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Bomou Mamadou : « Le président Alassane Ouattara me l’avait dit »

lundi, 20 août 2018 16:07

Fait officier de l’ordre national, le transfuge du village Kiyi revient sur la décoration et parle de ses prochains albums et concert prévu pour le mois de décembre

Bomou Mamadou :  « Le président Alassane Ouattara me l’avait dit »

Vous attendiez-vous à être décoré ?

C’est vrai que je reçois ça et là, régulièrement des félicitations de la part de mes concitoyens mais de là à être décoré, non je ne m’y attendais pas du tout.

Vous n’en avez même pas du tout eu vent ?

C’est vrai que le premier ministre Gon Goulibaly m’avait dit à Yamoussoukro lors de la rencontre du Traité d’amitié et de coopération (Tac) qu’il était temps que je sois décoré. Il a tenu parole. Ce qui est rare de la part des politiques pour qui la promesse n’est pas une dette. Je remercie donc le premier ministre.

Je remercie également le président de la République qui à l’investiture de l’ex gouverneur de la Bceao, Dacoury Tabley, m’avait dit après l’une de mes prestations : « Mamadou quand je serai président je vais t’aider. » Ouattara me l’avait dit.

Savez-vous pourquoi ?

Il apprécie mon travail puisqu’une fois, il m’a reçu en présence de Wêrê-Wêrê Liking et a dit à Henriette Diabaté qui n’était pas encore grande chancelière : « Regardez ce jeune homme, il fait du bon travail. Quand je serai président je vais l’aider.» Et quand il l’est devenu, il m’a appelé. J’ai pris part à la réunion des chefs d’Etat de l’Uemoa et il était fier et m’a informé que c’est le président sénégalais Abdoulaye Wade qui, de moi, lui avait dit grand bien. Je crois que cette distinction est une reconnaissance.

Gon Coulibaly, Alassane Ouattara, Abdoulaye Wade.., vous donnez l’impression d’être un artiste non pas politique forcément, mais de politiques.

 Ceux qui me connaissent savent que je ne le suis pas. Aucune de mes productions n’a chanté leur nom. Je me remets toujours en cause et l’œuvre qui m’a propulsé c’est bien Nlelo (Ndlr : chanté en shona, Ashanti, malinké, français, Yorouba et sorti le 9 novembre 2001, l’album été arrangé par Marcelin Yacé et a connu un franc succès d’estime) dans lequel je prends et assume ma responsabilité vis-à-vis du destin de l’Afrique dont les artisans se doivent d’être les chefs d’Etat en particulier. Ce sont eux la représentativité de nos communautés. Ma parole dans Nlelo sans être arrogante reste choquante. Dès cet instant, je ne peux pas être un artiste de politiques.

‘‘Griot des temps modernes’’, cette périphrase pour vous désigner vous gêne-t-elle ?

Ça me gêne vraiment. Je n’aime pas ce terme tout comme je n’aime pas le terme slameur, en vogue actuellement. Je n’aime pas la mode. Le mot griot a aujourd’hui une connotation péjorative, je le préfère dans sa connotation traditionnelle qui renvoie à l’idée de porte-parole que je suis car j’ai ma voix dans l’évolution de la nation, du pays. Malheureusement aujourd’hui le griot est perçu comme ce chanteur de louange capable de dire de quelque chose de vilain que c’est très beau dans sa course effrénée vers l’argent. Si j’avais voulu l’argent je serais devenu millionnaire pour avoir chanté les politiques.

Ne le faites-vous pas d’une certaine façon lors de ces investitures, ces sommets, ces traités pendant lesquels vous êtes élogieux… ?

Je ne suis élogieux souvent qu’à des baptêmes, mariages ou anniversaires. Ça c’est vrai. Mais jamais quand il s’agit de nos politiques que j’arrive à mettre face à leurs responsabilité et destin.

Puis-je avoir un exemple ?

Micro en main, face à eux, je leur ai dit que l’Afrique est belle, est le continent le plus riche mais nous faisons d’elle le continent le plus pauvre. Elle est dite berceau de l’humanité mais nous en faisons un cimetière.

Mais comment pouvez-vous soutenir que l’Afrique est belle quand ses fils la fuient, parfois même à la nage ?

C’est ce pourquoi j’ai décidé moi de réussir ma carrière à partir d’ici. Je suis  la preuve vivante qu’on n’est pas obligé de s’exiler pour réussir à vivre de son art. J’exerce mon métier, j’en vis décemment. Mais attention j’y mets toute la rigueur, toute la discipline requise. L’Afrique est belle parce qu’elle est le continent de partage. Malheureusement par la culture de la médiocrité, l’ignorance les gens finissent par l’enlaidir par endroits. Mais elle reste belle. Sachez la regarder.

Je fais partie de ceux qui n’ont jamais rien demandé au ministère de la culture pour un projet quelconque. J’aurai pu le faire puisque le ministre Bandaman est à la fois un frère et un ami. Je ne demande pas  l’argent à la présidence non plus pour soutenir mes projets.

N’est-ce pas parce qu’on vous en donne peut-être spontanément que vous n’avez finalement pas besoin d’en demander ?

(Rire). Les yeux confondent l’or et la charogne avec la même indifférence. Heureusement que certaines personnes savent reconnaitre que Bomou fait du beau travail et elles lui donnent de l’argent. Tous les présidents m’ont donné de l’argent : le président Laurent Gbagbo, le président Alassane Ouattara ; son épouse également, le président Abdoulaye Wade et bien d’autres autorités…

Etes-vous riche ?

Oui ! Je le suis. Si je dis que je suis pauvre un arbre va me tomber dessus. Au regard de toutes ces personnalités, tous ces hommes d’Etat, tous ces enfants qui s’arrêtent et m’arrêtent à ma vue, je serai malhonnête de soutenir que je ne suis pas riche. Il arrive par exemple que mon texte Nlelo soit étudié en cours par des élèves. Je vous informe qu’au Lycée de Kong, il sera initié le prix Bomou Mamadou. Je suis donc riche. Riche parce que j’ai connu Zadi Zaourou, Sony Labou Tamsi. Riche d’avoir porté le tam-tam de Digli Balou, d’avoir chanté Pierre Akendengué, vu des sculpteurs comme Séry, j’ai écouté chanter des pygmées en forêt, j’ai contemplé le vohou vohou. Oui je suis riche. Riche de toutes ces cultures qui foisonnent en moi, de tous ces humains se croyant pauvres alors qu’ils sont riches. C’est l’occasion de remercier mon maître Wêrê-Wêrê Liking l’éveilleur de conscience, Karidja Bomou par qui tout a commencé en 1982, Marie Josée Hourantier, mon premier metteur en scène, mon père adoptif Zadi Zaourou, mon frère Michel Sapia mon baron, Ma tante Louise, le Dr Zunon Kipré Michel et son épouse c’est sûr que j’en oublie…

Que répondez-vous à ceux qui se sentent lassés de vous entendre réciter toujours  les mêmes choses : « gens d’ici et d’ailleurs» …

Mes prestations ne peuvent pas être monotones,  pour la simple raison que j’aborde des thèmes différents. Le fait est que dans le public, certains ne prêtent attention qu’à l’intro, au début. J’ai commencé depuis plus de 10 ans et le public aime au point que d’autres oublient que je suis chanteur et ne veulent plus m’entendre chanter. Quand on m’appelle c’est pour que je porte cette autre forme d’expression sur la scène. Avant, c’était Niangoran Porquet qu’on entendait dans ce registre et grâce à une sollicitation de Miss Zahui, qui m’a demandé de présenter son tapa avec comme pour tout matériau, un article de journal. Depuis tout baigne. Mais avant ma rencontre d’avec Miss Zahui, j’étais conteur et disais des textes avec le Village Kiyi dans les contrées reculées du pays, ou en France.

D’autres personnes pratiquent cet art oratoire, Alain Tailly par exemple, quel regard jetez-vous sur leurs prestations ?

Chacun a sa particularité. D’ailleurs ai-je été interpellé par le président de la chambre de commerce et d’industrie qui m’a invité à mieux former mes disciples. C’est vous dire….

Tous ceux qui se réclament de moi peuvent être mes élèves mais c’est quand l’élève est prêt que le maître apparait.

‘‘Nlelo’’, votre premier album date de 2001, Pourquoi faites-vous tant languir vos fans ?

Je suis en studio pour sortir un album de quatre ou cinq titres. C’est un hommage aux femmes qui comprend les titres comme  A vous toutes les femmes, Djeneba, et surtout Mafitini. Dans ce chant je remercie toutes les portes restées fermées au cri de mon passage et toutes celles qui se sont ouvertes au passage de mon cri lors de mes sollicitations. Je dis merci à Mafitini (Ndlr : Mme Julie Taddéi Guillou baptisé Mafitini entendez petite Maman en Malinké et qui a donné un coup de main à l’artiste).

Et Sirga ?

Oui il y a aussi Sirga cet hommage à une jeune fille que tout le monde trouvait laide mais que j’étais le seul à admirer car sa beauté intérieure me parlait. Je l’ai revue 20 ans plus tard, c’est un bijou sur qui tout le trésor intérieur a déteint. Bien sûr je proposerai Sirga.

Pour quelle date la sortie est-elle prévue ?

Avant décembre car je prévois un concert pour les fêtes de fin d’année avec quelques membres de la première équipe. Je citerai le clavier Abou Bassa, le percussionniste Tapé Mambo, le bassiste Jean Luc Pacha, la choriste Espérance Dion et bien d’autres.

Interview réalisée par

ALEX KIPRE

Lu 649 fois Dernière modification le lundi, 20 août 2018 16:26