la Côte d’Ivoire et, à d’autres égards, avec bien des pays du continent, n’est point surfait.

Au sortir de la lecture de l’ouvrage,  Manchini Defela, auteur, architecte,  journaliste et critique littéraire relève : «Peuples d’Afrique, «écoutez, vous qui rêvez d’une nouvelle Afrique, [oui Tounka] fut un grand roi, [sage, pétri de lumière, mais… Tounka est mort par asphyxie de la connaissance, pour s’être vu dans le miroir de ces Rois africains, ce miroir gringalet qui reflète ces diableries : « tout appartient au roi, terres et peuples » Tounka est parti en croyant même que le soleil et ses astres lui appartenaient. Tounka est mort comme un chien, pourtant un grand roi. Tout est dit, tout est clair, toujours lever la tête quand on fonce. La vie garde tout. La vie écoule tout. Rêver est une chose, réaliser son rêve en est une autre… Avant de passer le cap du rêve à son accomplissement, il faut toujours saluer la raison».

De la mesure et du ton

«Toute littérature porte la marque de l’identité. Ainsi, on reconnait à sa façon d’écrire un écrivain français ou un écrivain américain, un écrivain africain ou un écrivain japonais. La littérature américaine aime la démesure, les outrances dans tous les domaines. La littérature japonaise et chinoise se veut plus spirituelle et insiste sur le sens de l’honneur. Quant aux œuvres littéraires africaines, au-delà des thèmes, elles portent le sceau de la mesure dans le ton». Dixit Macaire Etty in 100pour100culture.com. Cette assertion de l’auteur, à travers une de ses chroniques, même si elle concernait la thématique  de «Littérature africaine et sexe», vaut pour son premier livre. 

De l’échec du roi-savant !

C’est ainsi que pour ne pas tancer par la voix (la voie) de ses personnages, il use de toutes les subtilités langagières pour interpeller les hommes de pouvoir.  Illustrations: «De la gloire à la guerre et au déclin apocalyptique, les voies sont nombreuses, mais celles relevant de l’autisme et de la cécité des cœurs sont les plus incompréhensibles et les plus dramatiques ! La gloire ou la misère des peuples sont à la volonté des caprices et à la l’image des conseillers et des souverains (…) ; Il rêvait de gloire, pas de gloire que donnent les exploits guerriers, mais celle que procure la prospérité économique et sociale. Il rêvait de devenir un roi-savant».

Simples similitudes ?

L’auteur et son éditeur, s’ils avertissent que «de génération en génération, les légendes, les histoires, les mythes ou les fables africains traditionnels sont transmis par les griots relatant la vie ou le règne téméraire et fougueux des rois, la vie dans les royaumes ainsi que les interactions des humains avec les dieux, les esprits, les génies dans le polythéisme divers, pour la survie et la protection de leur pouvoir et existence», ne le disent que trop bien. Au point qu’une panoplie de similitudes se fait jour avec une autre œuvre et un auteur ivoirien, non moins célèbres: L’œuf du Monde, Banalanh’ng d’Amadou Kourouma. Thématiques et aires culturelles, personnages et intrigues, dénouements et desseins se mêlant à l’envi. Pendant que Macaire Etty porte sa plume dans les méandres sociohistoriques des Soninké (Sarakolé) et rend hommage à l’empire du Ghana, Amadou Koné revisite le mythe fondateur du monde des Zerma et de l’empire Haoussa.  Toutefois, à toutes les deux, les adaptations se révèlent être une autre appropriation de la Charte du Manding dite  du Kouroukan Fouga, l’une des  premières constitutions démocratiques connues.

La charte du Manding (ou Mandé), ou encore, en langue malinké, Manden Kalikan, est, en effet, un texte oral, dont l'authenticité n'est pas sérieusement mise en doute, contemporain du règne du premier souverain Soundjata Kéita qui vécut de 1190 à 1255. Elle  aurait été solennellement proclamée le jour de l'intronisation de Soundjata Kéita comme empereur du Mali à la fin de l'année 1236. Il n'en existerait pas, cependant, de trace écrite antérieure aux années 1960. Au même titre que la Magna Carta éditée en 1215 en Angleterre, ce texte est considéré comme l'une des plus anciennes références concernant les Droits fondamentaux. Pour cette raison, il est inscrit depuis 2009 par l'Unesco au patrimoine immatériel de l'Humanité. Cette reconnaissance confirme la valeur juridique et la portée universelle de la Charte du Mandé.

L’œuf du Monde, Banalanh’ng est un récit. Emprunté au genre oral Banalanh’ng qui, dans la langue cerma, est un récit, une fresque oratoire relevant à la fois de la devinette, de l’énigme, du conte et du mythe. En fait, l’auteur use de la subtilité de cette conjugaison de genres oraux ; le langage détourné de la représentation symbolique apparaissant alors plus efficace que la peinture réaliste des massacres, mutilations et misères infligés à l’humanité et à la nature.

Ce qui fait écrire au préfacier, Kandioura Dramé (University of Virginia, Usa): «Filant avec ingéniosité les fils d’or et d’argent du mythe et du conte dans la trame de son histoire, Koné a trouvé, à son tour, un moyen original et efficace de dénoncer le cortège de malheurs que traînent les dictatures sanglantes qui s’emparent des pays africains, épouvantent les populations et sapent leurs forces de renouvellement depuis bientôt un demi-siècle».

Le schéma actanciel: Fin-ba, La-Grande-Chose, descend sur une contrée, en vérité une petite île peuplée en grande partie de paysans occupés à leurs activités productives. La-Grande-Chose s’acharne à coups de violence et de magie sur les malheureux habitants du pays afin de les asservir complètement. Conjuguant habilement les forces alliées du mal, il torture les populations sans répit, avec sept Commandements, tour à tour, édictées pendant son règne.

Rattachant la situation de l’Afrique contemporaine à son fonds culturel ancien, ce livre réussit à faire passer, avec une finesse inouïe, une méditation profonde sur le présent des peuples africains.

Quête initiatique

C’est Zacharie Acafou dans ses  «Notes de lecture d'œuvres littéraires africaines d'expression francophone» qui soutient que «Macaire Etty est en haut, nous sommes en bas. Il nous délivre un message. Le reçoive qui peut». Disons tout de suite que même si cela recèle une part de vérité, ce n’est pas pour autant qu’il faille taxer le livre d’ésotérique. Entre quête didactique et introspection ontologique, l’on se rend à l’évidence que l’auteur s’inscrit et invite à une quête initiatique. Sur le chemin des Anciens, des Initiés ; anciens et initiés qui, ne mourant jamais, peuvent être interrogés à tous instants par le tribunal de la raison et à l’aune de leurs gloires et déclins. En définitive, Macaire Etty semble avoir écrit pour avoir leur onction dont les prochains écrits traduiront la sanction.

REMI COULIBALY

Gloire et déclin apocalyptique, 2012, Editions adhArt, Québec/Ontariio

(Canada), 200P.

 

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