Financement du développement/Souleymane Diarrassouba: « Le Pnd 2026-2030 est l’opérationnalisation de la vision du Chef de l’Etat »

Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Plan et du Développement.
Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Plan et du Développement.
Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Plan et du Développement.

Financement du développement/Souleymane Diarrassouba: « Le Pnd 2026-2030 est l’opérationnalisation de la vision du Chef de l’Etat »

La Côte d'Ivoire est à un point culminant de la mobilisation de la communauté financière nationale et internationale autour du Pnd 2026-2030. Il se tiendra , les 8et9 juillet 2026, à Abidjan, le groupe facultatif. Dans une interview exclusive, le ministre du Plan et du Développement définit les grandes attentes de cette rencontre.
En quoi ce Groupe Consultatif marque-t-il une rupture dans la relation de la Côte d'Ivoire avec ses partenaires financiers ?

Il est bon de rappeler que le Pnd 2026-2030, d’un montant de 114 838.5 milliards Fcfa est l’opérationnalisation de la vision de SEM. Alassane Ouattara, Président de la République, avec pour ambition de faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à l’horizon 2030. Pour la mise en œuvre de ce plan co-construit avec toutes les forces vives de la nation, il est important de mobiliser tous nos partenaires nationaux et internationaux en vue de son financement.

Nous arrivons ainsi au Groupe consultatif pour le financement du Pnd 2026-2030 avec des comptes vérifiés, des projets documentés et un bilan que nos partenaires connaissent mieux que quiconque. Depuis 2012, la Côte d'Ivoire enregistre de bonnes performances économiques et sociales, avec une croissance annuelle moyenne de 8,1 % sur la période 2012-2019, et un taux de croissance annuel moyen de 6,5% entre 2021 et 2025.

Au niveau social, nous avons, entre autres, porté l'accès à l'électricité à 92 % de la population et avons inscrit 75 % des Ivoiriens à la Couverture Maladie Universelle. Ces résultats obtenus grâce à un partenariat probant avec le secteur privé, comme moteur de la transformation structurelle de notre économie, sont sourcés, indépendants et vérifiables. La Côte d'Ivoire se présente devant la Communauté financière internationale et le secteur privé national et international avec ses comptes publics audités et une invitation à bâtir ensemble.

Il y a un fait tout récent que je veux partager avec vos lecteurs : le 24 juin dernier, le Fmi et la Banque mondiale ont conclu leur analyse conjointe de viabilité de la dette. Leur conclusion est sans appel, la Côte d'Ivoire passe de pays à risque « modéré », statut qui était le nôtre depuis 2012, au risque « faible » de surendettement, pour la dette extérieure comme pour la dette totale. Nous sommes à ce jour le seul pays d'Afrique subsaharienne à bénéficier de ce classement. Quand le Fmi et la Banque mondiale publient cette évaluation dix jours avant notre Groupe Consultatif, notre crédibilité est portée par les institutions les plus rigoureuses et les plus indépendantes du monde.

En 2022, la Côte d'Ivoire avait mobilisé 168,2 % de ses objectifs lors du précédent Groupe consultatif. Comment ces engagements se sont-ils traduits en réalisations concrètes ?

La question est juste, et je vais y répondre avec précision. À fin 2025, le taux d'exécution du Pnd 2021-2025 s'établissait à 94,01% du coût global du Plan, soit 55 466 milliards de Fcfa investis sur la période de ce plan. Ce taux constitue le bilan de clôture définitif du Plan, vérifié par les revues de portefeuille conduites avec chacun de nos partenaires.

Ce que cela signifie concrètement : des routes traversent aujourd'hui des régions longtemps enclavées. Des salles de classe nouvelles accueillent chaque matin des milliers d'élèves. Des barrages réhabilités alimentent en électricité des communes qui en étaient privées. Des hôpitaux modernisés offrent des soins à des populations insuffisamment couvertes. Des entreprises créent des richesses là où les conditions n'étaient pas réunies il y a dix ans.

Au niveau sectoriel, la transformation de notre industrie se caractérise par l’accélération de la transformation des produits (cacao, anacarde, hévéa notamment) et l’émergence de l’industrie non-agricole, grâce aux investissements massifs du secteur privé national et international.

Le vendredi 24 juin, le Fmi a officiellement conclu son programme triennal avec notre pays, six revues, tous les objectifs atteints. Dans la foulée, 832,8 millions de dollars US, soit plus de 467 milliards de Fcfa de financements finaux, ont été approuvés. Quand la Côte d'Ivoire prend un engagement, elle le tient.

D'ici 2030, qu'est-ce qui sera visible, tangible, pour un Ivoirien ordinaire ? Qu'est-ce qui va réellement changer dans sa vie quotidienne ?

C'est la question à laquelle un plan national de développement doit répondre avant toutes les autres. Un Ivoirien qui vit à Abidjan ou à l'intérieur du pays bénéficiera des services du train à grande vitesse (Tgv) entre Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké, Korhogo et Ferkessédougou, 640 kilomètres de ligne qui n'existent pas aujourd'hui ainsi que de l’autoroute Yamoussoukro-Bouaflé-Daloa. Par ailleurs, le Projet de développement minier intégré de l'ouest (Pdmio) permettra le développement du chemin de fer San Pedro-Man-Odienné-Frontière Mali pour faire du port de San Pedro un hub logistique majeur, ce qui va impacter tout le territoire ouest du pays.

Ses enfants iront dans des établissements scolaires réalisés dans des délais contraints : 9 485 nouvelles salles de classe au préscolaire et au primaire, 294 lycées et collèges, 14 lycées d'excellence spécifiquement dédiés aux jeunes filles avec internat. Cinq nouvelles universités ouvriront leurs portes dans des villes qui n'en avaient pas Odienné, Dabou, Daoukro, Abengourou, Adiaké. En cas de maladie, il pourra se faire soigner à l’Hôpital international de Yamoussoukro ou dans l'un des cinq nouveaux Chu ou des vingt et un hôpitaux généraux prévus dans le Plan. Et 150 000 logements sociaux sont programmés pour les familles qui n'ont pas encore accès à un logement décent. La mise en œuvre de ces projets contribuera à assurer un développement équilibré des territoires de notre pays.

Ce Plan a été conçu pour améliorer concrètement la vie des populations vivant en Côte d’Ivoire et ses résultats devront être visibles, mesurables et attribués à des projets identifiés. A terme, il prévoit la création de plus de trois millions d’emplois, un PIB par habitant de 4 500 dollars US à l’horizon 2030 et un taux de croissance économique qui devrait passer de 6,5% en 2025 à 7,6% en 2030.

Au-delà des projets, le PND 2026-2030 s'accompagne d'un programme de réformes structurelles. Qu'est-ce que cela change concrètement pour un investisseur international qui envisage de s'engager en Côte d'Ivoire ? »

Le Pnd 2026-2030 s'articule autour d'un programme de réformes structurelles dont la cohérence est indissociable de l'ambition de croissance qu'il affiche. Tout investisseur international fonde sa décision d'engagement sur la qualité du cadre institutionnel, juridique et administratif du pays d'accueil. C'est ce cadre que le gouvernement a méthodiquement renforcé depuis l'adoption du Plan

En mars 2026, le Comité national de l'investissement et de l'amélioration du climat des affaires a été institué pour coordonner l'ensemble des administrations, des institutions financières et des organisations professionnelles impliquées dans la promotion et le suivi des investissements. Il met fin à la dispersion institutionnelle qui constituait l'un des principaux freins à l'accélération des projets.

Le Guichet unique des formalités d'entreprises est en cours de transformation en un guichet unique numérique intégré, couvrant l'ensemble du parcours de l'investisseur, création d'entreprise, licences, permis, fiscalité, douanes, accès au foncier et implantation dans les zones industrielles. La dématérialisation des procédures est engagée. Les plateformes administratives et judiciaires font l'objet d'un programme d'interopérabilité. L'objectif est clair : chaque investisseur dispose d'un interlocuteur identifié et d'un parcours administratif lisible, depuis l'intention d'investir jusqu'à la mise en exploitation de son projet.

Le gouvernement mettra en place un Label champion national, accompagné de Contrats de Performance fixant des engagements réciproques entre l'État et les entreprises retenues, en matière d'investissements, d'emplois, de transfert technologique et de normes environnementales, sociales et de gouvernance. Un Pacte avec le Secteur Privé, cadre de programmation annuelle, assurera la cohérence entre les réformes publiques et les décisions d'investissement privé. Une politique de contenu local instaurera des préférences en faveur des entreprises ivoiriennes dans les marchés publics et la sous-traitance nationale.

On parle aussi du cadre financier qui n’échappera pas dans les discussions...

Absolument. Le cadre financier sera renforcé par l'approfondissement du système financier avec le dispositif Pme Finance Plus, et la création du Fonds d'Investissement et de Développement Industriel destiné à soutenir la croissance industrielle. Des zones industrielles aux standards internationaux et des zones économiques spéciales seront aménagées. L’opérationnalisation du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (Fsd-CI) permettra d’assurer, entre autres, le financement des grands projets structurants prioritaires du Plan national de développement (Pnd).

Les réformes sectorielles complètent ce dispositif : loi-cadre sur l'économie numérique couvrant la cybersécurité, les fintechs, le commerce électronique et l'intelligence artificielle ; réforme curriculaire de l'enseignement technique et de la formation professionnelle orientée vers les compétences pratiques, l'entrepreneuriat et la transition verte ; réforme hospitalière pour opérationnaliser les Pôles Régionaux d'Excellence Sanitaire ; opérationnalisation de la Loi d'Orientation Agricole intégrant l'économie circulaire ; et révision du statut de l'entrepreneur pour accélérer la formalisation du secteur informel.

L'ensemble de ces réformes sera suivi par un système intégré et digitalisé de suivi des réalisations du Pnd, permettant de mesurer les progrès et d'en rendre compte à nos partenaires de manière transparente et régulière. Ces réformes instaurent un cadre prévisible, incitatif et protecteur de l'initiative privée.

Plus de 70 % des 114 838,5 milliards de Fcfa du Plan seront financés par le secteur privé. C'est une rupture avec les modèles traditionnels de développement africains. Sur quoi repose ce pari ?

La dynamique est déjà à l'œuvre, et les données la confirment. Entre 2021 et 2025, le taux d’investissement privé est passé de 15,4% du Pib en 2021 à 15,9% du Pib en 2025 et les investissements directs étrangers en Côte d'Ivoire ont été multipliés par 2,6. Nos émissions obligataires sur les marchés internationaux sont systématiquement sursouscrites : en janvier 2024, nous avons levé 2,6 milliards de dollars US (environ 1 553 milliards Fcfa) avec un carnet d'ordres de 8 milliards.

En mars 2025, 1,75 milliard de dollars US levés pour 5,2 milliards de demandes, trois fois le montant recherché. Ces chiffres traduisent des décisions d'investisseurs privés internationaux qui engagent leurs propres capitaux dans la trajectoire ivoirienne. La semaine dernière encore, le Conseil des ministres a ratifié 229 milliards de Fcfa de nouveaux prêts de la Banque mondiale, spécifiquement destinés au développement de l'investissement privé et à la création d'emplois productifs. L'État crée les conditions, le secteur privé crée la richesse.

La dette publique a progressé de 37 % à près de 57 % du Pib en cinq ans. Comment justifiez-vous cette trajectoire, et comment comptez-vous la maîtriser ?

Cette progression est réelle, assumée et documentée. Elle correspond au financement délibéré de trois plans de développement successifs, dans un pays dont le taux d'investissement public est passé de 5,5% du Pib en 2011 à 8,1% en 2025. Ne pas investir aurait amélioré nos indicateurs budgétaires à court terme et hypothéqué le développement d'une génération entière. Nous avons fait l'autre choix.

La trajectoire est désormais baissière et validée par les institutions les plus exigeantes du monde. Le ratio dette/Pib est passé de 59,5 % en 2024 à 57 % en 2025. Il convergera vers 53 % en 2028 selon les projections du Fmi. Le seuil de convergence de l'Uemoa est fixé à 70 %. Nous en sommes à 57 %, en baisse, avec un risque de surendettement classé désormais faible par le Fmi et la Banque mondiale, seul pays d'Afrique subsaharienne dans cette catégorie.

Fitch, Moody's, S&P vous ont tous relevés dans la catégorie BB. Le Fmi a conclu son programme avec succès. La Banque mondiale vient d'octroyer 229 milliards de Fcfa supplémentaires. Qu'est-ce que tout cela dit de la nature du dialogue qui s'engage demain avec vos partenaires ?

Fondamentalement. Il y a dix ans, nous venions présenter des projections. Aujourd'hui, nous venons avec un bilan audité, trois notations souveraines concordantes dans la catégorie BB, dont le relèvement de Fitch en décembre dernier fait rare selon les méthodologies habituelles des agences et la validation du Fmi sur l'ensemble de nos engagements. Notre crédibilité est portée par les institutions les plus indépendantes du monde.

Dans ce contexte, nos partenaires viennent moins pour évaluer la solidité de la Côte d'Ivoire, ils la connaissent. Ils viennent pour identifier dans quel projet ils souhaitent s’engager. La transition d'une posture de pays bénéficiaire à celle de pays partenaire est réelle. Nous proposons à des investisseurs de prendre position dans une croissance que nous projetons à 7,2 % en moyenne sur la durée du Plan.

Comment garantir que les annonces de demain se transforment en réalités d'ici 2030 ? C'est la promesse la plus difficile à tenir

La solidité de notre engagement repose sur trois fondements qui renforcent notre confiance. D'abord, la maturation des projets : le Pnd 2026-2030 est un ensemble de projets documentés, structurés, avec des plans de financement, des maîtrises d'ouvrage identifiées et des calendriers de réalisation. Ensuite, l'ancrage institutionnel : le Plan a été adopté par le Conseil des Ministres, et à l'unanimité par l'Assemblée nationale et le Sénat, ce qui lui confère une continuité politique au-delà des cycles gouvernementaux.

En outre, il a été bénéficié d’une appropriation par les forces vives de la nation, notamment les collectivités territoriales, le secteur privé, les partenaires bilatéraux et multilatéraux et la société civile. Enfin, l'historique d'exécution : nous avons honoré tous nos engagements vis-à-vis du Fmi sur trois ans.

Sur les 11 138 milliards de Fcfa que nous mobilisons auprès de la Communauté internationale, l'essentiel est constitué de financements, adossés à un dialogue continu avec des partenaires déjà engagés dans la transformation ivoirienne. Les 8 et 9 juillet 2026 consacrent l'aboutissement de ce dialogue.

De plus, nous avons un cadre de gouvernance renforcé pour le suivi de l’exécution du Pnd avec notamment un Comité d’orientation et de suivi présidé par M. Tiemoko Meyliet Koné, vice-Président de la République, un comité de pilotage piloté par M. Robert Beugré Mambé, Premier ministre, chef du gouvernement et un comité technique supervisé par le ministre du Plan et du Développement. Comme innovation, nous aurons une plateforme digitalisée pour un suivi optimal de l’exécution de ce nouveau plan.

Des espoirs à partager durant les deux jours de travaux, mercredi et jeudi, n’est-ce pas monsieur le ministre ?

Mercredi, à Abidjan, avec le Groupe Consultatif nous ouvrons un chantier. La Côte d'Ivoire a démontré qu'elle tient ses engagements, les institutions financières internationales le certifient, les marchés le confirment, les réalisations du Pnd 2021-2025 le prouvent. Ce que nous proposons à nos partenaires, c'est de prendre part à une transformation dont les fondations sont posées et dont les résultats seront mesurables.

Grâce au haut leadership du Président de la République, SEM. Alassane Ouattara et à la forte mobilisation des partenaires au développement, nous avons bon espoir que les annonces et engagements des partenaires au développement seront au-dessus de l’objectif initial de mobilisation de ressources, avec également un secteur privé national et international qui saisira toutes les opportunités d’investissement sectorielles des cinq prochaines années qui seront présentées au Groupe Consultatif des 8 et 9 juillet prochains.

Interview réalisée par

Germaine Boni et David Ya