Miguel Azevedo: ‘’Quels que soient les défis de l’Afrique, il y aura toujours des capitaux et de l’intérêt pour les beaux, les vrais projets’’

Miguel Azevedo: ‘’Quels que soient les défis de l’Afrique, il y aura toujours des capitaux et de l’intérêt pour les beaux, les vrais projets’’

mercredi, 08 mars 2017 19:34
Miguel Azevedo, directeur Afrique de la Banque d'investissement de Citibank. Miguel Azevedo, directeur Afrique de la Banque d'investissement de Citibank. Crédits: Véronique Dadié

En mission à Abidjan, du 22 au 25 février, le dirigeant de banque jette un regard sur l’environnement des affaires en Afrique et en Côte d’Ivoire et livre quelques recettes pour le développement des États.

Monsieur le Directeur, un an après votre participation à Africa CEO Forum, vous revoilà à Abidjan pour une mission destinée spécialement au secteur privé. Qui rencontrez-vous exactement et dans quel but ?
Permettez-moi de parler de l’Afrique en général et de la Côte d’Ivoire en particulier. Nous avons constaté  durant ces douze  derniers mois en Afrique, un ralentissement  de  la croissance causée en partie par le choc des dévaluations de certaines monnaies et  la chute des cours  des matières  premières. Cependant, en Côte d’Ivoire, l’intérêt  des investisseurs est resté intact quant à leur volonté d’investir dans le pays au regard du nombre de missions économiques diligentées dans le pays. D’ailleurs, nous avons rencontré des investisseurs qui passent énormément de temps ici pour identifier les meilleures opportunités d’investissement en Côte d´Ivoire. La raison est toute simple et tient principalement aux éléments suivants : de très bonnes réformes sont en train d’être mises en œuvre dans le pays et les autorités communiquent de sorte à ce que cela se sache. De plus, les  investissements en matière d’infrastructures se poursuivent et sont clairement perceptibles. Je pense très sincèrement que la Côte d´Ivoire est en ce moment  une référence en Afrique ;  un pays qui inspire confiance en la communauté internationale et sur lequel elle peut parier aujourd’hui. Notamment en raison des répercussions positives des bonnes pratiques en matière de politique économique. C’est l’un des pays les plus attractifs d’Afrique.

Quels types de partenaires rencontrez-vous?
Le but  de nos différentes  rencontres est essentiellement  de parler à nos clients, comprendre leurs besoins  de financement  et les aider en ce sens. Cette aide pourrait se faire sous la forme d’apport en capital ou de prêts. Nous sommes ici pour accompagner ces entreprises, organismes, et entrepreneurs qui veulent accélérer la croissance et les investissements en Côte d’Ivoire.

Vous venez de parler d’infrastructures. La Côte d’Ivoire a des projets de constructions de routes, de ponts. Est-ce que votre institution serait intéressée par ces projets?

La réponse est oui ! De manière générale, en Afrique y compris en Côte d’Ivoire, on ne peut atteindre l’objectif de croissance tant au niveau des entreprises qu’au niveau du pays que si l’on investit dans les infrastructures. Il est important de noter que le financement des infrastructures peut se faire de deux manières :
(I)  soit le projet est piloté par le gouvernement,
(II) ou  le gouvernement crée une concession  financée par le secteur privé.
Notre institution peut intervenir  dans les deux cas. Nous l’avons déjà fait dans d’autres pays. Nous pouvons aider les  gouvernements à lever des fonds pour financer l’investissement ou sélectionner des partenaires qui investiront dans le projet sous forme de concession.

Quel regard portez-vous sur les investissements internationaux en direction de l´Afrique?
Je pense que l’Afrique offre quelque chose d’unique,  qui est source de croissance potentielle. Cela tient à plusieurs facteurs dont le principal est la forte croissance démographique qui est source d’opportunités. On peut noter également l’urbanisation et  l’amélioration des conditions de vie de la classe moyenne en général ainsi que tous ces nouveaux projets d’infrastructures qui peuvent  booster la croissance. L’Afrique offre des opportunités réelles de croissance. Cependant, cela ne va pas sans difficultés auxquelles doivent faire face les investisseurs qui en ont l’expérience. Ils savent évaluer ces  défis,  de sorte à pouvoir mettre en perspective les risques inhérents mais également le retour sur investissement  que présente le projet. Du point de vue de cet équilibre, je pense que l’Afrique demeure un continent  attractif. Quels que soient les défis, il y aura toujours des capitaux et de l’intérêt pour les beaux, les vrais projets.

L’Afrique constitue-t-elle un centre d’intérêt pour les fusions et acquisitions ?
Oui ! Si je me réfère au point précédent, je peux dire que les opportunités existent. Les investisseurs locaux ont parfois besoin de nouveaux partenaires stratégiques pour l’expansion de leurs entreprises.  Nous avons des exemples concrets dans ce domaine. Il y a de cela deux semaines, nous avons aidé une entreprise japonaise, Kansai, leader mondial de la peinture automobile, à investir en Afrique de l´Est. Elle a acquis un groupe de compagnies en Tanzanie, en Ouganda et au Kenya - la plus grande acquisition jamais réalisée en Afrique de l’Est. Nous avons également d’autres investisseurs  globaux qui s’intéressent à l’Afrique. Ainsi, nous avons aidé, il y a moins d’un mois, une entreprise canadienne, Fairfax Africa, à lever 500 millions de dollars (soit 300 milliards de FCfa à raison d’1 dollar à 600 FCfa) destinés à des investissements en Afrique et au développement d’entreprises locales. L’Afrique n’a pas nécessairement besoin de fusions mais plutôt d’investissements, de nouveaux investissements d’apports  de capitaux. La demande est plus forte dans ce domaine. Il existe des entreprises locales en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays  qui sont à la recherche de capitaux pour accélérer leur croissance. En cela, la Côte d’Ivoire peut devenir également le hub, le centre à ce niveau pour toute la sous-région y compris les pays francophones et anglophones.

Auriez-vous des exemples clés de transactions réalisées au niveau de l’Afrique ?
En plus des deux exemples que je viens de citer, je pourrais également vous parler d’une autre transaction très intéressante dans le domaine des infrastructures de Télécoms à laquelle nous avons participé en tant que conseiller. Il s’agit de la fusion de deux sociétés spécialisées dans le secteur des infrastructures télécom plus précisément des pilonnes au Nigeria. Je tiens à mentionner cela car  l’Afrique a besoin d’investissements massifs dans ce domaine afin de bénéficier des avantages de la 4G et augmenter l’accès des populations  à internet. Fin 2016, nous avons également accompagné un groupe nigérian spécialisé dans la laiterie et les jus de fruit, dans la cession de 40% de parts à Coca Cola, offrant à l’un et à l’autre de nouvelles perspectives. Tous ces investisseurs sont intéressés par les avantages qu’offrent la démographie et la forte demande de produits de qualité dans toute la sous-région. Notre institution suit de très près l’évolution du marché dans la sous-région et sur tout le continent.

Que pensez-vous de la problématique de l’accès aux marchés internationaux ?
La question de l’accès des États et des entreprises africaines aux marchés internationaux des capitaux est un sujet important. On entend ces derniers temps dire que l’accès de l’Afrique aux marchés des capitaux est de plus en plus difficile à cause de la tendance haussière des taux aux USA avec la nouvelle administration américaine. Mon avis est que le bon emprunteur aura toujours accès aux marchés des capitaux. Prenons l’exemple d’un pays souverain avec de bonnes pratiques et des procédures claires, qui veut lever des fonds sur le marché international des capitaux pour financer un projet d’infrastructures. Il pourra  toujours réaliser son projet avec succès. Le marché fait la différence entre ceux qui  veulent emprunter  pour financer un projet spécifique et ceux qui empruntent pour entretenir des dépenses de fonctionnement. Le marché a de l’appétit pour des risques rationnels. L’emprunteur doit avoir un programme détaillé de l’utilisation des fonds pour la réussite de son opération. Un exemple concret, il y a de cela deux semaines, Citi a accompagné l’État Fédéral du Nigeria pour une émission  souveraine Eurobond de 1 milliard de dollars (soit 600 milliards de FCfa). Cette émission a rencontré un engouement certain des investisseurs avec un livre d’ordres correspondant à 7, 5  fois le montant demandé. La raison, tout simplement parce que le Trésor public du Nigeria avait fourni, entre autres, un plan bien structuré de l’utilisation des fonds avec les réformes qui soutiennent le projet d’investissement. Tout ceci a convaincu les investisseurs. En Côte d’Ivoire, l’accès aux marchés ne devrait poser aucun problème car les résultats des investissements sont visibles dans le pays. En ce qui concerne les entreprises qui veulent lever des fonds sur le marché international des capitaux, il leur faut obligatoirement  un plan  d’affaires solide. En novembre dernier, notre institution a, sous forme d’emprunt obligataire, levé $ 800 millions (soit 480 milliards de FCfa) de dollars pour une compagnie nigériane,  IHS Towers,  une société intervenant dans les infrastructures de Télécoms. Il s’agit de la plus grande émission  obligataire d’une  société africaine hors Afrique du Sud. Les investisseurs sont motivés par la solidité du plan d’affaires et les choix rationnels qui déterminent la rentabilité des projets.

Malgré les contraintes, vous considérez l’Afrique comme la nouvelle frontière de développement du fait de sa population en croissance continue (plus d’un milliard). Quels sont les leviers que les États doivent actionner pour leur développement, leur émergence ?
La tendance démographique, en particulier l’urbanisation, représente des atouts pour le continent. Pour tirer le meilleur parti de ces atouts, les gouvernements doivent  promouvoir des politiques qui créent  les conditions d’un environnement propice aux investissements et aux affaires. Ils doivent investir dans des infrastructures performantes et développer une administration efficace  qui limite la bureaucratie et incite au développement des affaires. La Côte d’Ivoire est un bon exemple. Le pays fait ce qu’il faut dans ce domaine. Nous avons ici une opportunité unique de créer un intérêt croissant pour les investisseurs  au vue du potentiel économique du pays. Après une longue période de faibles investissements en Côte d’Ivoire, nous constatons, aujourd’hui, un grand intérêt et une forte envie d’investir à nouveau pour le développement  économique du pays.

Interview réalisée
par PAULIN N. ZOBO

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Written by  Paulin N. Zobo
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