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Allah garibou !

jeudi, 02 février 2017 15:50

La misère n’est pas une filière. Seule la société est en perte de vitesse. La transhumance des déshérités est devenue une activité à temps plein. La souffrance des uns fait le bonheur des autres. Finalement, la misère des démunis enrichit les plus nantis.

Allah garibou !

D’où viennent ces bataillons de talibés en haillons qui arpentent nos boulevards et nos bazars ? A qui sont ces bambins tombés du ciel, sans propriétaire fixe ? Ces enfants à peine sevrés sont abandonnés à eux-mêmes. Ils marchent pieds nus, les mains autant vides que le ventre, le regard hagard, sans espoir. Ils sont seuls au monde. Ils n’ont rien hérité de personne. Ils ne lègueront rien à personne.

On ne vole pas de ses propres ailes quand on n’a pas de plumes. Qui a mis au monde ces mômes de l’aumône, laissés à la merci d’une pitié sans piété ? Il y a trop de «garibous» dans la cité, trop de mendiants dans nos rues. Le phénomène prend de plus en plus de l’ampleur, au point que l’on peut se demander si la mendicité nourrit son homme. Mais la pauvreté n’est pas un métier.

La misère n’est pas une filière. Seule la société est en perte de vitesse. La transhumance des déshérités est devenue une activité à temps plein. La souffrance des uns fait le bonheur des autres. Finalement, la misère des démunis enrichit les plus nantis. On troque la pauvreté avec des dons de bonté. On donne au pauvre ce qui le maintient dans sa pauvreté. On s’appuie sur le pauvre pour prendre son essor. On ne vit pas de sacrifices rituels pour devenir quelqu’un. Seul le don de soi manque à la voie du salut tant clamée par les éclairés. Il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur au prix du déshonneur. On ne gravit pas les marches du ciel avec une boîte de tomate sous l’aisselle.

On n’entre pas au paradis en passant par l’enfer. Il y a trop de gens dans nos rues sans amour-propre. Trop de vies en état de survie, sans dignité, sans fierté.  Qu’attend mon pays de toutes ces bandes de bras valides non partants ? Quel apport ces enfants armés de boîtes de tomate auront pour la nation demain ? On ne bâtit pas sa patrie en tendant la main. On ne se développe pas en vagabondant à longueur de journée, pour du peu. Non, c’est un gâchis de voir que des barbus aux biceps dodus se pavanent dans la nature en tournant les pouces. C’est une perte de voir que ces forces en perdition ne sauront pas taper un clou dans du bois.

C’est triste de voir qu’ils ne sauront même pas faire quelque chose avec leurs dix doigts. On a déjà coupé leurs doigts; on a scellé leur sort et confié leur survie à la précarité. Heureux les démunis sur terre, ils connaîtront l’abondance au ciel. Heureux les pauvres de la terre, ils seront riches ailleurs. En attendant, ils sont appauvris sur terre par d’autres hommes de la terre. Ils sont exploités sur terre, sur les terres des «propriétaires de pots de terre».

Ils sont abusés par le fervent gourou à la foi froufrou, percepteur de fruits de misère. Ils sont repoussés et stigmatisés par le politique véreux qui préfère arracher leurs voix aux urnes que d’entendre leur voix dans la rue. Ces enfants de l’indifférence ne pourront jamais faire la différence, si nous ne les traitons pas avec déférence. Il y en a qui leur donneront de la pourriture pour nourriture. Et ils la mangeront la nausée à la gorge, en vomissant. Il y en a qui leur cracheront dans la paume qui quémande. Il y en a qui leur diront que s’ils leur donnaient leur seule pièce d’aumône, ils la prendraient avec plaisir. Il y en a qui monteront simplement leur vitre teintée pour cacher à leur conscience la triste réalité qui dérange.

Pire, certains les enlèveront comme on choisit un poulet, pour les égorger au pied de leur coffre-fort. C’est trop fort ! En tout cas si c’est sur ce fer de lance mal fourbi et bien tordu que nous comptons tous, alors nous sommes foutus. Si c’est cette génération de «mendiants larmoyants» qui devrait prendre le relais de la course vers le développement, alors le témoin est déjà mal transmis. L’avenir d’une nation ne peut pas se jouer sur les rebords d’une boîte de tomate. Le futur d’un pays ne se conjugue pas à la première personne du singulier.

On ne devient jamais quelqu’un dans un pays où les autres ne sont rien, ne valent rien et ne seront rien. Il faut sauver ces enfants qui se ruent dans nos rues, sinon ce sont eux qui nous couperont la route demain. Il faut vite agir avant de les condamner demain. Demain, ces enfants nous donneront du fil à retordre, parce que nous n’avons pas su redresser la branche quand elle était encore humide. Et demain n’est pas loin ! Demain n’est pas loin ! Allah garibou !

PAR CLÉMENT ZONGO

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