États-Unis: La fascinante cruauté de la démocratie
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États-Unis: La fascinante cruauté de la démocratie

vendredi, 11 novembre 2016 11:55
États-Unis: La fascinante cruauté de la démocratie Crédits: DR

L’Amérique est la grande puissance qui mène le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi paradoxale que cela puisse paraitre l’américain lambda à une connaissance très limité des réalités du monde qu’il ne connaît pratiquement pas.

États-Unis: La fascinante cruauté de la démocratie

Le monde a été réveillé, le mercredi 9 novembre 2016, par le bruit des principales places boursières qui s’effondraient à l’annonce de la victoire plus qu’inattendue de Donald Trump face à Hillary Clinton à la présidentielle américaine. Si l’on s’en tient aux sondages depuis deux ans maintenant et à l’attente de la majorité des pays dans le monde, les Américains ont ainsi appliqué la recommandation qui suggère qu’« on a raison de se louer soi-même si on ne trouve personne pour le faire ».

C’est un euphémisme que de dire que cette élection est vécue comme un séisme de forte magnitude dans les principales capitales du monde tant elle n’avait pas été prise en compte dans les agendas des gouvernements. Hélas pour les déçus, la démocratie est avant tout la volonté du peuple et à cette élection seul le peuple américain avait à un faire un choix même si celui-ci va à l’encontre de ce que le monde souhaitait ardemment.

L’Amérique est la grande puissance qui mène le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi paradoxale que cela puisse paraitre l’américain lambda à une connaissance très limité des réalités du monde qu’il ne connaît pratiquement pas. En mai 2015 le centre national américain pour la statistique de l’éducation a publié le résultat d’une étude menée auprès de 29.000 adolescents dont un quart considérait la France comme une dictature. Si certains peuvent indiquer l’emplacement exact d’un pays sur une carte, c’est très souvent en rapport avec les questions de sécurité lorsque les médias y situent la source des menaces, notamment terroristes qui pèsent sur leur pays.

Deux Américains sur trois ne possèdent pas de passeport donc n’éprouvent aucun besoin de passer leurs frontières pour voir ce que se passe réellement de l’autre côté. C’est donc une attente irréaliste de vouloir arrimer le choix des américains aux désirs du monde extérieur. C’est ainsi qu’aucun des trois débats ayant mis aux prises les deux principaux challengers n’a porté de manière spécifique sur la politique étrangère de la prochaine administration. C’est sous cet angle que l’on peut essayer de comprendre le choix des Américains qui va à l’encontre de ce que non seulement le monde entier attendait mais aussi les principaux cadres du parti républicain qui avaient tous publiquement désavoué Trump.

Le monde actuel est multipolaire avec des défis de plus en plus imprévisibles. Le Président Obama malgré les ratés de sa politique étrangère notamment sur les dossiers palestinien et syrien a su contribué à faire baisser les tensions entre les États-Unis et des pays avec lesquels ils entretenaient des rapports plus que difficiles depuis des décennies, notamment l’Iran et Cuba. Hillary Clinton est comptable de cette politique étrangère par les fonctions de Secrétaire d’état qu’elle a assumé au sein de l’administration Obama.

Dès lors, aux yeux de la majorité des autres pays, notamment occidentaux, elle symbolisait une espèce de continuité de la politique américaine, source d’une plus grande visibilité des enjeux économiques, politiques, militaires et géostratégiques entre les différents pôles de pouvoirs sur la scène internationale qui s’affrontent sur les terrains de plus en plus mouvants. Ce qui est prévisible peut être évité et pour nombre d’analystes cela nécessite d’avoir une claire lisibilité sur la doxa politique du locataire de la Maison Blanche. Celle de Trump est inconnue de tous. Ses éloges formulés à l’endroit de Putin dont l’interférence dans la campagne a été mainte fois dénoncée par le camp démocrate, tout comme la politique économique qu’il préconise inquiètent au plus haut niveau les alliés européens des États-Unis, notamment sur des dossiers comme ceux de l’Ukraine, de la Syrie ou du Brexit.

Le monde est inquiet car le nouveau Président américain à une personnalité atypique loin des stéréotypes des politiciens professionnels démocrates ou républicains de l’establishment politique qui hantent Washington depuis toujours. La promesse de Trump de passer l’aspirateur dans ce microcosme ne peut être tenue même si sa présidence réserve beaucoup de surprises et de revirements à l’image de sa propre personnalité.

Même si les États-Unis considèrent le monde entier comme faisant partir de leur juridiction, Trump n’a pas été élu pour être le Président du monde mais celui des Américains. C’est par rapport à leurs propres valeurs et vision qu’ils ont opéré ce choix que les autres doivent respecter en arrêtant d’envisager l’homme qu’à travers sa seule logorrhée électorale pour le présenter comme un épouvantail. Notre monde actuel est si obscur et variable comme le dit Erasme dans son livre « Éloge de la folie »qu’il est impossible de rien savoir de certain.

Trump qui sait être seul contre tous, peut initier un nouveau style de gouvernance sans langue de bois et faux-fuyants. C’est cela qui explique aussi qu’il ait rencontré plus de créance dans l’esprit de l’homme du commun que sa rivale. Il faut simplement souhaiter que Trump ne ramène pas l’Histoire à sa propre biographie et ne rende le monde moins sûr comme ce fut le cas sous la présidence Bush.

Wait and see !


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Dr MORITIÉ CAMARA
Maître de conférences d’Histoire des relations internationales

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Écrit par  Dr MORITIÉ CAMARA
Lu 1444 fois Dernière modification le vendredi, 11 novembre 2016 12:48