Guerre au Soudan : Les positions de plus en plus irréconciliables…
Un tribunal soudanais installé à Port Soudan - une zone contrôlée par l’armée dirogée par le Général Abdel Fattah al-Burhan - a condamné à mort par contumace le chef des Forces de soutien rapide (Fsr), Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, son frère et numéro 2 du groupe, Abdelrahim Hamdan Daglo, ainsi que plusieurs officiers des Fsr et des chefs tribaux de l'État du Darfour-Ouest, pour crimes de guerre commis dans l’ouest du pays, selon un média d’État.
L’affaire porte principalement sur l’assassinat, en juin 2023, du gouverneur du Darfour-Ouest, Khamis Abakar, selon Rfi. Celui-ci avait été tué quelques heures après avoir accusé les FSR et leurs alliés de mener des attaques contre des civils, peu après la prise d’El-Geneina, capitale de l’État, par les paramilitaires.
La Cour pénale internationale affirme que les Fsr auraient tué jusqu’à 15 000 personnes à El-Geneina, pour la plupart issues de l’ethnie non arabe Massalit. Les paramilitaires ont, de leur côté, nié à plusieurs reprises toute implication dans un génocide ou dans d’autres crimes de guerre au Soudan.
Le tribunal de Port-Soudan a indiqué qu’il transmettait le dossier à la Cour suprême pour un nouvel examen. Il a également demandé l’arrestation et l’extradition des personnes condamnées, notamment par l’intermédiaire d’Interpol.
Une décision aux effets surtout politiques et symboliques
Cette condamnation pourrait avoir des conséquences importantes sur le plan politique, symbolique et diplomatique, même si son effet militaire immédiat devrait rester limité. En visant le chef des Fsr et plusieurs responsables paramilitaires, la justice soudanaise renforce la bataille de légitimité entre les deux camps engagés dans la guerre.
Pour l’armée soudanaise, cette décision peut servir à présenter les Fsr comme une force criminelle plutôt que comme un acteur politique ou militaire avec lequel négocier. Elle risque ainsi de durcir les positions et de compliquer les efforts de médiation menés par les acteurs régionaux et internationaux.
Pour les victimes du Darfour, notamment les populations touchées par les violences d’El-Geneina, le jugement peut être perçu comme une forme de reconnaissance judiciaire des crimes commis. Toutefois, la condamnation ayant été prononcée par contumace, sa portée concrète dépendra de la capacité des autorités à arrêter les personnes visées.
Sur le plan international, la demande d’arrestation et d’extradition, notamment via Interpol, pourrait accentuer la pression diplomatique sur les dirigeants des Fsr et limiter leurs déplacements. Elle pourrait aussi relancer les appels à une coopération plus étroite avec les juridictions internationales, en particulier la Cour pénale internationale.
Mais cette décision comporte également un risque : celui de rendre plus difficile toute sortie négociée du conflit. Les FSR pourraient dénoncer une justice instrumentalisée par le camp adverse, tandis que l’armée pourrait s’appuyer sur cette condamnation pour justifier la poursuite de la guerre jusqu’à la défaite complète des paramilitaires.
L’éloignement des positions des deux belligérants accentue encore ce blocage. Le général Abdel Fattah al-Burhan conditionne toute issue politique au retrait ou au démantèlement des Fsr, ce qui traduit aussi sa volonté de conserver la maîtrise du pouvoir central et de maintenir l’armée comme seule autorité légitime. En face, les Fsr cherchent à transformer leurs gains militaires en pouvoir politique, notamment à travers la mise en place d’institutions parallèles dans les zones qu’elles contrôlent. Cette stratégie nourrit le risque d’une partition de fait du pays, avec une administration dominée par l’armée à Port-Soudan et une autre portée par les Fsr dans l’ouest, surtout au Darfour.
Sur le terrain, aucune des deux forces ne dispose d’un avantage décisif sur l’ensemble du pays. L’armée soudanaise conserve toutefois les meilleures positions institutionnelles et stratégiques à l’échelle nationale, avec le contrôle d’une grande partie du nord, de l’est et du centre du Soudan, ainsi que de villes et d’axes essentiels autour de Port-Soudan et de Khartoum. Les Fsr, en revanche, dominent largement l’ouest du pays, surtout le Darfour, et cherchent à renforcer leur pression au Kordofan, notamment autour d’El-Obeid, car la prise de cette ville leur offrirait un important nœud logistique entre le Darfour et le centre du pays.
En définitive, cette condamnation ne modifie pas nécessairement l’équilibre militaire à court terme, mais elle pèse sur le climat politique du conflit. Elle renforce la pression judiciaire et diplomatique sur les Fsr, tout en risquant d’éloigner davantage les perspectives de dialogue dans un pays déjà profondément fragmenté par la guerre.
Des réactions contrastées sur les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, la condamnation du chef des Fsr a suscité des réactions contrastées. Des internautes favorables à la décision y voient d’abord un acte de justice pour les victimes du Darfour. L’un d’eux estime que ce verdict constitue « un premier pas contre l’impunité », tandis qu’un autre considère que la condamnation envoie un message clair aux responsables présumés de crimes de guerre.
À l’inverse, d’autres internautes critiquent la décision, qu’ils jugent difficile à appliquer tant que les dirigeants des Fsr restent hors de portée des autorités de Port-Soudan. Certains dénoncent aussi une justice perçue comme sélective, estimant qu’un jugement crédible devrait également examiner les violations attribuées à toutes les parties au conflit, y compris l’armée soudanaise.