• Accueil
  • Culture
  • Fespaco 2019: Clap d’ouverture, ce soir, pour une édition historique

Fespaco 2019: Clap d’ouverture, ce soir, pour une édition historique

vendredi, 22 février 2019 20:20
Fespaco 2019: Clap d’ouverture, ce soir, pour une édition historique Crédits: DR

La 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision qui s’ouvre à Ouagadougou marque les 50 ans d’un événement culturel africain de référence. En Guest Star, le groupe musical ivoirien Magic System.

« Quand on explique la folie, il n’y a plus de la folie », assène, un brin malicieux, Yacouba Traoré. Le journaliste-écrivain, ancien directeur général de la RTB (Radio-télévision burkinabè, désigné président du Comité d’organisation de la vingt-sixième édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (Fespaco), met les bouchées doubles, à quelques heures de l’événement, pour faire entrer ce Fespaco pas comme les autres, dans les annales de l’histoire.

Au stade municipal Issouf Joseph Konombo où il s’affaire avec une meute de techniciens algériens et burkinabè, pour que le son soit impeccable le jour-J, il promet, à notre micro, ce qu’il serine depuis sa prise de fonction : « Nous offrirons un Fespaco de folie pour ce cinquantième anniversaire du Festival ». En même temps qu’il nous parle, le PCO (président du comité d’organisation) comme on l’appelle désormais, répond aux sollicitations du ministre burkinabè de la Culture, lui aussi présent dans l’enceinte du stade, pour s’enquérir des derniers développements et s’assurer que rien ne viendra gâcher la belle fête promise.

Le Pco ne veut pas tout dire, gardant sans doute le meilleur pour ce soir. Sur le coup de 17h, le Président du Faso, Roch Kaboré, devrait faire son entrée dans ce stade de 25 000 places où se déroulera la cérémonie d’ouverture.

«Tout est réglé, le conducteur de l’ouverture est pratiquement prêt, confie-t-il. La cérémonie va durer deux heures avec une partie extérieure jour et une deuxième partie extérieure nuit pour les hommages aux anciens et aux disparus. Imaginez un petit film avec Idrissa Ouédraogo, Missa Hébié, enrobé avec la musique de «Testament» d’Apolline Traoré, ce n’est pas beau ça !», s’enthousiasme-t-il, alors que des amazones à cheval s’entraînent, dans un coin du stade, avant la parade inaugurale traditionnellement conclue par le saut du cheval cabré devant la tribune officielle.

« On ne peut pas le raconter. Il faut le voir, ce sera contemplant », annonce à des confrères, Bilgho Akaramata Kora, plus connu sous l’appellation Bil Aka Kora, patron de Djongo Diffusion, la structure retenue pour le plateau artistique du festival.

« En fait, ce que je veux dire, explique-t-il, c’est qu’on veut rompre avec l’habitude. Il n’y a pas un spectacle d’ouverture et de clôture à l’intérieur de la cérémonie. C’est toute la cérémonie qui devient un spectacle : l’arrivée du président, les interventions, les discours, les artistes qui jouent à l’intérieur, il faut que cela ait un lien avec le cinéma. On a d’abord repéré tout ce qu’on fait comme musique sur le Fespaco qu’on a rafraîchi, des chansons qui ont marqué le Fespaco, et ce sont des extraits de musiques de films que l’on joue à l’intérieur ».

A l’en croire, tout cela a été scénarisé de telle sorte que tout ce qui s’enchaîne donne une logique ; même sur la scénographie, il faut qu’on sente, qu’on se rappelle qu’il y a non seulement les 50 ans, mais aussi qu’on sache qu’on parle de cinéma. C’est tout ça que l’on veut mettre en place et il y a énormément de personnes qui travaillent avec moi. Si j’en cite, je vais oublier ».

Beaucoup de monde, en effet, pour cette 26 e édition hors norme. Sur le plan de la célébration, une équipe est déjà à pied d’œuvre pour sa réussite.  Ce sont, entre autres, Bil Aka Kora, artiste musicien, Ildevert Méda, metteur en scène, Evariste Kombary, directeur de la télévision nationale, Siriki Ky, sculpteur, Lamoussa Yaro, l’équipe des « Récréatrales », la fanfare nationale. Le délégué général du Festival Ardiouma Soma veille au grain, Yacouba est à la manœuvre et le ministre de la Culture fait office de tour de contrôle.

Le son. Imagine-t-on un spectacle cinémato-musical avec un son approximatif ? Au Fespaco 2019, les autorités du festival ont sorti le grand matos. 13 Algériens au total (des techniciens pour la plupart), selon nos confrères burkinabè, ont débarqué à l’aéroport international de Ouagadougou avec 17 tonnes de matériel de son et de lumière. Envoyée par l’Etat algérien, la délégation a été désignée pour assurer la bonne diffusion du son et la lumière des différents spectacles programmés pour les cérémonies d’ouverture et de clôture de la 26 e édition du Fespaco, croit-on savoir.

Quant au Festival lui-même, il ne devrait ressembler à aucun de ses devanciers. Là où ils n’étaient que 10 000 à la création du festival en 1969 (sous la sobre dénomination semaine du cinéma africain », ils seront 100 000 spectateurs à suivre les 450 projections prévues dans neuf salles de cinéma de la capitale burkinabè, mais aussi à Bobo Dioulasso et à Ouahigouya, les deux autres principales villes du pays, assurent les organisateurs. En outre, 4 500 professionnels du septième art sont attendus à ce rendez-vous du jubilé d’or d’un festival devenu une référence sur le continent.

Le Festival entend honorer les cinéastes africains ayant fait le renom de cet art, et du Fespaco lui-même. Du premier vainqueur de l’Etalon du Yennenga (récompense suprême), le Nigérien Oumarou Ganda à Alain Gomis, premier de la cuvée 2017 en passant par les références que sont Sembène Ousmane, Djibril Diop Mambéty, ou Dikongué Pipa et Abderahmane Sissoko, des hommages grandeur nature seront rendus tout au long des huit jours du festival qui s’achève le 2 mars. L’hommage à l’immense burkinabè Idrissa Ouédraogo devrait constituer un des grands moments d’émotion de ce Fespaco 2019 dont le clap d’ouverture sera donné dans la soirée par le Président Kaboré.

Un moment également fort qui devrait replonger les nostalgiques dans l’ambiance de 1969, lorsque le Président Sangoulé Lamizana ouvrait, assisté des membres de son gouvernement, la première édition d’une semaine cinématographique devenue biennale.

Peu après la cérémonie d’ouverture, place au film d’ouverture, The Mercy of the Jungle, du cinéaste Joël Karekezi, du Rwanda, pays invité d’honneur de cette édition cinquantenaire où dansera aussi le ballet national du Rwanda. Lieu de projection : le Ciné Burkina, salle célèbre et mythique où un public en liesse accueille le cinéaste avec chants et danses, comme une Rock star. Que la fête commence !

Valentin Mbougueng
envoyé spécial à Ouagadougou