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Faut-il sacrifier sa vie parce qu’on a faim ?

mardi, 06 décembre 2016 12:21
Faut-il sacrifier sa vie parce qu’on a faim ? Crédits: DR

Si nous continuons à raisonner et agir selon notre vouloir, nous créons le désordre. Pour combattre cette tendance, la société humaine s’est organisée en mettant en place des lois et des règles. Il y va de la santé et du bien-être de tout le monde.

Faut-il sacrifier sa vie parce qu’on a faim ?

J’ai perdu mon emploi, j’ai tant d’enfants à ma charge et à scolariser, c’est avec ce travail que je fais vivre ma famille ». « Mon mari ne travaille pas ou mon mari est décédé, je fais ça pour nourrir ma famille ». Des propos qu’on entend à la radio sur la chaîne nationale et à la télévision tous les jours dès qu’on parle de déguerpissement des commerces anarchiques et des sites dangereux.

Faut-il mettre en péril sa vie et celle des autres pour résoudre nos problèmes existentiels ? Que non. Nous compatissons à la souffrance et aux difficultés que rencontrent ces chefs de famille pour subvenir aux besoins de leur famille. Nous savons que chaque jour, ils courent dans tous les sens pour joindre les deux bouts et faire face à leurs nombreuses charges familiales.

On ne leur demande pas d’être inactifs et d’attendre mère Providence qui leur apportera tout. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », dit la maxime. Il faut travailler honnêtement pour gagner son pain quotidien. On leur demande simplement d’exercer leur activité sans prendre de risque et sans mettre en danger la vie des autres. Vendre des produits prohibés constitue un délit. Vous vendez de l’alcool conditionné et exposé dans un local sans mesures d’hygiène. On se pose la question : comment sont conditionnés ces produits ? L’ensachage, la dose d’alcool.

Parfois, on fait croire aux consommateurs potentiels que cette petite quantité revigore, donne le tonus musculaire pour commencer la journée ; la vérité est que vous devenez, avec le temps dépendant comme le fumeur, le consommateur de drogue. Et l’organisme, avec l’addiction, en redemandera toujours. Que dire des débits de boissons qui poussent à tous les coins de rue où on sert souvent de la drogue. Malheureusement, on voit de nombreux adolescents fréquenter ces endroits comme des salles de classe ou de théâtre. On peut donc considérer votre commerce comme une incitation à la débauche. Que devient votre enfant pour lequel vous enfreignez la loi, s’il arrive à se procurer par inadvertance ce breuvage? Par habitude, il deviendra un alcoolique. Et tous les sacrifices pour lui offrir un avenir meilleur seront réduits à néant.

Si nous continuons à raisonner et agir selon notre vouloir, nous créons le désordre. Pour combattre cette tendance, la société humaine s’est organisée en mettant en place des lois et des règles. Il y va de la santé et du bien-être de tout le monde. On ne peut pas faire n’importe quoi: vendre des produits pharmaceutiques en dehors des officines, de l’alcool en sachet à chaque carrefour, barrer les voies pour les mariages, faire des bruits assourdissants à casser le tympan. Le plus difficile n’est pas d’interdire mais de veiller au strict respect des différentes mesures. À côté de ces activités illicites, il y a des commerçants qui prennent des risques. Les  commerçants des marchés de nuit par exemple ne se soucient guère de leur sécurité. Ils occupent la voie publique.

Les vendeurs qui occupent la chaussée sont parfois victimes d’accidents. Dites-leur de libérer l’espace, ils vous répondront qu’ils font ça pour survivre et paient les taxes municipales. L’exemple patent est le forum du marché d’Adjamé; là-bas, le désordre fait gagner plus de quatre millions par jour. Le boulevard principal est obstrué constamment par des commerçants malgré les opérations de sensibilisation et de déguerpissement.

Le boulevard Nangui Abrogoua n’est pas une exception. Un tour dans les sous-quartiers Williamsville, 220 logements, quartier Latin montre la même pagaille. Avec l’augmentation de la population urbaine, il est urgent de trouver une solution au désordre actuel où toutes les espaces non occupés se transforment en marché. Seulement ces marchés spontanés sont une des causes récurrentes de l’insalubrité dans la ville d’Abidjan. Barbecue par-ci « garbadromes » par-là. Le commerçant déverse tous les détritus dans la rue. Même lorsqu’il y a un bac à ordures, ils ne prennent pas la peine d’y aller déposer les déchets. Ils pensent que la mairie s’en chargera au petit matin.

Un raisonnement qui dénote leur manque de civisme. Des espaces aménagés pour ces activités informelles seraient une solution, mais comme pour les airs de détente et de jeu, il en manque dans nos communes. Tout est occupé par les constructions.


N’GORAN BROU
Cadre comptable et financier à la retraite

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