Duékoué: Plus de 56000 élèves sans extrait de naissance dans le Guémon

Duékoué: Plus de 56000 élèves sans extrait de naissance dans le Guémon

mercredi, 30 novembre 2016 17:00
Duékoué: Plus de 56000 élèves sans extrait de naissance dans le Guémon Crédits: DR

Le taux d’enregistrement des naissances en Côte d’Ivoire est très faible. C’est dire que les populations vivant sur le territoire ivoirien manifestent peu d’engouement pour la déclaration des naissances. Ce désintéressement  général s’exprime avec une gravité particulière dans les régions de l’ouest du pays.

Duékoué: Plus de 56000 élèves sans extrait de naissance dans le Guémon

Selon monsieur KONATE DIAKALIDJA, Directeur Général de l’Office National d’Identification(ONI) : « le taux d’enregistrement des naissances à l’échelle nationale, à ce jour, pour le compte de l’année 2016, est de 54% ».

Le taux d’enregistrement des naissances en Côte d’Ivoire est très faible. C’est dire que les populations vivant sur le territoire ivoirien manifestent peu d’engouement pour la déclaration des naissances. Ce désintéressement  général s’exprime avec une gravité particulière dans les régions de l’ouest du pays.

En  2016, dans la région du Guémon, au primaire l’on dénombre 56404 élèves sans extrait  de naissance soit 46% de l’effectif total des élèves.

761 élèves du CM2 candidats ont été privées des examens scolaires  pour  défaut d’extrait d’acte de naissance.

Ces enfants ont été ainsi privés de la chance de passer et de réussir leur examen scolaire. Ils ont vu leur cursus scolaire brutalement interrompu et leur avenir grandement hypothéqué. Et Dieu seul sait s’il pourra se   poursuivre un jour.

  En effet, l’établissement des naissances dans le Département de Duékoué constitue une problématique complexe aux conséquences graves, eu égard au nombre très important de personnes concernées et à la nature des préjudices engendrés.

Cette problématique mérite un traitement conséquent ou de choc  dont l’efficacité est largement tributaire de la qualité de son diagnostic.

 Les racines du problème ?

 Les raisons du faible taux d’enregistrement des naissances à Duékoué

L’efficacité des mesures visant à induire un changement positif de comportement chez les populations de l’ouest, impose l’analyse  des causes ou l’étude des racines de la faiblesse du taux d’enregistrement des naissances  à Duékoué.

 La crise socio-politique de 2000 à 2010 a détruit tous les services d’enregistrement des naissances.

 La crise ivoirienne, on le sait, s’est déroulée  à Duékoué avec une violence inouïe.

Des centaines de personnes y ont été massacrés et tous les services de l’Etat ont  pratiquement été pillés et  saccagés. Les services chargés de l’enregistrement des naissances à savoir, l’hôpital général de Duékoué, les cinq Sous-préfectures (Duékoué, Bagohouo, Guézon, Gbapleu et Guéhiébly) et la Mairie ont vu, à cette occasion, toutes leurs archives d’état civil vandalisées.

Cette situation a fait disparaitre les registres d’enregistrement et des milliers de personnes, en particulier les enfants, se sont retrouvées sans extrait  d’acte de naissance. Les plus nantis ont obtenu à l’issue d’une procédure complexe et coûteuse, un jugement supplétif.

B.K, planteur  à Duékoué, nous confie : « j’étais en classe de CM2 en 2005 quand la crise a éclaté à Duékoué. Je n’ai pas eu le temps de faire mon extrait de naissance avant. Quand la guerre a débuté, nous avons tous fui pour revenir des années plus tard. J’ai voulu refaire mon extrait à la mairie et on m’a dit que le registre a été volé pendant la crise et que je devrais me rendre au tribunal de Guiglo pour faire un jugement supplétif. Or, je n’ai pas d’argent. La guerre nous a beaucoup fait souffrir».

 L’insuffisance des centres d’enrôlement

Depuis la fin de la crise en 2010, la population du Département est en nette expansion à cause des nombreuses naissances et l’important flux migratoire. Désormais  la dizaine  de centres  d’enregistrement  des naissances  du Département de Duékoué que se partagent les cinq sous-préfectures ci-dessus cités, est largement insuffisante.

Pour une population de quatre cent huit milles cent quarante-huit (408.148) habitants (selon le RGPH de 2014), le Département de Duékoué a besoin de plus de centres d’enregistrement des naissances pour répondre aux éventuelles sollicitations d’une population qui croit rapidement.

 L’enclavement de certaines populations

En effet, l’enclavement de certaines populations rend difficile leur  l’accès aux rares centres d’enregistrement.

A titre d’illustration, la sous-préfecture de Bagohouo, située à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu, enregistre une forte concentration humaine, en raison de la présence du Parc National du Mont Péko qui est la cible de milliers de clandestins.

52000 occupants illégaux dont de nombreux enfants y ont été dénombrés officiellement à l’occasion du déguerpissement. Et la circonscription  ne dispose que de deux centres secondaires d’enregistrement dont l’un à Guinglo-zia et l’autre à  Nidrou. «J’ai sept enfants non déclarés parce que depuis que je suis entré dans le Parc National du Mont Péko mon patron Amandé Oueremi nous empêchait de le faire. C’est la première fois que certains de mes enfants sortent de la forêt à l’occasion du déguerpissement », explique Kaboré Adama, un déguerpis du Mont Péko.

A l’insuffisance des centres d’enregistrement, se grèvent les difficultés d’accès à la Sous-préfecture, dues à des voies non bitumées et impraticables surtout en saison pluvieuse. Il en va pareillement de la sous-préfecture de Gbapleu, située à 30 KM du chef-lieu Duékoué.

 Le poids de la culture

 Par ailleurs, les pesanteurs socio-culturelles sont encore très fortes chez certaines  communautés étrangères massivement présentes dans le Département telles que les communautés burkinabé et la communauté guinéenne. Pour ces dernières, les extraits de naissance sont établis dans le but d’inscrire l’enfant à l’école. Or, la scolarisation des enfants n’est pas considérée  comme une obligation. Les enfants étant encore perçus et utilisés comme main d’œuvre pour les travaux champêtres et les activités commerciales de leurs parents. « Je suis seul avec ma femme. Mon enfant n’ira pas à l’école, il doit nous aider dans taches, c’est pourquoi je n’ai pas fait son extrait de naissance. Je ferai son papier une fois au pays », souligne Diallo Karim commerçant à Pona-Vahi.

L’ignorance, le coût et le déficit d’information   

Enfin, l’ignorance de la loi sur l’état civil, le coût relativement élevé des actes de naissance et le déficit d’information conduisent de nombreux parents à renoncer à déclarer les naissances ou à se faire établir eux-mêmes leurs actes de naissance.

En réalité, les interviews réalisées avec les usagers de plusieurs centres d’état civil font état de ce que plusieurs d’entre eux  ignorent qu’ils disposent d’un délai de 90 jours ou trois mois, après la naissance de leur enfant, pour procéder à sa  déclaration devant les services compétents.

 Passé ce délai, ils sont forclos et réduits à demander un  jugement supplétif dont l’établissement est décidé par le juge du Tribunal de Guiglo, à l’issue d’une procédure longue et plus coûteuse.

De plus, des parents rencontrés dans certains centres se plaignent de la fluctuation des prix.

 D’abord, affirment-ils : « on nous a dit que la déclaration des naissances est gratuite et quand nous venons le faire, on nous demande encore de payer 500F comme frais de timbre. Et cette somme change souvent .Tantôt elle monte à 600F, tantôt à 1000FCFA pour un seul acte ».

Les enquêtes menées à  la Mairie de Duékoué ont permis  de rencontrer certains usagers sans extraits de naissance.

Idriss Soumahoro, est père de trois enfants. Ses enfants et lui sont  tous sans extrait d’acte naissance.

Interrogé sur les raisons de cette situation, il explique qu’il ignorait que la déclaration des naissances était soumise  à des délais et qu’à défaut, la procédure devenait très  compliquée avec  des témoins. Surtout l’ensemble des dépenses pour un seul acte s’élève à quinze mille francs (15000 FCFA). «Tout ça pour un simple papier, c’est trop chère ! » conclut-il.

Les informations recueillies auprès de la sous-préfecture de Duékoué nous ont fait savoir que les 100FCFA qui se sont ajoutés sur le prix du timbre, servent à acheter le papier rame sur lequel est imprimé l’acte. Pour les informations relatives aux autres frais, nous n’avons pas reçu d’explications précises.

Le déficit d’information apparaît également comme facteur tendant à faire baisser le taux de fréquentation des centres d’enregistrement par les  populations.

En 2013, les Etats Unis d’Amérique  à travers l’USAID, ont accordé un financement à la Mairie de Duékoué pour l’établissement gratuit des extraits d’actes de naissances des enfants d’un certain âge. Cet important projet a malheureusement connu un engouement moyen à cause du manque d’information. C’est malheureusement  dans sa phase finale que les populations ont commencé à s’y intéressé.

 DES PRÉJUDICES GRAVES

La question de l’enregistrement des naissances a une certaine ampleur dans le département de Duékoué. Elle concerne une partie de la population locale, en particulier les élèves. Les préjudices que ceux-ci subissent du fait de cette situation sont graves.

52 404 élèves ont vu leur scolarité interrompu et leur avenir hypothéqué en 2016 dans le département pour manque d’extrait d’acte de naissance.

Mais les enfants ne sont pas les seules victimes de cette situation. Les parents eux-mêmes  souffrent de cette situation car plusieurs d’entre sont sans extraits d’actes de naissance. La cherté des coûts et la complexité des procédures les conduisent à rechercher la voie de la fraude  pour se faire établir leurs actes.

En effet, la fraude sur l’état civil est pratique qui a court dans le Département et des cas de fraudes sont constamment découvert par les services concernés.

Les usagers ne sont pas responsables de la fraude car des informations en notre possession révèlent des agents de la Mairie étaient versés dans cette pratique illégale, avant d’être découverts et radiés.

En plus d’hypothéquer l’avenir des jeunes, d’en faire des déscolarisés exposés à toutes sortes de maux de la société (drogue, vol, agression etc …), la difficulté d’enregistrement des naissances conduit à  fragilisation des services ou des institutions de l’Etat.

LES RECOMMANDATIONS      

Face à de telles conséquences désastreuses, des solutions urgentes et idoines  méritent d’être trouvées.

En ce qui nous concerne, la problématique de l’enregistrement des naissances à Duékoué trouve une réponse à la lumière des avis ou des opinions  des populations locales.

La baisse du coût des extraits d’acte de naissance et du jugement supplétif, comme de nombreux usagers le souhaitent, contribuera sans nul doute  à créer  une affluence dans les centres d’enregistrement. A ce niveau un clin d’œil est fait aux ONG telles qu’IRC, le Conseil Norvégien, les Cliniques juridiques ou USAID qui ont mené des projets porteurs dans ce sens dans le Département. Et surtout l’UNICEF dont le directeur général pour la France, Sébastien Lyon a effectué une visite de terrain en Aout dernier dans la région du Cavally pour booster le taux de déclaration des naissances à travers un projet plein d’espoir. Cette agence du système des Nations Unies a joué un rôle important dans la promotion de la  déclaration de naissance en réhabilitant le centre d’état civil de la sous-préfecture de Guiglo.

De même, la multiplication des  centres d’enregistrement et le rapprochement de ceux ci des populations est une solution. A cela pourra s’ajouter l’informatisation et la centralisation de tous les services d’état civil nationaux comme dans les pays développés. Ce projet est envisagé depuis longtemps par le Gouvernement mais sa mise en œuvre tarde à voir le jour.

Le Gouvernement, en tant que principal acteur du développement et du bien-être des populations a une grande part de responsabilité dans la recherche de solutions.

Par exemple, la décision prise juillet 2013 par le chef de l’Etat Alassane Ouattara qui permettait de déclarer tous les enfants nés dans les années chaudes de la crise, de 2010 à 2015, pourrait être reconduite et étendue. Car elle a été brève et des milliers de personnes n’y ont pas été pris en compte.

Les audiences foraines sont également une occasion qui permettent à de nombreuses personnes de régulariser leur état civil .Malheureusement ces séances sont généralement  ponctuelles et  liées aux élections politiques.

Les politiques de gratuité de l’école et de l’école obligatoire apparaissent comme des leviers sur lesquels des solutions contre le manque d’intérêt des populations pour la déclaration des naissances pourront être bâtis.

Enfin, toutes les mesures correctrices envisagées devront bénéficier d’une large publicité par l’implication des relais d’informations et des organes de presse locaux ou nationaux  (églises, mosquées, griots, radio, presse écrite, télé).

SAINT-TRA BI

Correspondant régional


L’action louable du Ramede-Ci

Le Réseau des acteurs des médias pour les droits de l’enfant en Côte d’Ivoire   (Ramede-Ci) avec à sa tête Mamadou Doumbia œuvre depuis sa création pour défendre et promouvoir les droits des enfants en Côte d’Ivoire. Selon son PCA, Mamadou Doumbia son organisation a déjà posé des actions en faveur des enfants d’ici et d’ailleurs. Pour lui, le Ramede-CI agit au niveau de la communication à travers la sensibilisation des masses. Pour réussir sa mission, le Ramede-Ci aux dires de son président, a décidé d’inscrire la lutte dans la durée en instituant un prix pour récompenser le journaliste qui aura fait les meilleures productions dans la thématique des déclarations des naissances.

STB

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Written by  Théodore Kouadio
Read 700 times Last modified on mercredi, 30 novembre 2016 17:11

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