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Opinion publique

mercredi, 25 janvier 2017 11:37
Opinion publique Crédits: DR

Nous sommes en train d’assister à l’émergence d’une opinion publique libre et puissante en Côte d’Ivoire. Les réseaux sociaux, les opinions exprimées dans les journaux et dans les rues, les rumeurs persistantes sur des faits sociaux, les avis sur des décisions gouvernementales mettent tous une pression sur le mode d’administration des affaires publiques.

La réaction du Président de la République lors de la célébration des festivités du 1er mai dernier est un reflet d’un nouveau virage dans l’appréciation des soucis exprimés par l’opinion publique ivoirienne. Elle est présente sur tous les sujets du moment dans le pays. Elle est la voix forte des masses. Parce que les problèmes auxquels elle s’attaque la distancent des problèmes des partis politiques, l’opinion publique ivoirienne est en train d’acquérir une innocence qui fait sa force.

Il devra en être ainsi dorénavant: il faut que les voix des populations soient au-dessus de celles des partis politiques. Il faut qu’elles soient distinctes des chapelles défendues par les partis politiques. Bien sûr, à certains moments, l’opinion des partis politiques et l’opinion publique se rapprocheront; elles auront des préoccupations communes. Ce seront des situations de fait. Le prodigieux développement des technologies de l’information a momentanément mis à l’écart les partis politiques, lourds et naturellement égoïstes, ne s’intéressant qu’à ce qui leur permet de se maintenir ou de se rapprocher du pouvoir.

Le temps que le secrétaire général du parti arrive au siège, entouré de courtisans, de gardes de corps et de demandeurs de postes ministériels, avant qu’il ne demande à sa secrétaire d’apprêter la sténo pour saisir sa déclaration, les réseaux sociaux ont déjà été en ébullition et l’augmentation du prix du kilo de riz a déjà été condamnée.

Des articles mal écrits et scabreux sur le sujet ont déjà obtenu 113 679 « j’aime » en 10 minutes ! L’attaché de presse du ministre a déjà reçu 58 appels d’organes de presse le pressant de demander à son ministre de justifier l’augmentation d’un franc du kilo de riz. Le ministre a déjà reçu sur sa table des notes de son Cabinet sur l’inquiétude du peuple et sur une possible réponse à donner à la frénésie médiatique.

Le ministre lui-même sait que ses collègues ou « le Grand Patron » lui feront part des soucis exprimés. Il sait qu’il doit préparer en urgence une communication en Conseil des ministres ou un communiqué avec de sérieux arguments pour calmer l’opinion publique. À cause d’internet, la vie du Gouvernement n’est plus un long fleuve tranquille… Il a fallu du temps pour que les Ivoiriens tous ensemble, sans distinction de leurs confessions religieuses ou de leurs appartenances politiques, comprennent qu’ils sont une force, pour peu qu’ils sachent simplement véhiculer leurs problèmes communs.

Les partis politiques sont essentiels à la vie d’un pays, à l’encadrement et à l’accompagnement des aspirations du peuple. Il est important qu’ils soient toujours forts et présents. Mais ils ne peuvent plus être les relais obligés de ce que veulent des groupes de citoyens à un moment donné. Enfin, il y a un élément qui me marque personnellement dans la manifestation de l’expression de l’opinion publique ivoirienne: c’est l’hypersensibilité à la violence. Chaque fois que des faits de violence ont lieu, les réseaux sociaux s’affolent.

C’est pour moi le signe que la Côte d’Ivoire est en train de tourner des pages noires de son histoire. Lorsqu’un peuple qui avait fini par banaliser la violence, par s’habituer à la mort et à la présence de cadavres au petit matin dans les rues, par accepter les images de sang dans les journaux, commence à s’énerver qu’un individu soit bastonné par la Police dans un commissariat, c’est qu’il y a grand espoir pour la réhumanisation de notre peuple.

Le respect de l’intégrité physique et de la vie humaine est la marque d’un grand peuple. Aucun développement n’est possible sans que ne soit célébré le sacré du corps et de la vie humaine. En cela, l’opinion publique ivoirienne a pris une forte avance.


PAR VINCENT TOHBI IRIÉ

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