Appui juridique aux détenus préventifs vulnérables: Le projet lancé dans les juridictions d’appel d’Abidjan, Bouaké et Daloa

La République fédérale d’Allemagne a décidé d’accompagner la Côte d’Ivoire dans la réussite de projet d’envergure. (Ph: Franck YEO)
La République fédérale d’Allemagne a décidé d’accompagner la Côte d’Ivoire dans la réussite de projet d’envergure. (Ph: Franck YEO)
La République fédérale d’Allemagne a décidé d’accompagner la Côte d’Ivoire dans la réussite de projet d’envergure. (Ph: Franck YEO)

Appui juridique aux détenus préventifs vulnérables: Le projet lancé dans les juridictions d’appel d’Abidjan, Bouaké et Daloa

Le 09/07/26 à 04:58
modifié 09/07/26 à 11:46
L’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (Oidh) a procédé, le mercredi 8 juillet 2026, à Cocody-Angré, au lancement officiel du projet d’appui juridique aux détenus préventifs vulnérables dans les juridictions d’appel d’Abidjan, de Bouaké et de Daloa.

D’une durée de six mois et entièrement financé par la République fédérale d’Allemagne, ce projet vise à apporter un appui juridique direct à 120 détenus préventifs vulnérables dans cinq établissements pénitentiaires, tout en menant des actions de sensibilisation et de plaidoyer institutionnel.

Il s’agit du pôle pénitentiaire d’Abidjan, de la prison civile de Grand-Bassam, de la maison d’arrêt et de correction de Bouaké, de la maison d’arrêt et de correction de Daloa ainsi que de celle de Sassandra.

Ce projet vise, entre autres, à assurer l’accès au droit de ces détenus, à accélérer les procédures, à renforcer leurs capacités et, surtout, à mener un plaidoyer institutionnel.

Le sous-directeur de la politique carcérale à la Direction de l’administration pénitentiaire, Séry Désirée Diallo, représentant le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Jean Sansan Kambilé, a indiqué qu’un système judiciaire juste et équitable ne se mesure pas seulement à sa capacité à résoudre les difficultés, mais aussi à la manière dont il traite les personnes présumées innocentes en attente de jugement.

« La détention préventive, lorsqu’elle se prolonge de manière excessive et injustifiée, constitue une préoccupation majeure pour un département ministériel », a-t-elle déclaré.

Selon la représentante du gouvernement, chaque cas de détention prolongée au-delà des délais légaux constitue une atteinte à la liberté individuelle. « Nous avons récemment engagé l’ensemble de la chaîne judiciaire et pénitentiaire sur ce volet afin d’accélérer le traitement des procédures pénales. Le lancement de ce projet matérialise une réponse concrète, structurelle et humaine pour nous accompagner dans la résolution des dysfonctionnements constatés », a déclaré l’envoyée de Jean Sansan Kambilé.

Elle a souligné que ce projet devrait contribuer à réduire significativement la durée de la détention préventive, à participer au désengorgement des établissements pénitentiaires et à garantir l’égalité pour tous devant la loi.

L’ambassadeur adjoint de la République fédérale d’Allemagne en Côte d’Ivoire, Mattias Klein, a déclaré qu’un État de droit solide, une justice accessible à tous et des institutions pénitentiaires respectueuses de la dignité humaine constituent les fondements indispensables d’une société démocratique. C’est pourquoi il a salué l’engagement du ministère ivoirien en charge de la Justice pour les réformes récentes qui ont ouvert la voie à des avancées significatives.

« Le présent projet s’inscrit résolument dans la continuité de ces efforts pour soutenir leur mise en œuvre sur le terrain », a-t-il déclaré, saluant l’expertise et la constance de l’Oidh. Selon lui, l’Allemagne restera un partenaire attentif et engagé de la Côte d’Ivoire dans ce domaine. « Nous formulons le vœu que ce projet contribue durablement à réduire le coût excessif de la détention préventive et à rapprocher les principes de l’État de droit de la réalité vécue par les personnes les plus vulnérables », a exhorté le diplomate allemand.

Le chargé des projets et de la formation à l’Oidh, Aké Mel Christiano, a rappelé que, depuis plus de dix ans, sa structure est animée par une conviction simple : les droits de l’homme ne se défendent pas seulement dans les textes, mais aussi sur le terrain, au contact des réalités les plus difficiles, notamment celle des personnes placées en détention préventive, présumées innocentes, qui attendent parfois des années avant qu’une décision de justice ne vienne trancher leur sort.

« Nos établissements pénitentiaires comptent aujourd’hui un nombre important de détenus en attente de jugement, souvent seuls face à une procédure qu’ils ne maîtrisent pas », a-t-il déploré, précisant que beaucoup n’ont jamais rencontré d’avocat et ignorent même les voies de recours que leur ouvre la loi.

C’est pour répondre concrètement à cette réalité que l’Oidh lance ce projet. « Il s’inscrit dans la continuité des réformes engagées par notre pays. Le décret de 2016 sur l’assistance judiciaire, ainsi que le nouveau Code pénal et le Code de procédure pénale de 2019, ont posé les bases d’une justice plus professionnelle », s’est-il réjoui.

Selon lui, le rôle de l’Oidh est de faire en sorte que ces avancées se traduisent en actes au bénéfice direct des 120 détenus préventifs vulnérables identifiés dans les cinq établissements pénitentiaires. « Ce que nous lançons aujourd’hui n’est pas un simple projet parmi d’autres. C’est un engagement concret pour que la présomption d’innocence cesse d’être un principe abstrait, dénué d’une réalité vécue par celles et ceux qui en ont le plus besoin », a insisté Aké Mel Christiano.


Le 09/07/26 à 04:58
modifié 09/07/26 à 11:46