Concerts/Youssou N’Dour: Retour aux racines pour le chantre de la World-Music
Concerts/Youssou N’Dour: Retour aux racines pour le chantre de la World-Music
Avec des titres comme « Gorée », « Bull Ko Door », « Be careful » qui sont depuis la sortie officielle de « Africa Rekk » (« L’Afrique seulement »), son 34e opus, en novembre dernier, de véritables tubes, les deux concerts programmés le vendredi 3 mars, au Palais des congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire de Cocody et le lendemain, au Palais de la culture de Treichville, installent Youssou N’Dour en terrain conquis.
Ces deux concerts, plus de 10 ans après, en terre ivoirienne et autant pour son retour dans les bacs, sonnent plus que jamais comme un retour aux sources africaines pour la star sénégalaise, estampillée, à bon escient, comme le chantre de la World-Music.
Déjà, le 15 décembre dernier, lors de la présentation de l’album « Africa Rekk » aux mélomanes abidjanais, Youssou N’Dour, tout aussi ambassadeur du label Sony international, voyait à la Fnac de Marcory Cap Sud, plus de 5000 Cd arrachés en 24h ! Pour en revenir sur le contenu musical de la dernière livraison discographique de l’artiste, il convient de revenir sur deux chansons qui marquent, déjà en chœur, le cœur des esthètes: « Be Careful », un mbalax sautillant aux accents latinos avec un refrain entêtant et un mélange de wolof, de français et d'anglais ainsi que « Ben La », une rumba congolaise interprétée en duo avec Fally Ipupa, la désormais pépite kinoise. Sans compter le featuring avec l’Americano-sénégalais, Akon, entre autres collaborations sur l’album. En tout cas, le concert qui porte la griffe de Nostalgie Events de la radio éponyme est un gros coup pour le showbiz ivoirien qui revendique, plus que jamais, sa place de plaque tournante continentale.
Mais, pour les plus nostalgiques, Youssou N’Dour nous confiait, en décembre dernier, les intrépides accrocs à la danse qui a fait fureur dans les années 80/90, le « ventilateur », seront servis. Le tout sur une musique mélangeant rythmes traditionnels et instruments modernes, portant la griffe de son orchestre, certes renouvelé, « Le Super Etoile ». Le temps, bien-sûr, de revisiter quelques tubes tels que « Wala walo », « Nadakaro » ou « Indépendance » sont la base de son succès printanier au début des années 1980.
« Africa Rekk », pour en revenir au discours qui le sous-tend, a pour ambition, selon Youssou N’Dour qui baptisa, faut-il le rappeler, son fils « Nelson Mandela » en panafricaniste invétéré, de témoigner de l'Afrique contemporaine. « Ce disque, c'est un voyage un peu partout en Afrique, des rencontres », explique Youssou N'Dour. Lui qui a travaillé avec des artistes de renommée internationale comme Peter Gabriel, Paul Simon…, estime, dans une posture « afro-centrée » et non « afro-centriste » qu’il faille à la jeunesse africaine de croire en son destin sur le continent et d’éviter les mirages de l’immigration.
« On est mieux que chez soi ! L’Europe n’est pas l’eldorado comme on tente de le faire croire. Je suis toujours rentré au Sénégal dès que j’y finis mes activités ». « La passion, la vision, l’humilité, la solidarité et la persévérance », étant, entre autres valeurs, des vertus que la jeunesse africaine doit cultiver pour mieux s’épanouir. Oui, cet enfant de condition modeste qui passa par son art, comme « Le petit prince de la Medina » dakaroise au statut d’icône planétaire, après avoir été « Le roi du mbalax », peut, à maints égards, s’ériger en prophète sur ses terres africaines.
Prince, roi, ministre, icône…
Entre autres faits, on peut évoquer l’une des chansons les plus célèbres de Youssou N'Dour est « 7 Seconds » en duo avec la chanteuse Neneh Cherry. Le clip, tourné à New York, a été réalisé par Stéphane Sednaoui. En 1998, il compose l'hymne pour la phase finale de la Coupe du monde de football 1998 en France, « La Cour des grands », qu'il chante avec Axelle Red. En 2008, il travailla aussi avec l'artiste congolais Koffi Olomidé dans l'album « Bord Ezana Kombo »; il interprète la chanson « Festival » avec Koffi Olomidé et Cindy Le Cœur, bien après avoir collaboré avec Manu Dibango. Il est le compositeur de la musique du film d'animation « Kirikou et la sorcière » (1998).
Youssou N’Dour joue également dans le film « Amazing Grace » (2006) à travers le personnage de Olaudah Equiano et joue son propre rôle dans le documentaire « Retour à Gorée » (2007) évoquant l'histoire de la traite négrière et son héritage musical à travers le jazz et le gospel. La star a reçu de nombreux prix pour sa musique, y compris celui du meilleur artiste africain en 1996 le 13 février 2005, Youssou N'Dour a été récompensé par les Grammy Awards pour son album « Egypt. » dans la catégorie meilleur album de musique du monde.
Son précédent album sorti en 2010 est intitulé « Dakar – Kingston » aux accents reggae !
Pragmatique, à l’envi, cet artiste doué et inspiré s’affiche, tout aussi, comme un homme d’affaires avisé et doté d’un leadership naturel qui le plongea dans l’arène politique. En effet, en 2010, le businessman (dans la production et dans les médias) avait pris le pas sur le musicien, et le politique allait bientôt prendre le relais avec des postes dans le gouvernement sénégalais. Le chanteur annonçait en 2012 sa candidature à la présidence, invalidée, puis soutenait la campagne de Macky Sall, l'actuel président qui lui a confié le portefeuille de la Culture puis du Tourisme. Désormais ministre conseiller du président, il a pu prendre un peu de distance avec la politique et se concentrer à nouveau sur sa musique. Une expérience capitalisée et qui le rend plus que jamais multicarte et aiguise son aura.
En prélude aux concerts d’Abidjan, Youssou N’Dour nous confiait dans les locaux de Sony Abidjan qu’il importait au secteur privé, national ou multinational, « de porter l’essor de la musique et au-delà, de la culture. Dont l’Afrique est riche de sa diversité et peut, à maints égards, rivaliser avec les superpuissances sur ce plan. Il en veut pour preuve, sa propre carrière internationale ».
Bien plus, s’appuyant sur l’exemple étatsunien, en expliquant « qu’aux États-Unis il n’y a jamais existé de ministère de la Culture » et à l’aune de sa propre expérience ministérielle au Sénégal, il explique qu’il importe que les créateurs africains fédèrent leurs initiatives autour d’acteurs d’influence du privé qui ont foi en l’avenir de l’Afrique par la culture et les arts.
REMI COULIBALY