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Didiga festival 2017: Quel engouement populaire !

mercredi, 19 avril 2017 10:23
Didiga festival 2017: Quel engouement populaire ! Didiga festival 2017: Quel engouement populaire ! Crédits: DR

La première édition du festival d’expressions culturelles par le chant et  la parole a eu lieu, avec succès, du 17 au 19 mars à Yacolidabouo sous la présidence et en présence du ministre Alain Donwahi.

Avec trois autres amis dont le photographe-écrivain-cinéaste GauZ’, (Armand Patrick Gbaka-Brédé), Eugène Zadi, frère bien aimé de Zaourou et Kessy, a eu l’idée de créer une rencontre de la célébration de la parole chantée ou déclamée pour donner accès aux peuples de l’ouest, méconnus. Faire revivre « les poncifs anciens » sur une scène théâtrale de la dimension de tout un village, école d’une gangrène vertueuse et nouvelle : Yacolidabouo. N’entendez-vous pas Didiga ? Alors à Yacolidabouo, la population a enflé les 17, 18 et 19 mars passés.

Venus de partout artistes, curieux, mélomanes, universitaires, personnalités ont, comme la termitière ajoute de la terre à la terre, ajouté de la population aux 3000 âmes autochtones. 10 Tohourous venus de Daloa, Saïoua et d’Issia spontanément pris en charge, hébergés par des familles d’accueil. Le groupe Zetcheligba originaire de Kpakpekou (Gagnoa), une délégation italienne en provenance de Parme. Tous sont bien reçus le 17 mars et le monde converge vers la radio Ouyiné. Il fait sombre en sa devanture et un feu de bois est allumé pour pallier la défaillance des lampadaires qui ont tu leur luminosité. 4 conteurs se relaient pour déchirer le silence de la nuit et instruire les populations  sans âge, ni sexe, ni ethnie, des vertus du travail, du vivre ensemble.

Tout le monde tend l’oreille comme les conteurs alertent les adultes de la lueur de leur verve et des flammes d’un foyer allumé au pas de porte de radio Ouyiné N’entendez-vous pas Didiga ? Pendant que cuisent au feu des tubercules de manioc, d’igname servis progressivement dans la discipline à un public acquis qui partira se coucher vers 2h du matin. Le lendemain 18 mars, les milliers d’âmes convergent à la salle de conférences Gbaloan Séry du nom de l’ancien Dg de la Sodeci. La rencontre est d’importance. Il s’agit d’écouter à 10h, la conférence du Pr Séry Bailly, académicien de son travail (Cf texte Babo Naki).

Le rendez-vous vespéral rassemble Pat Sako et Valéry du groupe zouglou Espoir 2000. Puis Tigresse Sidonie. Yacoli apprécie qui mousse de joie. La soirée débute au centre culturel Zadi Zaourou avec Pat Sako, chanteur urbain Abbè sous perfusion Bété. ‘‘Alléluia’’, ‘‘Série C’’, ‘‘Les sorcières’’ ‘‘Années 80’’, ‘‘Je t’aime’’, ‘‘Les caissières’’, ‘‘Laisse-tomber’’, ‘‘Abidjan Farrot’’ 8 titres dont 6 en bété. « Que ce soit l’hypocrisie, l’amour, le travail, tout ce que nous chantons en tant que Zouglou est tiré du bété qui, à 80%, constitue notre formation. Nous ne pouvions pas rater une telle communion avec ce public qui connait par cœur nos chansons », dira-Pat Sako à la sortie de scène d’Espoir 2000. Une pause de trente minutes et la délégation italienne brandit d’une main le fanion de la municipalité de Parme et de l’autre Fer de lance en interprétation peinte sur des toiles à dimensions d’hommes. N’entendez-vous pas Didiga ?

Bété, Baoulé, Abbey, Coréens et Italiens parlent la même langue

La délégation est remplacée par les lyriques envolées des « poètes-pleureurs » Gobé Blé et Gboda qui, à l’unisson, pleurent la dent de la panthère disparue. Ils sont cernés par les trois tohourous qui se succèdent. Patrice Gohounou, puis Tapé Oré Félix de Digbapia qui proposera 3 chants : ‘‘Owazia zebré’’ (qui a fait appel au vrai chansonnier ?), ‘‘Niandenan Gbotoko’’ (celui qui m’a montré le chemin) et ‘‘Zehio’’ (allez chercher la perdrix). Enfin, Ble Wanguy de Za. Destination Kpakpekou pour voir se mêler les envoûtantes voix de Zétchéligba avec un Séry Bayoro Mathias des grands jours. Il danse à faire bouger de plaisir le ministre Donwahi et sa délégation, le Pr Zigui Kolea. Le mercure monté, il reste haut quand  monte sur scène Sidonie la Tigresse, chanteuse exaltée Baoulé. Elle chante ‘‘Boni Kouadio’’, ‘‘Apindrin’’, ‘‘Néli’’ et provoque l’hystérie avec ‘‘Madiaba serré’’ à l’issue duquel chant, elle s’adresse en baoulé à ses parents : « Sachez cohabiter avec un peuple qui vous a si bien accueillis. Vivez en bonne intelligence et cultivez la paix ».

Au beau fixe, le mercure ne descend pas. La raison : un groupe créé en 2001, par un Ivoirien résidant en Corée à mi-temps, Yul Séa, et qui a tourné en Asie (Japon, Corée du sud, Philippines) en Amérique (Etats-Unis), en Europe (Italie, France, Allemagne, en Afrique (Mali, Burkina, Libye) monte sur scène. Aaninka a plus d’un tour dans son sac et présente un autre visage de l’Afrique. Des percus, du chant, de la danse atchan, côtière mi- érotique donc, par endroits et le public est en extase.

Des Tohourous que sont Seba Toualy de Gbiéguhé, Lago Guinan de Korea II, Petit Gnêpo de Saïoua, Bruno de Lagoguhé, Maxime prennent le relai jusqu’au bout du petit matin, quand la lune chassée par un rayon de soleil, va se reposer en même temps que les festivaliers. Le dimanche 19 mars, une procession sur la tombe de Zadi Zaourou dont l’épitaphe est « le merveilleux trésor que Dieu nous a donné ». Un festival populaire, d’expression culturelle Bété, par le chant et l’oralité, est véritablement né du côté de Yacolidabouo.

ALEX KIPRE

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