Les apprentis démocrates
Les apprentis démocrates
Pendant que des centaines de migrants africains trouvaient la mort aux larges des côtes européennes, fuyant les conditions de vie inhumaines et la pauvreté pour certains dans leurs pays et pour d’autres des dictatures, guerres civiles ou crises politiques, leurs Chefs d’État se réunissaient pour décider de ne plus être poursuivis par la Cour pénale internationale (Cpi) pour les crimes commis.
Durant ce sommet extraordinaire, le samedi 12 octobre 2013, au siège de l’Union africaine, il n’était pas question de trouver des solutions à ces drames de l’immigration qui font la honte de tous les Africains. Pour eux: « aucune inculpation ne saurait être lancée ou poursuivie par une quelconque cour ou tribunal international contre un quelconque Chef d’État ou de gouvernement en exercice ou toute personne agissant en cette qualité durant ses fonctions. Pour la sauvegarde de l’ordre constitutionnel, de la stabilité et de l’intégrité des Etats membres, aucun Chef d’État ou de Gouvernement en exercice ou toute personne agissant en cette qualité ne pourra se voir exiger de comparaître devant une cour ou un tribunal international durant leurs fonctions ».
Défier la Cpi et renier le traité de Rome
Visiblement, nos Chefs d’État étaient plutôt préoccupés par leur propre sort face à la Cpi que par celui de ces migrants. Après la période des dictateurs éclairés, des pères des indépendances africaines, nous avons connu celle des dictateurs sanguinaires. Ce fut le cas par exemple de Bokassa, Mobutu, Samuel Doe ou Taylor et bien d’autres encore. Aujourd’hui, c’est au tour des apprentis-démocrates de régner en maître absolu, dans un environnement sociopolitique de multipartisme imposé. Malheureusement, ce nouveau cadre politique n’a rien changé. Vingt-trois ans plus tard, l’état d’esprit et la manière de gouverner nos jeunes Etats encore en construction restent les mêmes.
Malgré les changements d’époque, l’ouverture sur le monde grâce aux effets de la mondialisation et de l’interconnexion des canaux de communication, nos actuels Chefs d’État africains demeurent pour beaucoup d’entre eux, des apprentis-démocrates. Certains sont sans cesse tiraillés par les exigences du respect des libertés individuelles et collectives ainsi que des droits humains que leurs imposent les principes de la démocratie d’une part. Et d’autre part, par la volonté de conservation du pouvoir, au mépris de la vie humaine. Ils sont aussi confrontés à de nombreuses autres contraintes que génère la notion de démocratie et auxquelles ils doivent se soumettre pour se conformer à ce nouveau cadre sociopolitique imposé à La Baule en 1990.
La plupart des crimes contre l’humanité sont commis par des apprentis-démocrates africains
Ces Chefs d’État réunis au siège de l’Ua pour décider de ne plus livrer un des leurs à la Cpi, quels que soient les crimes commis, montrent bien à quel point nous sommes encore très loin de cette notion d’État de droit auquel nous aspirons. Il est vrai que certains autres dirigeants dans le monde devraient également rendre des comptes devant la Cpi. C’est le cas par exemple de ceux de la Russie ou de la Chine, en matière de non-respect des droits de l’homme. Cependant, il faut quand même reconnaître que la plupart des crimes odieux contre l’humanité sont commis par nos apprentis-démocrates, pour accéder ou conserver le pouvoir, au prix de nombreuses vies humaines. Les exemples sont malheureusement nombreux. Au Soudan, en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Congo, en RDC, au Mali, en Centrafrique ou encore en Égypte, où des crimes massifs ont été commis pour des raisons politiques. Alors, on comprend mieux l’inquiétude de certains Chefs d’État africains face à la menace d’éventuelles poursuites de la Cpi.
L’influence de l’Afrique du sud
Voilà donc une opportunité que tentent d’exploiter les dirigeants sud-africains pour leurs propres comptes. Le couple Zuma, à la tête de l’État sud-africain et de la Commission de l’Union africaine manœuvre pour positionner l’Afrique du Sud comme la grande puissance du continent, par qui tout devrait désormais passer. L’Afrique du Sud ambitionne très fortement d’occuper un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour représenter l’Afrique. De ce fait, elle doit user de tous les moyens pour se positionner en leader sur le continent, en étendant davantage son influence sur certains apprentis-démocrates, terrorisés à l’idée de retrouver Gbagbo et Taylor à la Cpi. Pour l’instant, la Cpi semble ne pas se sentir concernée par cette agitation politique.
Par MACAIRE DAGRY
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